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Gilbert Kankonde, vice-Premier ministre de la RDC : « Nous n’allons pas nous lancer dans une chasse aux sorcières »

Gilbert Kankonde invité de la Semaine du Monde

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11 oct. 2020 à 08:00 - mise à jour 11 oct. 2020 à 14:55Temps de lecture3 min
Par Benoît Feyt et Thomas De Brouckere

Gilbert Kankonde (UDPS), vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur, était de passage à Bruxelles cette semaine. L’occasion de faire le point sur plusieurs dossiers d’actualité en République démocratique du Congo.

Lorsqu’il est arrivé au pouvoir, il y a presque deux ans, le président Félix Tshisekedi a déclaré " qu’il était prêt à mourir pour la paix et la stabilité du pays ". Malheureusement, les exactions se poursuivent aujourd’hui dans plusieurs provinces de l’Est, comme l’Ituri, le Nord-Kivu et le Sud-Kivu. Qu’est-ce qui a réellement été entrepris ces derniers mois pour mettre un terme aux massacres de civils qui se succèdent depuis près de 25 ans dans cette région ?

Il faut d’abord rappeler que lorsque le Président Tshisekedi a entamé son mandat, l’Ituri était un terrain pratiquement conquis par les groupes armés comme les ADF (Allied Democratic Forces, ndlr), qui proviennent d’Ouganda et qui sévissent dans la région depuis des décennies. Ils avaient des camps de formation, un état-major installé sur notre territoire où ils vivaient avec femmes et enfants. Tout ça aujourd’hui c’est de l’histoire ! Des opérations militaires ont été lancées par nos forces armées et tous les camps des ADF ont été démantelés.

Il y a pourtant encore eu des exactions des ADF cette semaine-ci en Ituri…

Oui mais ce sont désormais des actions " commando " auxquelles nous assistons. Ils viennent en petits groupes, frappent des cibles isolées et puis ils repartent. Il y a aussi un phénomène de grand banditisme qui s’est greffé sur cette situation, avec des prises d’otages et de demandes de rançon. C’est pour cela que nous lançons des appels à la population civile pour qu’elle collabore avec nous en nous indiquant où se situent les niches de ces groupes armés.

Mais il y a un autre problème. Certains esprits mal tournés cherchent à entretenir des petites poches de déstabilisation dans la région pour démontrer le président Tshisekedi ne réussit pas à apporter la paix chez nous. Ils espèrent ainsi s’aménager des zones d’influence. Mais nous menons des enquêtes et ces gens seront poursuivis.

Il y a dix ans, le Haut-Commissariat des Nations unies aux Droits de l’homme publiait le " rapport Mapping " reprenant les crimes les plus graves commis entre 1993 et 2003 en RDC. Certains, comme le docteur Mukwege, Prix Nobel de la paix 2018, déplorent qu’aucun de ces crimes n’ait été jugé depuis lors. Pourquoi ne pas poursuivre les responsables ?

On parle de crimes commis il y a plus de 15 ans alors que le président Tshisekedi n’est arrivé au pouvoir qu’en 2019. Tout le monde sait que le parti dont nous sommes issus (UDPS, ndlr) n’a jamais été d’accord avec la façon dont ce pays a été géré au cours de ces 40 dernières années. A l’époque, nous avons manifesté avec le Dr. Mukwege et des responsables de la société civile pour dénoncer le fonctionnement de l’appareil judiciaire. Nous avons tous déploré l’impunité dont bénéficiaient les hauts responsables de l’armée et les politiciens qui sont impliqués dans ces crimes. Maintenant que nous sommes au pouvoir, nous agissons pour rendre la justice indépendante.

Mais, lors de son investiture, le président Tshisekedi a aussi été très clair en annonçant qu’il n’avait pas l’intention de regarder dans le rétroviseur ni de creuser dans le caniveau. Il s’est engagé à poursuivre tout acte délictueux commis à partir du moment où il a pris les affaires en main. Et on ne peut pas dire qu’il y a eu des crimes sous ce mandat qui n’ont pas été déférés devant la justice.

Le Président Tshisekedi a nommé le Général Amisi Kumba inspecteur général des FARDC (Forces Armées de la République démocratique du Congo) cet été, alors qu’il est soupçonné d’entraves au processus électoral et d’atteinte aux droits humains par l’Union européenne et les Etats-Unis. Ça ne risque pas de donner l’impression que l’impunité continue ?

Il n’y a pas d’impunité. Le président assumera tout ce qui se passe durant son mandat. Mais nous ne sommes pas dans une révolution. Nous sommes dans une coalition avec des partenaires qui ont eu la responsabilité de la gestion du pays ces dernières années et qui peuvent être interpellés comme les premiers responsables de leurs actes. Mais nous ne sommes pas là pour faire une chasse aux sorcières. Nous avançons. Nous nous attelons à jeter les bases d’une société réellement démocratique. Mais ça ne se fera pas en un jour.

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