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Grévistes ou non, les enseignants en ont ras-le-bol: coup de sonde en région liégeoise

Grévistes ou non, les enseignants en ont ras-le-bol: coup de sonde en région liégeoise (illustration)
10 févr. 2022 à 09:56Temps de lecture4 min
Par Bénédicte Alié avec C. Adam

De nombreux enseignants seront en grève ce jeudi 10 février. Une mobilisation jugée exceptionnelle. La dernière de ce type remonte à 2011.

Pénurie du personnel, manque de reconnaissance, de valorisation de la profession... C'est ce que dénoncent les enseignants. Un ras-le-bol généralisé, exacerbé par la crise sanitaire.

D'une école à l'autre, cette action sera à géométrie variable. Au Collège Saint-Louis par exemple, certains profs seront effectivement en grève.

Un mal-être chez les jeunes profs

Pour Jérémiah, 26 ans, professeur d'histoire et de géographie, cette grève est une première.

Pour Jérémiah, 26 ans, professeur de géographie et d'histoire depuis un peu plus de 2 ans, ce sera une grande première.

Pour l'enseignant, le mal-être est réel, notamment chez les jeunes profs: "Plus de 45% des jeunes profs arrêtent après 5 ans. Cela montre qu'il y a vraiment vis-à-vis des jeunes profs un mal-être qui peut être présent pour plusieurs raisons. La première raison que je vois, c'est la précarité du poste, le fait qu'il y a de nombreux jeunes profs qui sortent et qui doivent jongler avec plusieurs écoles. En plus de ça, j'ai été étonné que, dans le métier de prof, on nous demande souvent d'être des cocheurs de cases, de réaliser des tâches administratives qui paraissent complètement superflues et complètement éloignées des besoins de préparation concrètes qu'on a pour que nos séances se passent bien et pour faire évoluer les élèves."

A chaque fois, on subit, sous le regard moqueur des politiques

Un malaise qui se ressent aussi à l'Athénée de Fragnée à Liège. David De Bremacker y est professeur de français depuis 8 ans. Il sera en grève aujourd'hui et ira exprimer son mécontentement à Bruxelles. Même s'il ne se fait pas beaucoup d'illusion sur l'impact de cette manifestation: "Je serai bien sûr à Bruxelles parce que je pense qu'il faut aller au bout de nos actions même si je pense que, un des gros soucis des manifestations de profs, c'est qu'on est trop gentils. Il y a d'autres corporations qui sont bien plus intéressantes quand elles manifestent et qui arrivent à mieux se faire entendre. Nous, on nous rit gentiment au visage et on fait malgré tout les économies qu'on voulait faire et les réformes qu'on voulait faire. Je n'ai pas connu une manifestation qui a abouti au retrait des mesures que les professeurs dénonçaient. On subit à chaque fois, sous le regard moqueur des politiques."

Qu'on arrête de nous mettre au pilori

Professeur de français et d'histoire également à l'Athénée de Fragnée à Liège, Françoise Biard enseigne depuis 30 ans et sera en grève ce jeudi: "On nous impose aussi de travailler sur d'autres réformes, par exemple le pacte d'excellence avec le changement des congés. Pourquoi le faire maintenant, et si vite? Alors que nous aimerions bien tous pouvoir reprendre nos marques, nous poser, nous avons l'impression que la Ministre ne nous entend pas. Nous sommes des personnes avec qui il faut compter. Et pas uniquement nous, les profs, mais le personnel ouvrier, le personnel administratif, les directions, et surtout, en premier lieu, les enfants que j'ai en face de moi."

Et elle poursuit: "Ce que j'attends de cette journée de grève, c'est que la Ministre parte de l'humain, c'est-à-dire pense que nous faisons notre travail. Qu'on arrête de nous mettre au pilori, parce que nous faisons notre travail. J'ai des élèves qui sont en quarantaine, qui reviennent, qu'il faut ré-accrocher au train. Qu'elle comprenne que c'est ça notre priorité. Qu'elle arrête de nous mettre de l'administratif parce que, justement, avec cette crise, nous avons autre chose à penser."

Un ras-le-bol généralisé, exacerbé par la crise sanitaire

Si de nombreux enseignants seront en grève ce jeudi, certains resteront tout de même sur le pont. Ce sera le cas à l’École Fondamentale Don Bosco à Liège, où aucun membre du personnel ne sera en grève. Une action jugée inopportune en raison des difficultés et du retard engendrés par la crise sanitaire.

Une crise qui, pour le directeur de Don Bosco, Eric Vanderstukken, a détérioré plus encore les conditions d'enseignement: "Le Covid n'est qu'un accélérateur de particules, il ne fait que montrer à quel point la situation est vraiment délicate au niveau de l'enseignement, qu'on bricole, qu'on s'arc-boute pour faire face à ce qui nous arrive, face à l'absentéisme... Trouver des enseignants, trouver des enseignants de qualité pour assurer des missions de plus en plus complexes parce qu'on a aussi, et on le voit bien, des enfants qui sont de plus en plus percutés par la vie en général. Donc, effectivement, c'est à flux tendu."

On manque cruellement de moyens

Ce jeudi, ce jeune instituteur a choisi d'assurer sa classe, même s'il partage le ras-le-bol de la profession.

Antoine Lesage est un jeune instituteur de 28 ans. Il enseigne en 5ème primaire à l'école fondamentale de Don Bosco à Liège

L'enseignant a également choisi d'assurer sa classe, même s'il partage le ras-le-bol de la profession: "Il faut beaucoup de motivation pour faire ce métier. Il y a très peu de candidats. C'est un métier très compliqué, donc il y a pas mal d'absences aussi qui se font ressentir. Il faut remplacer, on a de moins en moins d'aide, et on manque également cruellement de moyens. Vous n'avez qu'à regarder autour de vous dans la classe: ce n'est pas évident, les élèves sont un peu les uns sur les autres. Mais bon, voilà, on reste motivé et on fait notre métier comme on nous demande de le faire."

Rappelons que si l'enseignant de votre enfant est en grève, l'école est tout de même tenue d'assurer un service d'accueil.

Grève des enseignants: sujet JT 10/02/2022

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