Dans l'air du temps

Georgius ou la théorie du "C’était pareil avant"

Est-ce que le nom de Georges Guibourg vous dit quelque chose ? Non ? Et celui de Georgius ? Réal Siellez nous fait remonter le temps, à la découverte de chansons qui ont plus d’un siècle.

Une carrière qui prend fin à la sortie de la guerre

Georges Guibourg qui avait choisi comme nom de scène Georgius… Il commence sa carrière en 1908, en chantant des chansons dont il dira plus tard : "Ma vraie nature ne s’était pas encore révélée et je pleurnichais ce répertoire pompier que j’ai tant parodié par la suite. J’en sentais le ridicule, mais j’avais la conviction que le public aimait ça".

Son tube, s’il en est, sort en 1934 et s’intitule "La plus bath des Javas", une parodie pleine d’échos à l’époque où la java était le genre à côté duquel il était impossible de passer.

Tout se déclenche en 1912, lorsque Georgius est engagé au théâtre de la gaîté Montparnasse à Paris comme chansonnier. Et à ce titre, il écrit pendant trois ans sans interruption 5 nouvelles chansons par semaine… La production est dantesque.

Au programme : culte de la parodie, le sens comique, traitement de l’actualité politique et sociale… Et puis le look était travaillé puisque sa tenue tranchait avec celle des comiques de l’époque : costume entièrement blanc, maquillage très voyant et chrysanthème à la boutonnière. Il s’agitait énormément sur scène et occupait tout le plateau et, selon les critiques de l’époque, "ses mimiques ajoutent beaucoup à des chansons que le disque nous rend déjà très distrayantes."

Il s’adaptait à tous les styles… Et pourtant, la carrière de Georgius s’arrête après la guerre. En effet, Georgius est suspecté de collaboration, le chanteur ayant chanté et dirigé trois théâtres pendant l’occupation.

Par ailleurs, une dizaine d’années avant l’occupation allemande, Georgius avait composé plusieurs airs qui drainaient de nombreux clichés antisémites.

La chanson française, c’était mieux avant ?

Et si Réal Siellez nous parle de Georgius, c’est pour mettre en avant le fait que "la chanson, ce n’était pas mieux avant". Si certaines et certains peuvent reprocher des choses aux interprètes d’aujourd’hui, il est intéressant de voir que c’était pareil hier.

Si NTM choque pour intégrer dans un refrain un "nique la police" en 1993, et que la musique urbaine actuelle ne se prive pas sur le sujet des forces de l’ordre, sachez qu’en 1940, Georgius pousse aussi à la défiance avec "Méfie-toi de la patrouille".

Evidement c’était avec un langage adapté à l’écoute.

Aujourd’hui on reproche aux interprètes de céder aux placements de produits… Georgius (comme pas mal d’interprètes) vendait lui aussi ses services et le temps d’oreille disponible de ses fans pour renflouer les caisses… Comme avec la chanson "Il faut saisir sa chance", tout entière dédiée à la gloire de la loterie nationale française.

Et puis si certains puristes de chansons francophones reprochent à quelques artistes d’être omniprésents notamment via les réseaux sociaux, sachez qu’en à peine une quarantaine d’années de carrière, Georgius aura fourni 2000 saynètes de sketchs chantés et 1500 chansons… S’excluant lui-même des planches en 1951, il se reconvertira dans l’écriture de Polars.

Parmi le répertoire de Georgius, voici Les archers du Roy, une chanson à l’âge vénérable d’un siècle. Sa mécanique du rire vient du refrain répétitif de plus en plus absurde et aux allusions polissonnes omniprésentes sans y toucher à coups de contrepèteries et autres… Qui, dans son genre aussi à l’époque, choquait des âmes pudibondes qui trouvaient que ce que nous allons écouter n’était pas de la chanson, et que c’était bien mieux avant.

" Les archers du Roy " de Georgius, sur une musique de Joseph Gey en 1922.

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