Guerre en Ukraine

Guerre en Ukraine : 4 questions à Igor Zhovkva, conseiller spécial et chef adjoint du cabinet de Volodymyr Zelensky

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01 avr. 2022 à 19:22Temps de lecture4 min
Par Ibrahim Molough sur base d'une interview d'Alice Debatis

Volodymyr Zelensky s’est adressé aux députés de la Chambre ce jeudi après-midi, au début de la traditionnelle séance plénière. L'occasion pour le président ukrainien de comparer la bataille de Marioupol à celle d’Ypres en 1915 et d'évoquer les "diamants russes parfois vendus à Anvers".

C'est d'ailleurs devenu une habitude pour l'ancien acteur devenu président : lors de ses interventions face aux parlements du monde entier, il ne manque pas de glisser des références historiques ou de pointer l'un ou l'autre aspect national qui a une influence sur la guerre en Ukraine.

Comment cette stratégie oratoire s'organise-t-elle côté ukrainien ? La RTBF s'est entretenue avec Igor Zhovkva, conseiller spécial et chef adjoint du cabinet de Volodymyr Zelensky.

Le Président Zelensky adapte son discours à chaque Parlement auquel il s’adresse, quelle est l’efficacité de cette stratégie et comment est-elle née ?

Igor Zhovkva : "Cette idée d’adaptation a été créée par le président lui-même. Vous savez, il s’adresse tous les jours aux dirigeants étrangers, aux présidents et aux premiers ministres. Mais il a décidé, en plus de parler aux dirigeants étrangers, de s’adresser aux parlements et à travers eux, de parler aux peuples des États qui soutiennent l’Ukraine. Quand on s’adresse à chaque nation, il faut trouver quelque chose de particulier qui brisera la glace entre nous et la nation étrangère, même si, aujourd’hui, dans le cas de l’Ukraine, tout le monde soutient notre lutte contre l’agression russe.

A chaque fois que le président Zelensky s’adresse à un parlement, il trouve des moments historiques communs, il trouve des liens spécifiques entre l’Ukraine et le pays avec lequel il parle. En réalité, il trouve ses propres mots convaincants afin d’obtenir du soutien supplémentaire de la part des pays auxquels il s’adresse. Aujourd’hui même [jeudi 31 mars, NDLR], il s’est adressé à 3 parlements différents, les parlements de l’Australie, de la Belgique et des Pays-Bas et dans tous ces cas, il s’est montré très convaincant."

Quel est l’impact des sanctions et de la pression de la communauté internationale sur Moscou ? Est-ce suffisant ?

IZ : "Les sanctions comptent, elles affaiblissent l’économie russe et elles affaiblissent la capacité de la Russie à lutter contre l’Ukraine. Nous sommes reconnaissants, pour les sanctions qui ont déjà été mises en œuvre, par tous les principaux États. Mais nous en avons certainement besoin de plus. Pourquoi ? Parce qu’il faut des sanctions immédiates afin de causer des effets sur l’économie, sur l’élite, sur les entreprises, et sur le système financier russe. Tout ce qui les affaiblira pour lutter contre l’Ukraine. Parce que chaque dollar, chaque euro qu’ils gagnent en vendant leurs produits, en vendant leurs marchandises à des entreprises européennes ou internationales est immédiatement réinvesti dans l’industrie militaire et est utilisé pour fabriquer des armes pour tuer les Ukrainiens.

Nous ne sommes définitivement pas satisfaits du niveau actuel des sanctions, en particulier dans l’Union européenne. En ce moment, nous parlons de la fermeture des ports pour tous les navires russes, de l’embargo sur l’importation de gaz et de charbon russe, du gel des avoirs russes dans les banques européennes. Il est même possible d’utiliser ces avoirs pour restaurer l’économie ukrainienne.

De plus, nous voulons des sanctions contre les politiciens exposées, à tous les niveaux de gouvernance, qui ont collaboré avec l’agression russe. Nous avons besoin d’une suspension large et rapide de toutes les banques russes, pas seulement des petites banques. Tout cela est nécessaire et cela est communiqué par mon président à tous les dirigeants. Nous espérons que l’UE, les États membres, la Belgique comprise, nous soutiendront dans ces moments très importants."

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Selon vous, quel est le point clé pour mettre fin au siège de Marioupol ?

IZ : "A ce jour, ils n’ont pas réussi à sauvegarder le cessez-le-feu à Marioupol. Nous devons évacuer la population de cette ville, quelque 200.000 personnes y sont encore piégées. Et pour organiser un couloir humanitaire, il faut un cessez-le-feu. Pour l’instant, ils n’y arrivent pas. Nous travaillons avec la Croix Rouge et ils essaient de garantir le couloir humanitaire… Il faut absolument évacuer la population.

Ce qui se passe à l’est de Marioupol est une catastrophe humanitaire, c’est une atrocité. Les gens se retrouvent sans nourriture, sans eau, sans médicaments, etc. Nous exhortons toute la communauté internationale à nous aider.

Cependant, nous voulons que l’évacuation se produise sur le territoire contrôlé par l’Ukraine, plutôt que sur ces "faux couloirs humanitaires", qui tentent maintenant de déporter, de force, les gens vers la Fédération de Russie.

Tout ça me rappelle les déportations staliniennes pendant la Seconde Guerre mondiale. Il faut donc que les gens soient évacués de la ville… Cette situation n’est pas acceptable au 21e siècle."

De qui vous inspirez-vous ? Il semble que vous citiez de grands hommes comme Churchill, etc. Sont-ils une source d’inspiration et pourquoi ?

IZ : "Vous savez, oui, peut-être que Churchill est une source d’inspiration pour mon président ainsi que d’autres personnages historiques. Maintenant, je pense que mon président est lui-même une source d’inspiration, non seulement pour le peuple ukrainien, mais pour toutes les nations du monde et d’Europe. Parce qu’il combat dans une guerre depuis 36 jours. Combattant non seulement sur le front militaire mais aussi sur le front diplomatique. Zelensky est courageux et optimiste. Il mènera la nation à la victoire et nous gagnerons certainement avec lui."

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