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Grand recensement urbain des sans-abri à Namur et Charleroi : plus de jeunes, en rupture familiale

© Eric Lalmand - Belga

29 oct. 2021 à 15:46 - mise à jour 29 oct. 2021 à 18:00Temps de lecture2 min
Par V.Fouya avec S.Mergen

Ce n'est pas qu'une impression : le nombre de personnes sans abri est en constante progression dans la plupart des villes belges. Mais lutter efficacement contre le sans abrisme nécessite de savoir combien de personnes dorment dans nos rues, nos parcs, nos gares voire sous nos fenêtres . A ce jour, on ne possède pas de données fiables à ce sujet. Voilà pourquoi la Fondation Roi Baudouin a initié un grand recensement urbain et hier soir c'était au tour de Namur et de Charleroi de procéder au comptage des SDF.

De plus en plus jeunes

Il est 23 heures à Charleroi, le pays noir s'endort mais dans la ville haute quelques 80 volontaires veillent et s'apprêtent à partir en maraude. Pendant une heure, ils vont sillonner la ville, par groupe de deux, torches en main et aller à la rencontre des personnes sans logement.

 A Namur, ce sont les équipes du Relais social urbain qui vont battre le pavé. Une trentaine de personnes , gilet fluo sur le dos et bottines au pied, elles seront à pied d'oeuvre entre 17 heures et minuit. Chaque équipe a son secteur, le centre ville mais aussi les alentours , Jambes, Wépion, Vedrin... Des carrières, des squats, des parcs dans lesquels les SDF ont l'habitude de s'abriter le soir venu.

Qui sont-ils? Manifestement, le profil a changé. Emeline Legrain est infirmière et  coordinatrice du relais namurois. Elle explique qu'il y quelques années, elle croisait surtout des personnes âgées dont la vie avait basculé. Aujourd'hui, ce sont plutôt de jeunes hommes - entre 18 et 25 ans -  ils sortent d'institutions diverses ou ils sont en rupture familiale .

Aux abords de la gare, l'équipe engage la discussion avec L.  Le questionnaire établi va permettre de mieux cerner les profils et les besoins. Les termes de "cercle vicieux" et engrenage reviennent dans la conversation : un emploi perdu, des loyers impayés et un jour c'est l'expulsion. Les parcours des uns et des autres varient mais au-delà des pertes matérielles, très vite, ce sont la dignité et les liens sociaux qui viennent à manquer. 

De plus en plus nombreux

Ces dénombrements ont lieu depuis 2020. Arlon, Liège, Gand, Bruxelles y ont déjà procédé et quelques faits saillants sont observés.

D'abord, la progression est bien réelle : à Bruxelles par exemple on note un augmentation de +27,72%. Des chiffres qui traduisent probablement la présence importante de personnes en migration dans la capitale. 20% des SDF sont de jeunes adultes quand ce ne sont pas des mineurs. Enfin , vivre à la rue s'accompagne  souvent de problèmes de santé mentale et de toxicomanie.

La Fondation relève aussi que le sans abrisme n'est que la partie émergée de l'iceberg : il ne prend pas en compte les personnes précarisées, obligées de trouver refuge chez des amis ou dans leur famille.    

A quoi ces dénombrements vont-ils servir ? D'abord à avoir une cartographie précise du phénomène et de son ampleur. On a bien des approximations - on parle d'un millier de SDF à Charleroi- mais on manque de données objectives. La finalité, c'est évidemment de mettre en place des politiques adaptées aux besoins exprimés par le terrain, ce qui ne semble plus être le cas aujourd'hui.  Pour Emilie Legrain , il s'agit de changer de braquet , de penser à mettre en place des structures et des solutions pérennes plutôt que de réagir au coup par coup, en fonction de l'urgence sociale .

Au printemps dernier, la Ville de Namur avait adopté une charte pour lutter contre le sans abrisme. Elle a désormais un outil en mains pour traduire cette intention dans les actes.

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