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Grâce à un médecin belge spécialiste en Europe, la thérapie fœtale s’exporte jusqu’à Rome

13 juil. 2022 à 04:00 - mise à jour 13 juil. 2022 à 07:40Temps de lecture3 min
Par Valérie Dupont
Le professeur Jacques Jani du CHU Brugmann et la docteure Elisa Bevilacqua de l’hôpital Gemelli.
Le professeur Jacques Jani du CHU Brugmann et la docteure Elisa Bevilacqua de l’hôpital Gemelli. Valérie Dupont

La médecine belge s’exporte parfois avec succès. C’est le cas en matière de thérapie fœtale, l’un des spécialistes de ces opérations chirurgicales in utero se trouve à Bruxelles, à l’hôpital Brugmann. Le Professeur Jacques Jani est appelé un peu partout en Europe et il vient de réaliser une opération très délicate à Rome.

Les Romains l’appellent communément l’hôpital des Papes. Une grande statue de Jean-Paul II rappelle aux visiteurs qu’il y fut hospitalisé à onze reprises. L’an dernier, le Pape François a lui aussi été opéré à l’hôpital Gemelli.

Mais l’immense polyclinique est avant tout un centre médical d’excellences, classé dans les quarante meilleurs hôpitaux du monde. L’ouverture d’un centre de chirurgie fœtale était donc ici une évidence.

A quoi me servent mes connaissances si ce n’est pas pour les transmettre à des médecins étrangers avec qui j’ai déjà travaillé à Brugmann ?

"J’ai réalisé plus de cent cinquante opérations in utero (à l'étranger, ndlr), explique le Professeur Jacques Jani, chef de service de gynécologie du CHU Brugmann à Bruxelles, mais je n’avais jamais opéré au Gemelli. C’est le quinzième hôpital où j’installe un nouveau centre de chirurgie fœtale, mais nous ne sommes pas nombreux en Europe à accepter de partir au pied levé pour aller opérer dans un hôpital étranger avec une équipe de médecins inconnus."

Car début mai, une gynécologue italienne, Elisa Bevilacqua, appelle en urgence celui qui fut son mentor lors de son doctorat à Bruxelles. Elle lui demande de venir immédiatement. "J’ai pris le premier vol et j’ai appelé en chemin pour leur dire de préparer la salle d’opération, raconte Jacques Jani, car à quoi me servent mes connaissances si ce n’est pas pour les transmettre à des médecins étrangers avec qui j’ai déjà travaillé à Brugmann ?"

TTTS, le syndrome de transfusion des jumeaux

Le cas est délicat. Un syndrome TTTS, une transfusion de jumeau à jumeau. Il s’agit d’une pathologie qui touche 10% des grossesses monochoriales, avec deux poches mais un seul placenta. L’un des bébés reçoit trop de sang et urine beaucoup, aux dépens de son jumeau qui dépérit sans nourriture et dont les reins ne fonctionnent pas.

La Docteure Elisa Bevilacqua est spécialiste des grossesses gémellaires à la polyclinique Gemelli, elle explique que seule l’opération pouvait sauver les bébés.

"Avec l’opération on va brûler les vaisseaux sanguins pour séparer en deux le placenta. Mais dans ce cas il y avait aussi un excès de liquide amniotique qui rendait la grossesse très dangereuse et très inconfortable, il fallait séparer le placenta et ponctionner sept litres de liquide amniotique." L’opération se fait par endoscopie avec des instruments dont le diamètre dépasse à peine le millimètre.

Dans 15% des cas ces opérations provoquent la rupture de la poche, et donc la mort des fœtus

"Nous faisons une seule petite incision dans le ventre de la maman, et l’opération doit être rapide, maximum trente minutes pour éviter la rupture de la poche des eaux, explique Jacques Jani qui a étudié à Londres avec Kypros Nicolaides, l’inventeur de la chirurgie fœtale sans ouvrir l’utérus comme le faisaient les médecins américains, à l’aide d’une fibre optique nous explorons la situation et une fibre laser permet de brûler les vaisseaux sanguins pour séparer le placenta, mais dans 15% des cas ces opérations provoquent la rupture de la poche, et donc la mort des fœtus."

Une belle histoire

Neuf semaines après l’intervention, le docteur Jani est revenu à Rome pour rencontrer la maman et ses bébés, Alessandro et Christian, déjà considérés comme des petits miracles.

La possibilité de sauver les deux enfants est rare. "Sans le docteur, ils ne seraient pas là, dit Felicia Scanu, la jeune maman napolitaine, j’étais très préoccupée car je savais qu’il y avait des risques pour cette opération, mais sans cela il n’y avait aucune possibilité d’arriver à la naissance, à vingt-cinq semaines j’avais sept litres de liquide amniotique en trop, et des douleurs atroces."

Alessandro et Christian sont encore bien fragiles mais ils sont nés à trente-cinq semaines. Ils démarrent dans la vie avec une belle histoire, comme on les aime à Naples, celle d’un médecin venu de Nord juste pour les sauver.

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