Musique - Rock

Gael Faure : "Je me suis libéré des contraintes de l’industrie musicale pour faire la musique qui me ressemble"

© Thomas Laisné

19 nov. 2021 à 16:23Temps de lecture5 min
Par Marion Jaumotte
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Asseyez-vous confortablement au coin du feu et prenez le temps d’écouter le nouvel EP "L’eau et la peau" de Gael Faure. Il s'agit d'une très belle invitation à lâcher prise et à prendre le temps de vous reconnecter à vous-même et aux autres. Sa plume libre et poétique nous a touché en plein coeur.

Faites le test et vous verrez bien, après l’écoute des cinq chansons qui composent "L’eau et la peau", on se sent bien, on se sent mieux. C’est aussi comme cela que s’est senti l’artiste une fois l’Ep terminé nous explique-t-il. "L’eau qui coule sur la peau c’est une façon très imagée de représenter le fait de se laver de ses erreurs, de son passé… Pour tout recommencer."

Sur "L’eau et la peau", la trame est pop, le propos existentialiste. Gael Faure nous donne plusieurs clefs pour, à notre tour, se reconnecter à soi et aux autres. La première piste à explorer est celle de la nature : "Faire une place à Dame Nature chez soi, chez moi" chante Gael Faure sur le titre qui ouvre son EP "L’œuvre de nos vies".

Je n’étais plus heureux à Paris, la ville ne me nourrissait plus suffisamment. J’ai dû me rapprocher de la nature pour retrouver les choses qui me font du bien.

La nature l’apaise et le guide quand il est en perte de repères. Après le confinement, l’artiste a senti cette urgence de se reconnecter à ses origines : "Je suis fils d’agriculteur en Ardèche, j’ai grandi à la campagne. Pour me reconnecter à moi-même j’ai dû m’éloigner de la ville. J’ai quitté Paris et je suis allé habiter dans la Drôme Provençale, j’y ai redécouvert le plaisir d’aller me baigner dans la rivière et ça m’a rendu fou, j’ai réalisé à quel point j’adorais ça."

Un rapport au temps questionné et assumé

Si vous êtes attentifs aux textes de Gael Faure, vous remarquerez que la notion de temps est omniprésente. Deux odes lui sont d’ailleurs dédiées : "Tu risques quoi" et "Renoncer". Gael chante le temps qui passe et rappelle l’importance d’en savourer chaque seconde avec les gens que l’on aime.

Cette notion de prendre le temps s’applique également à son processus créatif nous explique-t-il : "Aujourd’hui, faire de la musique, c’est devenu pour moi quelque chose d’assez précieux. Il faut que je puisse prendre le temps de la faire. Pour ce projet "L’eau et la peau", j’avais aussi besoin d’aller dans l’introspection. Avec la crise du covid que l’on traverse actuellement, je me suis rendu compte que c’était encore plus une nécessité. J’ai eu envie de mettre sur papier certains de mes questionnements pour ensuite pouvoir les partager."

Le temps, Gael Faure le prend aussi dans le tempo de ses chansons, même si ça va à l’encontre des codes de l’industrie musicale : "Le premier single que j’ai sorti c’est "Renoncer". C’est une chanson avec un rythme volontairement plus lent. Souvent, les chansons qui passent à la radio ont un rythme que l’on appelle 'up-tempo'. J’ai fait exprès de prendre le contre-pied et de proposer quelque chose de différent pour mon premier single. Je trouvais que c’était en lien avec la période que l’on venait de traverser et que ça pouvait tous nous faire du bien. Malheureusement les radios ne l’ont pas diffusé pour ces mêmes raisons : 'trop lent' m’a t’on répondu."

C’est difficile d’oser prendre le temps car dans nos vies de tous les jours, tout va très vite. Or je me rends compte que pour ma santé mentale j’ai besoin de prendre le temps.

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Gael Faure est auteur, compositeur et interprète. Pour ce nouvel EP, l’artiste a fait le choix de s’affranchir des règles et des rouages de l’industrie musicale en le co-produisant avec le label Zamora productions. C’était une véritable nécessité nous explique Gael Faure : "C’était important d’avoir la mainmise sur tout le processus artistique de "L’eau et la peau". Avant, j’étais dans un plus grand label et ça se passait plutôt bien, sauf que je n’avais pas mon mot à dire sur tout et ça ne me convenait pas. A présent, j’ai la chance d’avoir des équipes qui travaillent avec moi parce qu’elles aiment ce que je fais. Les personnes qui m’entourent me font confiance, ce qui me permet de pouvoir affirmer clairement ce que je veux."

J’avais envie de ne rien m’interdire.

Cette liberté de ton et de création on l’entend au fur et à mesure que l’on découvre l’EP. Sur "L’eau et la peau", les titres s’enchaînent mais ne se ressemblent pas. Gael Faure chante en français, en anglais et même en espagnol. Certaines chansons s’apparentent à des ritournelles entêtantes, d’autres laissent entrevoir la part d'ombre de l’artiste. "On m’a déjà pointé 'un manque de cohérence' mais pour moi c’est ça la musique : expérimenter des choses différentes, passer de la lumière à des choses plus sombres comme sur le titre 'The Healer' qui représente beaucoup pour moi. Sur cet EP, j’avais surtout envie de ne rien m’interdire." Ce lâcher-prise par rapport aux injonctions de l’industrie musicale n’a pas été facile à atteindre. "Je suis passé par ce que Jean Giono appelle 'le désert de la désillusion' et je me suis dit que deux solutions s’offraient à moi. Soit j’arrêtais tout, soit je continuais mais en m’écoutant cette fois, quitte à être en marge de ce qui fonctionne."

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J’ai souvent eu peur de mes mots.

Si à l’origine, la chanson "Tu risques quoi" était adressée à un ami de Gael qui n’osait pas se lancer, le titre fait aussi écho à ses propres peurs : "Je me suis rendu compte que je m’adressais aussi à moi dans "Tu risques quoi" car j’ai souvent eu peur de mes mots." Pour le clip de cette chanson qui peut avoir plusieurs lectures, Gael Faure a choisi d’y faire un hommage à son grand-père, décédé du covid l’année passée. Pour celui-ci, l’artiste est une fois de plus retourné à ses origines : dans son village natal en Ardèche. Il a choisi d’y raconter l’histoire de vieux amants qui s’enfuient de leur maison de repos pour vivre pleinement le reste de leur vie.

L’Ehpad que l’on voit dans le clip est celui où sa mère a travaillé en tant qu’aide-soignante pendant presque 40 ans. Si vous observez bien, parmi les figurants on aperçoit une partie de la famille du chanteur : son oncle Denis en patron de bar, ses parents dans la peau de clients de ce dernier et même sa grand-mère dans le premier plan! "J’ai perdu mon grand-père du covid dans cet Ehpad et ma grand-mère vit toujours dans cet établissement. Cela m’a fait beaucoup réfléchir. Avec le clip de "Tu risques quoi", j’ai eu envie de casser cette image qui dit qu’à la fin, on se retrouve forcément tous dans une maison de repos à attendre la mort… Alors que non, quand on est vieux on a bien sûr encore le droit d’avoir des rêves et des désirs. On a un cœur qui bat et on a des envies."

Il y a encore beaucoup d’amour, de joie et de tendresse dans la vieillesse. J’avais envie de faire la part belle à ces personnes âgées qui sont encore en vie.

On vous invite vraiment à prendre le temps d’écouter cet Ep avec toute l’attention qu’il mérite. On espère qu’à votre tour, vous serez touchés par l’honnêteté et la justesse des propos de Gael Faure.

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