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Gembloux, ancienne capitale de la coutellerie, n’oublie pas d’affûter son patrimoine

24 juin 2022 à 08:30 - mise à jour 24 juin 2022 à 11:38Temps de lecture3 min
Par Arno Goies

Que ce soit en Wallonie ou en Flandre, la coutellerie a tracé son chemin dans l’histoire de l’artisanat belge. Cet art séculaire a vécu des hauts et des bas mais à Gembloux, aussi appelée la capitale de la coutellerie à l’époque, certaines traces subsistent. Et ce, notamment, grâce au travail de plusieurs passionnés !

Quand on évoque la coutellerie en Belgique, le nom de Pierre Nederlandt revient régulièrement. Conservateur au Musée de la Coutellerie de Gembloux, ce passionné des lames en connaît un rayon sur l’histoire complexe de cet art dans notre pays. Régulièrement, il anime des visites guidées de la ville qui a vu la coutellerie se développer durant la première moitié du 18ème siècle.

" Les premiers documents sur la coutellerie à Gembloux datent de 1747 ", explique-t-il au micro de Canal Zoom. " Il y a alors huit maîtres couteliers avec de nombreux ouvriers. Leur nombre n’a fait qu’augmenter ensuite. "

Chiffrer le nombre de couteliers qu’a connu Gembloux est un exercice complexe. Il y a eu des indépendants, des couteliers qui travaillaient pour des patrons et des ouvriers dans les usines, comme ce fut le cas dans la Manufacture, spécialisée dans les outils chirurgicaux, qui employaient près de 400 personnes au début du 20ème siècle. " On estime quand même qu’à un certain moment, il devait y avoir plus de 1.000 personnes à Gembloux qui travaillaient dans la coutellerie ! "

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Une industrie à l’histoire complexe

Mais à quoi (ou plutôt à qui) doit-on le développement de cette industrie dans cette ville de la province namuroise ? Dans son livre sur la coutellerie à Gembloux, Pierre Nederlandt l’attribue au travail de l’abbé-comte Eugène Gérard, dont l’abbatiat dura de 1739 à 1758.

En fait, cet abbé-comte avait voulu développer la ville. Il s’est rendu compte que plusieurs Gembloutois se rendaient à Namur chercher du travail chez des couteliers. Comme c’était lui qui faisait un peu la loi, il a décidé que si ces couteliers namurois venaient s’installer à Gembloux, non seulement ils auraient le personnel sur place, mais en plus ils ne paieraient pas de taxe. "

Concernant les autres villes de Belgique, des premiers textes datant du 13ème siècle parlent déjà de l’art de la coutellerie. Mais son histoire reste néanmoins complexe. La raison ? Le couteau est un outil qui existe depuis des millénaires.

" On pourrait presque dire que des couteaux, il y en a toujours eu ", raconte l’expert à Canal Zoom en 2019. " Mais le fait que des personnes et des établissements se soient spécialisés dans la fabrication de couteaux, ça a pris un certain temps. Avant, c’étaient souvent des forgerons qui s’en occupaient selon la demande. Ensuite, leur fabrication s’est systématisée au point de reconnaître une profession de couteliers et des établissements comme des coutelleries. "

>> À suivre : " Gembloux a été un point central de la coutellerie notamment grâce au savoir-faire gembloutois ", continue-t-il auprès de Canal Zoom

"La coutellerie en Belgique", ouvrage de Pierre Nederlandt

Mais que reste-t-il de la coutellerie gembloutoise ?

À Gembloux, c’est la maison Depireux qui entretient la pratique de ce savoir-faire. Considéré comme la dernière coutellerie artisanale de la ville, cet atelier a vu passer quatre générations de couteliers depuis 1919.

>> À suivre : ce coutelier vous explique comment sont fabriqués des couteaux !

Mais si Marc Depireux fait office d’irréductible gaulois dans l’ancienne capitale du couteau, d’autres fabriques existent toujours. " Il y a Eternum dans le zoning à Sauvenières, qui est une fabrique de couverts ", précise Pierre Nederlandt. " Dans ce zoning, il y a aussi surtout Sibel, une fabrique d’instruments chirurgicaux qui perpétue la tradition de la manufacture. "

Chaque année depuis 1999, Gembloux accueille également les journées de la coutellerie. Cet évènement organisé par la Belgian Knife Society (BKS), accueille des artisans couteliers provenant de toute l’Europe. " Gembloux est connu à l’extérieur comme la capitale de la coutellerie et une fois par an, on le montre vraiment avec cette manifestation ", explique Emmanuel Delsaute, président de l’office du tourisme de Gembloux, lors de la dernière édition en 2019. " Nous avons énormément de personnes qui viennent ici pour exposer mais aussi pour voir, acheter, échanger et se former. "

>> À suivre : " Il y a des gens qui viennent de Belgique mais aussi de France, d’Allemagne, d’Estonie, de Finlande… ", explique Tim Wagendorp, président de la BKS, à Canal Zoom

De nouveaux adeptes chez nous

Bien que la pratique de la coutellerie se perd chez nous, cet art semble attirer de nouveaux adeptes qui n’hésitent pas à se lancer dans son apprentissage. C’est par exemple le cas à la Forge d’Ostiches, dans le Hainaut, qui organisent des stages et des ateliers pour les adultes qui voudraient créer leur(s) propre(s) couteau(x). " Le Covid a donné du temps libre aux gens lors des confinements. Ils cherchaient des activités. Beaucoup sont venus découvrir la coutellerie et certains y ont pris goût. Aujourd’hui, on a environ soixante membres actifs ", explique Stephan Vanthuyne, formateur et président de La Forge, à la RTBF.

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