Santé & Bien-être

Grossesse et sport : entre bien-être et excès

Le sport intensif, pour garder une silhouette ferme pendant sa grossesse, un phénomène qui peut être dangereux pour le bébé à venir.

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14 sept. 2022 à 05:30Temps de lecture3 min
Par Sofia Cotsoglou avec Maurizio Sadutto

Les premières futures mamans qui s’affichent sur les réseaux sociaux pour montrer leur ventre presque plat et un corps hyper musclé sont apparues aux alentours de 2016. Si le sport est recommandé pendant la grossesse, en faire de manière aussi intense peut étonner. Cela soulève immanquablement quelques questions, que ce soit au sujet de la santé de la future mère, de la santé du futur bébé, mais aussi de l’image que renvoient ces sportives inconditionnelles à toutes les autres femmes enceintes. On les appelle les "fit moms". Décodage.

Dans l’optique de se sentir bien

Julie, enceinte de 4 mois, est ce qu’on appelle une "fit mom".
Julie, enceinte de 4 mois, est ce qu’on appelle une "fit mom". © RTBF

Son ventre à peine arrondi ne permet pas encore de le deviner, mais Julie est enceinte de 4 mois. Cette maman hyperactive jongle entre son travail de responsable marketing et son activité en tant que coach sportive. Nous l’avons rencontrée en pleine action. Et toutes ses journées commencent de cette manière :

Julie, responsable marketing et coach sportive.

"Moi j’aime bien m’entraîner le matin. Vers 6h30, 7 heures moins le quart, comme ça, avant de déposer ma fille à l’école, quand tout le monde dort encore. Ça me permet de me vider la tête, un petit moment, pour moi. Je le fais vraiment dans une optique de me sentir bien."

Julie est donc ce qu’on appelle sur les réseaux sociaux une "fit mom", qui désigne une maman ou future maman qui pratique beaucoup de fitness. Elles passent leurs journées en salle de sport et soulèvent de gros haltères. Cependant, certaines d’entre elles sont tentées de pousser cette activité à l’extrême, à parfois quelques semaines seulement de leur accouchement.

"Dangereux et malsain"

Un phénomène qui interpelle Olivia Borlée. Elle parle de son expérience en tant que mère sportive. Si l’ancienne athlète olympique a continué le sport pendant sa grossesse, elle se souvient néanmoins avoir sérieusement levé le pied à cette époque :

Olivia Borlée, athlète belge, spécialiste du sprint.

"J’ai continué à courir jusqu’à 4 mois de grossesse, puis j’ai adapté mon activité avec des sports plus doux, que ce soit de la natation, du vélo… En revanche, ce diktat de la minceur à tout prix, même quand on est enceinte et qu’on n’accepte pas ses formes, je trouve ça super dangereux et très malsain."

Ces fit moms et leur culte de la performance reçoivent un éclairage très important sur les réseaux sociaux. Tout cela implique par conséquent une réalité déformée, un culte de l’image, et une identification induite…

Avec un million d’abonnés sur Instagram, cette Australienne, professeur de fitness, n’a jamais cessé de s’entraîner.

Sa dernière fille est née prématurée, à 31 semaines. Elle ne pesait que 1,5 kg

Australienne et professeur de fitness, cette femme n’a pas cessé son entraînement pendant sa grossesse.
Sa dernière fille est née prématurée, elle pesait 1kg500.

Un risque certain et un message culpabilisant

Charlotte De Gélas est gynécologue-obstétricienne à l’hôpital Saint-Pierre à Bruxelles. Pour cette spécialiste, cette tendance des fit moms est particulièrement inquiétante. Non seulement ces femmes envoient un message hyper-culpabilisant aux autres femmes enceintes, mais elles prennent aussi beaucoup de risques :

Charlotte De Gélas, gynécologue-obstétricienne à l'hôpital Saint-Pierre de Bruxelles.

"Elles sont plus à risque d’accoucher prématurément, et elles sont aussi, toutes ces femmes qui font du sport extrême, un peu plus à risque d’avoir des bébés en retard de croissance. Et par ailleurs, elles ne représentent pas du tout l’objectif à atteindre, et elles sont totalement dans le contrôle, contrôle de l’image de soi. Elles ne veulent pas prendre beaucoup de poids, alors que pendant la grossesse, c’est tout à fait normal d’avoir son corps qui se modifie et de prendre du poids. Et ce n’est pas normal de voir des plaquettes d’abdominaux sur son ventre quand on est enceinte."

L’un des enjeux ici serait donc de trouver un équilibre entre sa pratique sportive et sa santé, ainsi que celle de l’enfant à naître. Nous en avons fait part à Julie, interviewée au début de cet article. Même si le fitness est son quotidien, elle est pour sa part consciente de ces dérives et attentive aux limites de son corps.

Mais au-delà de cette problématique de santé, il y a donc aussi un problème d’image de soi pour les femmes. L’injonction est encore et toujours à la minceur. On assiste à une sorte de contrôle de la société sur le corps des femmes. Un peu comme si elles n’avaient pas le droit "de se relâcher" pendant leur grossesse, et pointées du doigt si elles le font. Amplifiée par l’effet des réseaux sociaux, cette injonction a la vie dure, soutenue en cela par des millions d’abonnés, en dépit de toute raison.

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