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"Génération Femmes Leaders" : rencontre entre élues bruxelloises et élues tunisiennes

07 juin 2022 à 08:58Temps de lecture5 min
Par Sarah Duchene pour Les Grenades

18 élues bruxelloises accueilleront dans leur quotidien professionnel et privé 18 élues et activistes tunisiennes pour une semaine de partage et d’échange. Cette initiative, nommée "Tunisiennes en mouvements", fait partie du programme Génération Femmes Leaders, organisé par l’ASBL Actions in the Mediterranean, qui vise à promouvoir la participation politique des femmes au Maghreb à tous niveaux de pouvoir.

Ce mardi 7 juin sera lancée l’initiative "Tunisiennes en mouvements" dans le cadre du programme Génération Femmes Leaders – Tunisie : 18 élues bruxelloises vont accueillir 18 élues et activistes tunisiennes dans leur quotidien professionnel, politique et privé. Durant une semaine, les binômes vont tout partager et plusieurs évènements seront organisés telles que des rencontres avec des journalistes, des associations et la Secrétaire d’État à l’Égalité des genres et des chances Sarah Schlitz.

Soutenue par le Ministère belge des Affaires étrangères, Wallonie-Bruxelles International et le Bureau International de la Jeunesse, l’action a pour but de promouvoir la participation politique et citoyenne des femmes en Tunisie. C’est une occasion pour les élues tunisiennes d’en apprendre plus sur la vie politique, mais c’est aussi une opportunité pour les élues bruxelloises de comprendre les dynamiques politiques d’ailleurs.

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Simone Susskind, femme politique et militante pour les droits des femmes est la fondatrice de l’ASBL Actions in the Mediterranean à l’origine du projet. Pour elle, l’échange d’expériences favorise la solidarité et la sororité. Les nombreuses actions qu’elle a entreprises sont rythmées par son leitmotiv : "Quand on ne voit pas, qu’on ne connait pas, on ne peut pas comprendre".

Inclure les femmes dans le dialogue politique

Fondée en 1995, l’ASBL promeut le dialogue et la rencontre entre les pays du Maghreb et de l’Europe. Avant de créer cette association, Simone Susskind s’est beaucoup engagée dans le conflit israélo-palestinien (et continue). Avec son mari David Susskind, fondateur du Centre Communautaire Laïc Juif, ils ont lancé un dialogue entre les deux pays, à la suite de la première Intifada en 1988.

L’engagement féministe de l’ex-sénatrice belge l’a amenée à placer les femmes au cœur du dialogue et du conflit, qui sont pourtant souvent écartées des guerres considérées comme une affaire d’hommes. Pourtant, les femmes sont souvent les premières victimes des conflits, on l’observe encore avec la guerre en Ukraine et les nombreux témoignages de violences sexuelles et de viols infligés aux Ukrainiennes.

Outre ce problème, il a été démontré que les chances de trouver un accord de paix augmentent de 35% lorsque les femmes participent aux pourparlers. En 1989, le couple a organisé une rencontre exceptionnelle entre vingt femmes palestiniennes et vingt femmes israéliennes à Bruxelles afin d’entamer un dialogue.

Passionnée par le Maghreb, Simone Susskind a souhaité élargir ces initiatives aux femmes de la région. Après avoir organisé des sommets, l’association a lancé le projet "Femmes leaders de demain" en 2013, dans la lignée du Printemps arabe. Pour Simone Susskind les principaux acteurs de ces mouvements revendiquant la démocratie et les libertés étaient les femmes et les jeunes. Vingt femmes du Maroc, de Tunisie, d’Algérie et de Belgique ont été sélectionnées et réunies pendant un an et demi à plusieurs reprises. Cinq jeunes femmes avaient été sélectionnées au Maroc, en Tunisie, en Algérie et en Belgique.

L’année suivante, en 2014, lors des élections belges, ces femmes ont accompagné les candidates bruxelloises dans leur campagne électorale. Puis, l’inverse s’est déroulé : les Bruxelloises ont accompagné les candidates marocaines à l’occasion des élections législatives. "Beaucoup de choses se sont passées lors de cet échange", explique Simone Susskind. "Je me souviens d’une échevine bruxelloise qui accompagnait une candidate dans sa ville. Lorsqu’elles sont arrivées devant un café rempli d’hommes, la candidate marocaine ne voulait pas y entrer, tandis que l’échevine voulait absolument. Finalement, elles ont passé la porte et il y a eu un gros moment de tension. Ces hommes étaient stupéfaits de voir deux femmes dans leur endroit. Mais la tension est retombée et il y a eu des échanges et des discussions."

La Tunisie, pionnière des droits des femmes au Maghreb

En Tunisie, les femmes ont joué un rôle important dans le Printemps arabe. Elles se sont mobilisées pour faire valoir leurs droits. Le pays est d’ailleurs considéré comme pionnier au sujet des droits des femmes dans le monde arabe. En 2011, la constitution adoptée après le renversement du président Ben Ali déclare que le pays doit tendre vers une égalité hommes-femmes totale.

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En juin 2016, la participation politique des femmes a connu une avancée majeure : le Parlement tunisien a voté une loi obligeant la parité horizontale et verticale pour les élections municipales, ce qui signifie que les listes électorales devaient comporter un nombre égal d’hommes et de femmes, ainsi qu’une alternance entre hommes et femmes au sein de la même liste. Cela a permis à de nombreuses femmes d’êtres en tête de liste.

Suite à ce bouleversement, marqueur de la décentralisation tunisienne, qui allait permettre une forte présence des femmes dans la vie politique, l’ASBL Action in the Mediterranean a lancé un appel à candidature pour former les candidates aux élections en les accompagnant dans leur campagne. Parmi les 35 candidates formées, 13 ont été élues. Grâce à cette nouvelle loi, à la suite des élections, 48% des élus communaux étaient des femmes. L’association a ensuite continué de les accompagner et de les soutenir.

"Ce n’est pas un hasard", insiste Simone Susskind. "On ne peut pas encore savoir quel impact cela aura, mais les choses vont changer. Je ne pense pas que les femmes soient meilleures pour faire la paix, mais la participation des femmes à la vie politique permet des avancées.". L’ex-sénatrice observe donc un changement progressif, même si elle admet "qu’on danse le tango" : on avance de deux pas et on recule d’un pas lorsqu’on voit certains pays qui restreignent les droits des femmes, comme les États-Unis. Mais elle n’est pas pessimiste pour autant : de plus en plus de femmes sont désormais incluses en politique.

Cet article a été écrit lors d’un stage au sein de la rédaction des Grenades.

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Les Grenades-RTBF est un projet soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles qui propose des contenus d’actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.

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