Giro - Cyclisme

Giro - Bernal, Yates, Caruso, Bardet : dans quel état de forme sont les favoris à l'aube du sprint final ?

Bernal, Caruso, Yates : où se situent les favoris du Giro ?

© RTBF avec Belga

29 mai 2021 à 09:25Temps de lecture5 min
Par Antoine Hick

Après plus de deux semaines d'une intense bataille entre les différents favoris, place au sprint final de ce Giro. Au menu donc, une dernière étape de montagne avec la très éreintante ascension de Madesimo puis un chrono final qui pourrait venir redistribuer les cartes. À deux jours de l'arrivée, il est donc temps de faire un dernier bilan. Bernal, Yates, Caruso, Bardet, où en sont les favoris ? Tentative de décryptage.

Egan Bernal : 1er avec 2'29" secondes d'avance

Egan Bernal en rose.

À l'aube de la deuxième journée de repos, mardi, tous les observateurs s'accordaient pour dire qu'Egan Bernal ne pouvait quasiment plus perdre ce Giro. Surfant sur un confortable matelas de 3 min d'avance et dégageant une sensation d'ultra-facilité, le Colombien s'érigeait comme le grandissime favori.

Seulement voilà, ses deux baisses de régime, d'abord vers Sega Di Ala puis dans l'Alpe di Mera sont venues chambouler les cartes. Et si le leader Ineos a su brillamment limiter la casse au niveau du temps (il compte toujours plus de 2 min d'avance), il a enfin montré quelques signes de faiblesse. Un coup de moins bien, au pire des moments, qui entre-ouvre une fenêtre de tir pour ses adversaires. Mais après trois semaines, lequel d'entre eux aura encore les jambes pour boucher 2 min sur le Colombien ?

2. Damiano Caruso : 2e à 2'29"

Damiano Caruso 2e du général.

Le prototype du coureur qu'on n'entend pas, qui se cache sciemment à l'abri des regards et des caméras mais qui, sans donner l'impression d'y toucher, reste fermement accroché à sa 2e place.

À 33 ans, Damiano Caruso a profité de l'abandon de son leader, Mikel Landa et de la forme chancelante du second Pello Bilbao, pour s'ériger comme le fer de lance principal de cette formation Bahrain-Merida. Hyper constant, jamais à l'attaque mais rarement à la ramasse, Caruso profite de son ultra-régularité pour titiller les meilleurs en haute montagne.

Meilleur rouleur parmi cet essaim de favoris, Caruso pourrait grappiller quelques secondes dimanche lors du contre-la-montre. Et si le voir en rose après le chrono paraît hautement improbable, le vétéran italien se dirige malgré tout vers son tout premier podium dans un Grand Tour. Avec près de 4 minutes d'avance sur le 4e, il a effectivement le temps de voir venir.

3. Simon Yates : 3e à 2'49"

Simon Yates vainqueur en solitaire.

Longtemps au pied du podium, Simon Yates a profité de son coup de force au sommet d’Alpe di Mera pour retrouver une place au chaud parmi les trois premiers. Étonnamment discret et attentiste en début de Giro, le Britannique a profité de la 3e semaine pour sortir de l'ombre et enfin mettre le feu aux poudres. Seul au monde vendredi, il a prouvé à qui veut bien l'entendre que l'homme fort de cette 3e semaine, c'est bien lui.

Et si ses performances plutôt erratiques en chrono risquent de jouer en sa défaveur, la 20e étape, plus aérienne que jamais, pourrait lui permettre d'anticiper pour attaquer de loin. S'il veut viser le maillot rose, il sait ce qu'il lui reste à faire. Et même si le temps à boucher paraît énorme (2m49 sur Bernal), son récent pic de forme et la baisse de régime de Bernal pourraient lui permettre de tout faire exploser. Pour prendre sa revanche sur le Giro 2018 où il avait tout perdu en 3e semaine ?

4. Aleksandr Vlasov : 4e à 6'11"

Aleksandr Vlasov 4e du général.

Mystérieux, Aleksandr Vlasov. Très irrégulier, le Russe enchaîne le chaud et le très froid. Lâché sur les pentes du Passo Giau où il avait concédé plus de deux minutes à Bernal, il a été l'un des rares à parfaitement limiter la casse vendredi au moment de l'attaque de Simon Yates. Difficile donc de juger son état de forme.

