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Belgique

Gel après un redoux : si rare ? Quelles conséquences sur les cultures ?

Strawberry plants covered in ice
04 avr. 2022 à 17:35Temps de lecture3 min
Par Jennifer Istace

Subir une période de gel au mois d’avril n’est pas étonnant. Sur le relevé des 21 dernières années, l’IRM (Institut Royal Météorologique) a constaté 12 années une période de gel en avril.

Les grands écarts de températures ne sont pas rares.

 

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En 1991 déjà, 23,9 degrés ont été relevés le 12 avril mais quelques jours plus tard, le 21 avril, les températures avaient chuté à -2,4 degrés.

En 2017, 22,8 degrés étaient enregistrés le 9 avril avant une chute des températures et un gel de -1,3 degrés relevé le 20 avril.

En 2022, il a fait -2,9 degrés à Uccle le samedi 2 avril. Quelques jours avant, le 22 mars, nous avons relevé 19,8 degrés au même endroit.

L’évolution des températures

Les effets du réchauffement climatique sont visibles en constatant la hausse des températures moyennes.

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Pour le mois de mars :
Entre 1991 et 2020, la température moyenne est de 7,1 degrés.
C’est 1,4 degrés de plus que pour la période entre 1961 et 1990 où la température moyenne était de 5,7 degrés.

Une évolution encore plus importante pour les mois d’avril où la température moyenne est passée de 8,7 degrés pour la période 1961-1990 à 10,4 degrés entre 1991 et 2020, soit une augmentation de 1,7 degrés.

La preuve du Tour des Flandres

Une équipe d’écologistes belges a analysé des enregistrements télévisés des 36 dernières années du Tour des Flandres, une course cycliste qui a lieu chaque année à la même période.

Conclusion ?
En 2016, les arbres avaient 67% plus de chance d’être couverts de feuillage au moment de la course qu’au cours des années 80. Avant 1990, une minorité d’arbres, voire aucun, n’avait de feuilles lors de la course, contrairement à aujourd’hui.

Impact différent en fonction des cultures

Toutes les cultures ne seront pas impactées de la même manière par des épisodes de gel car le développement des cultures ne se met pas en route au même moment.

Certaines espèces commencent leur floraison à partir d’environ 4 degrés, c’est le cas par exemple des amandiers. D’autres, comme les pommiers ont besoin de plus de chaleur, environ 7 degrés pour démarrer leur développement.

Quel est le problème du gel ?

Chez les arbres fruitiers, le début du développement, c’est l’apparition de fleurs. Les fleurs sont des organes très fragiles que ce soit vis-à-vis des intempéries, des insectes ou encore du gel. Mais si la fleur est abîmée, le fruit ne peut plus se développer.

Marc Lateur, chef du département Sciences du vivant du CRA (centre wallon de recherches agronomique) : "Les risques ne font qu’augmenter. Depuis que l’évolution de la floraison des arbres fruitiers est prise en compte, il y a 30 ou 40 ans, on a avancé les dates de floraison d’une moyenne de 10 à 12 jours, ce qui est très rapide. Un producteur n’a qu’une récolte par an. Donc s’il perd sa production maintenant au début du printemps ou à cause d’épisodes de grêle plus tard dans l’année, c’est une catastrophe pour ce genre de production."

Miser sur la diversification...

La concentration de variétés de fruits pose problème en Belgique selon Marc Lateur, chef du département Sciences du vivant du CRA: "90% de la production de poires repose sur une variété, la variété "conférence". Mais si cette variété est particulièrement sensible au gel, c’est presque l’entièreté de la production de poires belges qui est en péril ! A l’avenir, il faut donc miser sur la diversification des espèces et des variétés."

Exemple concret : il existe des variétés de pommes comme celle du Cour-Pendu ou de la Reinette de France dont les arbres fleurissent trois semaines plus tard que pour des variétés comme la Jonagold (qui représente la majorité, environ 60%, de la production de pommes en Belgique). Une floraison plus tardive qui permet d’éviter ce problème de gel printanier.

"Mais le problème, c’est qu’une fois plantés, les arbres fruitiers comme les vignes sont destinés à produire pour les trente années qui suivent." souligne Marc Lateur, chef du département Sciences du vivant du CRA (centre wallon de recherches agronomique).

...Ou investir

Il existe des solutions pour parer à l’avenir à ces problèmes de gel alors que la floraison a déjà commencé. Le placement de voiles de protection, de chaufferettes, de ventilateurs qui brassent l’air ou encore de systèmes d’irrigation peut réduire les risques dans certaines cultures intensives. Mais au coût d’importants investissements. Un producteur a déjà déboursé 30.000 à 40.000 euros par hectare pour protéger sa culture d’abricotiers. Il faut voir si son investissement sera rentabilisé.

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