Chroniques

Good Move, contre nous de la tyrannie

Les coulisses du pouvoir

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27 oct. 2022 à 06:41Temps de lecture3 min
Par Bertrand Henne

Le plan Good Move à Bruxelles attise les passions politiques. Son avenir est en suspens. Il est révélateur des fractures de la démocratie Bruxelloise.

Plan de mobilité

Good Move c’est un plan de mobilité décidé par la majorité régionale, ou siège PS-ECOLO-DEFI-VOoruit, Groen et l’OPen VLD. Pour faire simple, le plan est axé autour de l’idée que le trafic automobile doit se concentrer dans des grands axes, appelés structurants et que les quartiers doivent plutôt laisser la place aux autres modes de transports, afin d’avoir moins de nuisances, ce sont les quartiers dits apaisés.

La mise en œuvre passe concrètement par des changements de sens de circulation, des panneaux sens uniques et ou interdits, des blocs de béton qui barrent certaines rues.

Ces changements ont suscité des réactions négatives de la part de l’opposition PTB et MR, mais aussi de la part de certains habitants. Hier des manifestations ont eu lieu à Schaerbeek où l’on dénombre deux blessés parmi les pompiers et policiers des arrestations et des dégradations. Le plan a déjà été retiré à Anderlecht et partiellement suspendu à Schaerbeek.

Ta démocratie, tu te la gardes !

C’est le grand reproche des opposants, le plan ne serait pas assez démocratique. Derrière ce manque de démocratie certains, soutenu par le PTB, dénoncent le mépris envers la classe populaire d’un petit nombre d’élites des quartiers plus favorisés qui imposerait sa vision de la mobilité. Le collectif antiraciste Bruxelles Panthère évoque : un éco-libéralisme autoritaire issu d’une nouvelle bourgeoisie contre les habitants des quartiers populaires. Le clivage blanc/racisé est en toile de fond.

D’autres soutenus par le MR dénoncent, je cite le président du MR : une gauche qui tue Bruxelles et un plan décidé de façon autoritaire et aveuglé par le dogmatisme d’Ecolo.

Dans le même temps, d’autres citoyens réclament Good move au nom également de la démocratie. La démocratie des consultations qui ont été mises en place depuis deux ans, et des autorités élues en 2019 avec entre autres cette idée d’une ville plus durable qui diminue l’empreinte de la voiture en ville.

Ainsi le témoignage sur Facebook de l’historienne Chantal Kesteloot. Schaerbeekoise, elle se rend au travail à vélo, elle raconte avoir goûté une journée le plaisir de rouler dans une rue passée à sens unique délestée du trafic de transit. Après 48 heures retour aux camions écrit-elle, tant pis pour les utilisateurs faibles, tant pis pour un projet d’espace plus vert. Comme d’autres je suis triste pour ma commune et triste pour la démocratie.

Démocratie et conflit

Décidément tout le monde s’envoie la démocratie à la figure. Ce n’est pas surprenant que de telles mesures soient contestées. La mobilité est un enjeu plus conflictuel qu’on ne le pense. C’est d’ailleurs pour ça que les autorités vantent un processus co-construit, basé sur des consultations. On mesure ici toute la limite de la démocratie consultative. Beaucoup de citoyens disent, à raison, qu’on ne leur a pas demandé leur avis à eux. Les politologues montrent que dans ces processus consultatifs, les citoyens moins diplômés sont sous-représentés. Ceux-là crient aujourd’hui au manque de démocratie. Mais bien sûr ceux qui ont participé, peuvent aussi crier au manque de démocratie.

Comment faire alors ? Il faudrait donc une consultation où tout le monde prendrait la parole. Mettre plus d’un million de citoyens d’accord ne sera pas simple, à la fin il faudra bien passer à un vote. Au bout du compte, que le dialogue soit facile ou tendu, il y aura une majorité qui s’imposera.

Il y a un truc qui ressemble à ça, plus ou moins, ça s’appelle les élections. Et cette majorité régionale, personne ne peut dire aujourd’hui qu’elle n’a pas été élue pour faire ce qu’elle fait et qu’elle ne représente pas les aspirations d’une majorité des Bruxellois.

Elle a peut-être cochonné le travail cette majorité. Il y a sans doute plein de raisons légitimes d’être en colère et de s’opposer à un plan comme Goodmove. Je ne juge pas ici le bien-fondé du plan et de la colère de certains habitants. Ce qui est en jeu c’est la manière dont elle s’exprime. Il est frappant de remarquer la montée en puissance d’un discours qui conteste la légitimité du résultat de l’élection, tant au PTB qu’au MR, signe d’une polarisation avancée de la politique Bruxelloise.

Il est frappant de constater comment les opposants s’autoproclament défenseurs d’une majorité populaire contre un régime autoritaire qui gouvernerait au nom d’une minorité d’élites. Contre une tyrannie, le peuple à forcément le droit de se défendre et d’outrepasser les règles. Certains députés de l’opposition PTB ou MR auraient bien chanté Contre nous de la Tyrannie des vélos cargos dans les manifestations de Schaerbeek. Cette rhétorique instrumentalise la désaffiliation politique et la méfiance et mène directement au populisme. Le mot est très souvent utilisé à tort et à travers. Ici, on peut.

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