Toujours est-il qu'en étant 4e à 3 min de la 3e place, le leader Astana peut toujours briguer un podium, l'objectif avoué de son sulfureux directeur sportif, Alexandre Vinokourov. Arrivé dans la peau d'un dark horse ou favori caché à la victoire finale, le Russe va-t-il jouer la sécurité sur les pentes à plus de 2000 mètres d'altitude ce samedi pour sécuriser cette 4e place ou tenter de tout faire exploser pour viser un podium...voire une victoire d'étape ?

Difficile de démêler le vrai du faux avec ce taciturne coureur qui cache bien son jeu. Une chose est sûre, en cas de défaillance des trois coureurs qui le précèdent au classement, il sautera sur l'occasion. Comme il l'a toujours fait depuis le début de ce Giro.

5. Hugh Carthy : 5e à 7'10"

Hugh Carthy sur le Giro.

Alors que Bernal lâche du lest depuis quelques jours, Hugh Carthy, lui, paraît complètement éteint. Excellent grimpeur sur la Vuelta 2020, il a cette fois laissé entrevoir des lacunes qu'on ne lui connaissait pas auparavant. Désespérément seul et lâché par une équipe qui ne tient visiblement pas la route en haute montagne, le Britannique a accusé le coup dans l'étape vers Sega di Ala (3m39 de perdues).

Encore sur le podium au soir de la 16e étape, Carthy a reculé à la 5e place. Son état de forme, lui, est jugé plutôt inquiétant. Et s'il se débrouille étonnamment bien dans les chronos, le coureur EF Education–Nippo va devoir se faire violence lors de la très montagneuse 20e étape. Pour grappiller un 2e podium après sa 2e place sur la dernière Vuelta ?

6. Romain Bardet : 6e à 7'32"

Romain Bardet 6e du général au Giro.

En voilà un qu'on avait sans doute vu trop vite trop haut. Parmi les meilleurs lors de l'éreintante étape vers Cortina, Romain Bardet avait montré son meilleur visage, finissant à quelques encablures d'un impressionnant Bernal. Résultat, tout le microcosme du cyclisme s'était enflammé, prédisant un retour au premier plan du Français.

Podium final ? Victoire d'étape ? Quelques jours plus tard, on en est bien loin puisque Bardet est, depuis, largement rentré dans le rang. À la dérive sur les deux dernières étapes (près de 4min de perdues), le leader du Team DSM navigue en eaux troubles. Et s'il a une ultime tentative de briller sur le 20e opus qui lui correspond parfaitement, le chrono de dimanche risque de lui coûter très cher. Au vu de sa forme et du menu des deux derniers jours, voir Bardet s'immiscer dans le Top 5 paraît donc presque chimérique.

7e et 8e : Dani Martinez et Joao Almeida (7.42" et 8.26")

Joao Almeida sur le Giro.

Pour clore ce Top 8 qui se tient en moins de neuf minutes, on pointera deux hommes forts de ce Giro 2020. D'un côté, l'impressionnant Daniel Felipe Martinez, le fidèle lieutenant d'Egan Bernal. Dernière rampe de lancement du Colombien dans quasiment toutes les étapes de montagne, il se met à plat ventre pour son leader. Et malgré ces efforts ahurissants, Martinez pointe toujours à la 7e place au général, à 7m42 de son leader. Un classement exceptionnel qui témoigne du pic de forme dans lequel se trouve actuellement Martinez. 6e à Sega di Alpa, 7e lors de l'Alpe di Mara, il a confirmé qu'il était l'un des hommes forts de cette 3e semaine.

Autre taulier de cette fin de Giro, Joao Almeida. Cantonné à un rôle ingrat de lieutenant de Remco Evenepoel en début de course, il a profité des déboires (et de l'abandon) du Belge pour retrouver une place au soleil. Hyper offensif, visiblement revanchard, il a à coeur de prouver à son directeur sportif qu'il méritait sans doute mieux que ce rôle de second. Et son état de forme resplendissant (il a fini devant Bernal lors des deux dernières étapes) lui donne raison. Qui sait où il aurait fini s'il avait eu le champ libre dès l'entame de course.

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