Goma : la population évacuée sans aucune aide des autorités et victime de rackets par des policiers et militaires

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02 juin 2021 à 06:39Temps de lecture2 min
Par RTBF

La ville de Goma, à l’est de la République du Congo, a été évacuée il y a quelques jours par crainte d’une nouvelle éruption du volcan Nyiragongo. Des milliers de personnes ont dû tout quitter dans la précipitation.

Aujourd’hui, le volcan semble s’apaiser et les habitants reviennent petit à petit dans les quartiers. Mais toujours, avec ce sentiment d’avoir été abandonné par les autorités : 400.000 personnes ont reçu l’ordre de quitter la ville en urgence et ils n’ont bénéficié d’aucun accompagnement pour les aider à se réfugier en zone sûre.

Une situation que dénoncent aujourd’hui plusieurs organisations de la société civile, comme Lucha, une organisation apolitique et non violente qui représente la jeunesse de Goma. Benoît Feyt, notre journaliste envoyé spécial, a rencontré Ghislain Muhiwa, un militant de Luch.

Des déplacés, qui ont fui Goma.

"Si vous demandez aux gens d’évacuer, il faut leur donner des moyens de transport, critique-t-il. Au-delà de ça, il y a des personnes handicapées et des personnes qui sont malades. Comment vous faites ? Quel est le plan pour toutes ces personnes ?

Rien n’a été dit et on a remarqué également que ceux qui ont eu les moyens de sortir de la ville sont arrivés à destination et il n’y avait aucun site aménagé pour ça.

Et même dans les endroits où ils se sont reposés, il n’y avait pas d’eau, il n’y avait pas de toilettes et ça accroît déjà les risques de maladies. On a par exemple déjà confirmé qu’il y a eu 13 cas de choléra, et ça, c’est déjà grave. Donc, on voit que la situation est la plus grave simplement parce que l’État n’a pas pris de mesures sérieuses pour gérer la crise".

 

Certains habitants de Goma ont même subi des pressions des forces de l’ordre sur ce chemin de l’exil, ce que l’on appelle communément au Congo "des tracasseries", ce qui est en fait un euphémisme pour parler du racket exercé régulièrement par les policiers et les militaires sur la population civile.

Il semblerait que ces "tracasseries" se sont encore répétées sur la route de l’exil des évacués de Goma.

Si vous avez de l’argent, par exemple si vous avez 100 dollars sur vous, ils peuvent vous demander de donner quelque chose

"Il y a des amis qui sont partis à Minova qui ont été tracassés, et nous, nous avons vu ça, et ils ont été en mesure de prendre des vidéos pour montrer le degré des tracasseries, témoigne Ghislain Muhiwa. Concrètement, il y a par exemple une barrière à Minova, pour aller dans le Sud Kivu, où on vous contrôle, où on vous surveille, on regarde tout ce qui se trouve dans votre sac, et s’il y a quelque chose de suspect ou qu’eux estiment suspect, déjà ils vous bloquent. Ou si vous avez de l’argent, par exemple si vous avez 100 dollars sur vous, ils peuvent vous demander de donner quelque chose. Il y avait beaucoup de tracasseries comme ça et ça a créé de la révolte au sein des gens qui se sont déplacés".


►►► Eruption du volcan Nyiragongo en RDC : trois scientifiques de l’AfricaMuseum se rendent à Goma


Ces témoignages sont remontés aux oreilles du chef de l’État, le président Félix Tshisekedi, qui a demandé au gouvernement d’agir pour mettre un terme à ces fameuses "tracasseries", menaçant les auteurs de sanctions sévères.

Mais il est fort peu probable que cela suffise pour mettre un terme à ce qui est devenu, il faut bien le dire, une habitude dans le chef des forces de l’ordre au Congo, et cela depuis déjà bien longtemps.

 

Evacuation à Goma: JT 01/06/2021

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