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Génération Z : le début de la Grande Évasion ?

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20 sept. 2022 à 09:30Temps de lecture4 min
Par RTBF avec AFP

Année de césure, tour du monde, voyage à vélo, chemin de Compostelle… Cette année, de nombreux jeunes ont envie de s'évader. Après deux années de Covid et des perspectives environnementales sombres, tous cherchent l’intensité et le mouvement.

Comme s’il fallait vite profiter d’un monde menacé par le chaos. Au même titre que la grande démission, la Gen Z serait tentée par la grande évasion.

Les jeunes diplômés ont envie de prendre le large

"L’avenir est sombre. Chaotique. On ne se projette plus à dix ou vingt ans comme avant. On veut vivre l’instant." Alors entre un emploi très intéressant et son envie de faire le tour du monde, Jo, qui finit son diplôme de Science-Po, a choisi. "J’ai décliné une belle offre de CDI, non pas parce que les missions ne me plaisaient pas mais parce qu’à 22 ans, je ne me m’imagine pas enfermé dans une routine de bureau."

"Tant que je suis jeune, je cherche une intensité de vie que je n’ai pas dans le cadre professionnel traditionnel."

Pierre-Louis, lui aussi diplômé de Sciences-Po, démarre lui les vendanges cette semaine dans un domaine viticole, dans les environs de Bordeaux. Première étape avant de prendre le grand large en janvier 2023 vers le Maroc et ensuite l’Amérique Latine. Son diplôme en poche, il n’a qu’une envie : "Voyager". Et d’insister : "Sans limite de temps". Louise, 25 ans, s’envole elle pour l’Asie, après deux ans d’apprentissage dans un grand média. 

Comme eux, beaucoup de jeunes de la génération Z, nés dans la deuxième partie des années 90, rêvent d’exode. Notamment parmi les diplômés des filières ultra sélectives. Comme si les ambitions tracées depuis des enfances de bon élève n’avaient plus grand sens. Ou comme s’ils s’étaient engouffrés, sous les conseils de leurs pairs, dans des cursus prestigieux dont ils ne voyaient finalement pas l'intérêt.

Ceux qui ont réussi à mettre de l’argent de côté pour concrétiser leur voyage imaginent découvrir le monde et s’éloigner un temps du rythme quotidien, parfois sans date retour, retardant surtout leur entrée sur le marché du travail.

Le voyage donne des perspectives et du sens

"La fin des études, c’est le bon moment pour partir", estime Timothée, qui termine tout juste son master à Sciences-Po. "C’est beaucoup plus dur de partir quand tu es inséré dans le monde du travail", juge le jeune homme de 22 ans. Ce qu’il veut faire après ? "Je ne sais pas. J’aimerais un job utile mais c’est difficile de se projeter."

Le voyage donne des perspectives et du sens.
Le voyage donne des perspectives et du sens. Dougal Waters

Malgré des études encadrées et une dernière année en alternance censée faciliter l’insertion dans le marché de l’emploi, aucun de ces jeunes, sortis des cursus prisés des employeurs, n’a pu se projeter dans un projet professionnel concret. Pierre-Louis a d’ailleurs très vite compris qu’il n’évoluera pas dans cette voie. 

Ces grands départs étaient autrefois rares, les CV ne devaient laisser aucune ligne vacante. Il fallait voguer de bonnes études en stages prestigieux pour trouver un bon emploi. Mais depuis le développement des échanges Erasmus, avec près de 7000 étudiants belges qui partent chaque année étudier dans un autre pays, une nouvelle culture s’est installée, valorisant les longs voyages durant les études.

Les écoles ont d’ailleurs aménagé ces années de césure.

Certains proposent maintenant une option payante pour "réserver" sa place entre le bachelor et le master et partir un an avec la sécurité de reprendre sa formation.

Pour ne plus avoir l'impression de "perdre son temps"

Difficile d’établir des chiffres précis sur ce phénomène d’évasion ou d’estimer le nombre de jeunes lancés dans ce genre d’aventures. En France, environ 20% des 20 à 24 ans n’étaient ni en emploi, ni en études, ni en formation (NEET) selon l’Insee en 2019. Aux États-Unis, la tendance est similaire.

Un quart des jeunes Américains de 20 à 34 ans ne travaillaient pas ni ne cherchaient à le faire à l’automne 2021.

A travers ces envies, on peut saisir une lassitude voire un rejet du monde du travail actuel chez les plus jeunes. Un changement majeur, effet direct de la pandémie de Covid-19, qui a contraint le monde à rester chez soi durant des mois. Selon une étude sur la Génération Z et le travail menée par la plateforme TalentLMS et l’entreprise technologique BambooHR au début de l’année 2022, plus de 20% des jeunes Américains interrogés quitteront leur emploi dans les douze prochains mois. Les principales raisons étant une rémunération insatisfaisante, un manque d’équilibre entre vie professionnelle et personnelle et un manque d'intérêt dans leur travail.

Cette dernière raison, Romain, 22 ans, l’a expérimentée durant son année d'alternance dans une entreprise chargée des politiques RSE chez les PME. "On me demandait de faire des synthèses", déclare-t-il. "Ce n’est pas très enrichissant. Et puis je m’attendais à faire plus. J’aurais pu faire le travail qu’on me demandait en 15 heures", fait remarquer le jeune homme, qui part aussi en Amérique latine au début de l’année 2023. "Cela m’inquiète pour les 40 ans de carrière qui m’attendent."

Investir dans la transition écologique

Investir dans la transition écologique.
Investir dans la transition écologique. TFILM

Pierre-Louis souhaite, lui, couper avec la vie de manager à laquelle ses études le préparaient. "C’est trop lourd, trop politique, je n’ai pas envie d’être cadre", avoue-t-il. "Il me faut du terrain et l’agriculture me plaît bien pour cela." Son voyage servira à découvrir les différents modes d’exploitation agricole dans le monde pour "pourquoi pas reprendre une exploitation à ma sauce", songe-t-il. Romain aussi n’imagine pas "faire des choses abstraites sur un ordi". Il souhaite s’investir dans une cause concrète, "trouver l’utilité" d’un projet, notamment en faveur du climat

Pour Timothée, c’est déjà tout trouvé.

Il va faire un tour d’Europe à vélo et souhaite développer un projet de sensibilisation à l’écologie auprès des enfants.

"C’est une manière de voir autre chose après cinq ans de théorie", dit-il. Il a déjà monté son association et essayera de récolter des dons pour les écoles primaires de Libourne, sa commune natale. "Je ne compte pas sur ce projet [pour trouver ce que je veux faire] mais je compte sur cette année pour m’ouvrir d’autres perspectives."

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