Guerre en Ukraine

Guerre en Ukraine : 394 millions d'euros en un mois, le très juteux commerce des diamants russes en Belgique, malgré les sanctions

L'année dernière, Anvers a importé pour plus d'1,8 milliard de dollars de diamants bruts de Russie

© AFP or licensors

On dit souvent qu'une guerre se heurte à la réalité des enjeux économiques. La guerre en Ukraine en est un parfait exemple, avec en toile le fond le commerce du diamant. La Russie est l'un des grands exportateurs de diamants bruts. Les chiffres donnent d'ailleurs le tournis : l'année dernière, Anvers a importé pour 1,8 milliard d'euros de diamants bruts de Russie.

Cela représente 25% de l'ensemble des diamants dans la ville anversoise. Et la Belgique n'est bien sûr pas le seul pays à profiter de ce commerce très juteux avec la Russie. De quoi expliquer que les diamants russes échappent aux sanctions européennes ?

Le grand oublié des sanctions européennes

Depuis le début de la guerre en Ukraine, l'Union européenne a adopté huit paquets de sanctions contre la Russie. Au total, plus de 1200 hauts responsables et oligarques russes et une centaine d'entités sont sanctionnés, leurs biens sont gelés et tous sont interdits d'entrer dans l'Union européenne. Suite à ces sanctions, les importations russes vers l'Europe ont chuté de plus de 60% et les exportations européennes vers la Russie d'un tiers.

Mais tous les secteurs ne sont pas visés. Loin de là. Le commerce du diamant, épargné par les sanctions, s'en tire très bien. Tout profit pour la Russie et les partenaires européens, dont la Belgique.

Un tailleur de diamant, actif au sein de l'AWDC, l'association des diamantaires d'Anvers
Un tailleur de diamant, actif au sein de l'AWDC, l'association des diamantaires d'Anvers © Tous droits réservés

L'appel de Zelensky aux députés belges

En mars dernier, le président ukrainien Volodymyr Zelensky est intervenu, par vidéoconférence, lors d'une séance plénière de la Chambre des représentants. Ses propos ne sont pas passés inaperçus : "Il y a des gens pour qui les diamants russes vendus à Anvers sont plus importants que notre lutte. La paix a plus de valeur que les diamants russes. Aidez-nous".

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky intervient, par visioconférence, lors de la séance plénière de la Chambre des représentants le 31 mars 2022.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky intervient, par visioconférence, lors de la séance plénière de la Chambre des représentants le 31 mars 2022. © Tous droits réservés

Quelques jours plus tôt, c'est le groupe politique Ecolo-Groen qui demandait une interdiction des importations des diamants russes. Des demandes restées lettres mortes, face à un secteur très prospère et très influent.  

Anvers, capitale mondiale du diamant

Depuis des centaines d'années, Anvers est réputée dans le monde entier pour sa grande expertise dans le domaine du diamant. La majorité des minéraux, extraits aux quatre coins de la planète, passent par Anvers. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien que cette ville du nord du pays est baptisée "capitale mondiale du diamant". 

Alors, quand on parle de sanctions contre les diamants russes, c'est tout un secteur qui tremble. Selon l'AWDC, l'association des diamantaires d'Anvers, des milliers d'emplois seraient en jeu et la Russie aurait vite fait d'envoyer ses diamants vers un autre pays, comme l'Inde, rendant inutile l'effet d'une telle sanction sur son économie.   

AWDC, l'association des diamantaires d'Anvers
AWDC, l'association des diamantaires d'Anvers © Tous droits réservés

Un lobbying ultra-présent

Au début de l'invasion russe en Ukraine, le commerce du diamant a bien été cité comme cible possible des sanctions. Mais à l'heure actuelle, il n'en est toujours rien. Selon plusieurs élus européens, l'explication est simple : le secteur diamantaire peut compter sur un important lobbying, jusque dans les travées du Parlement européen. 

Pis: selon une récente étude sur les données du commerce mondial du New York Times, la valeur des exportations de la Russie vers la Belgique aurait même augmenté de 130% après l'invasion de l'Ukraine par la Russie. Et  une grande partie de cette augmentation serait liée au commerce des diamants. Selon l'observatoire du commerce international, la Belgique importait sur le seul mois de juin 2022 un volume de 394 millions d'euros de diamants de Russie, ce qui en faisait sa plus grande source d'approvisionnement, et une augmentation colossale par rapport à 2020.

De son côté, le gouvernement belge a toujours affirmé qu'il n'avait jamais demandé à la Commission européenne de retirer les diamants de sa liste de sanctions et qu'il ne s'y opposerait pas. Faut-il encore qu'une telle proposition soit véritablement discutée entre les 27 Etats membres. Ce qui n'a pas encore été le cas... quoique.

Selon le New York Times, un incident a fait beaucoup de bruit au mois de septembre. A ce moment, la Commission européenne prépare une nouvelle série de sanctions. Le Service européen pour l'action extérieure (SEAE) ne reçoit pas la note selon laquelle les diamants doivent rester exclus des sanctions. Le projet de document est donc rédigé en faisant mention qu'Alrosa, société russe de diamants appartenant à l'Etat, doit être visée par les sanctions. Repérant l'erreur, la Pologne et d'autres pays pro-ukrainiens ont fait trainer les négociations sur le paquet de sanctions, en espérant qu'Alrosa serait bien visée par ce nouveau train de sanctions. Finalement, il n'en fut rien, faute d'obtenir l'unanimité des 27 Etats membres. Alrosa continue donc aujourd'hui d'exporter vers l'Union européenne.

Pour combien de temps encore ? Difficile à dire. Mais Alrosa, comme l'ensemble du secteur diamantaire, n'ignore pas que le vent pourrait tourner.

Mi-octobre, la Pologne et ses alliés ont de nouveau inclus les diamants dans les propositions d'un nouveau paquet de sanctions. Les pourparlers n'ont pas encore commencé. On est donc encore loin de toute sanction de ce type. La proposition sera peut-être une nouvelle fois balayée d'un revers de la main par certains Etats membres. D'autres en revanche ne baissent pas les bras, et espèrent qu'un jour, ce secteur très brillant, sera sanctionné, comme d'autres pans de l'économie russe.

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