Guerre en Ukraine

Guerre en Ukraine : à Istanbul, Kiev et Moscou signent l’accord sur l’exportation de céréales ukrainiennes

Le Secrétaire général de l'Organisation des Nations Unies (ONU), Antonio Guterres (à gauche), et le Président turc, Recep Tayyip Erdogan (à droite), assis au début de la cérémonie de signature d'une initiative sur le transport sécurisé de céréales et de d

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22 juil. 2022 à 14:41 - mise à jour 22 juil. 2022 à 17:27Temps de lecture5 min
Par Belga, mis en ligne par Kevin Dero

L’Ukraine et la Russie ont signé vendredi à Istanbul deux accords séparés avec la Turquie et les Nations unies sur l’exportation des céréales et produits agricoles via la mer Noire, a constaté l’AFP.

Kiev et Moscou ont signé deux textes identiques mais séparés, à la demande de l'Ukraine qui refusait de parapher tout document avec la Russie.

Les quatre délégations se sont retrouvées dans l'enceinte du palais de Dolmabahçe, sur le Bosphore à Istanbul, en présence du secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres, du président turc Recep Tayyip Erdogan ainsi que des ministres turc et russe de la Défense et du ministre ukrainien des Infrastructures.

La cérémonie s'est déroulée sous les drapeaux des protagonistes, ceux de la Russie et de l'Ukraine soigneusement séparés par les bannières bleue de l'Onu et rouge de la Turquie, qui s'offre en médiatrice depuis le début de l'invasion russe, le 24 février.

Cet accord, âprement négocié depuis avril sous l'impulsion d'Antonio Guterres, arrivé d'urgence à Istanbul jeudi soir, va soulager les pays dépendants des marchés russe et ukrainien - 30% du commerce mondial du blé à eux deux.

Le patron de l'Onu a remercié la Russie et l'Ukraine qui ont "surmonté leurs divergences pour faire place à une initiative au service de tous".

Maintenant, l'accord "doit être pleinement mis en œuvre", a-t-il plaidé.

Recep Tayyip Erdogan a reconnu qu'il n'avait "pas été facile" d'en arriver là, et espéré que la signature de cet accord, qui intervient près de cinq mois après le début du conflit, allait "renforcer l'espoir de mettre fin à cette guerre".

Selon le Programme alimentaire mondial (PAM), 47 millions de personnes supplémentaires sont exposées à "une faim aiguë" depuis le début de la guerre.

Le ministre russe en charge de la défense, Sergei Shoigu , attend avant la cérémonie de signature d'une initiative sur le transport sécurisé de céréales et de denrées alimentaires depuis les ports ukrainiens, à Istanbul, le 22 juillet 2022.
Le ministre russe en charge de la défense, Sergei Shoigu , attend avant la cérémonie de signature d'une initiative sur le transport sécurisé de céréales et de denrées alimentaires depuis les ports ukrainiens, à Istanbul, le 22 juillet 2022. © AFP

Historique

A quelques heures de la cérémonie, l'Ukraine a précisé qu'elle ne signerait "aucun document avec la Russie", mais uniquement avec la Turquie et l'ONU. Les Russes ont paraphé de leur côté un accord identique avec ces deux parties.

Antonio Guterres a toutefois relevé le caractère "sans précédent" de cet accord conclu entre deux pays en guerre.

Aux termes de cet accord, des "couloirs sécurisés" permettront la circulation des navires marchands en mer Noire, que "les deux parties se sont engagées à ne pas attaquer", a précisé un responsable des Nations unies ayant requis l'anonymat.

Les négociateurs ont renoncé à nettoyer la mer Noire des mines - principalement posées par les Ukrainiens pour protéger leurs côtes: "Déminer aurait pris trop de temps", a justifié l'Onu, qui a précisé que des "pilotes ukrainiens" ouvriraient la voie aux cargos dans les eaux territoriales.

L'Ukraine a suggéré que ses exportations commencent à partir de trois ports - Odessa, Pivdenny et Tchornomorsk - et espère pouvoir accroître leur nombre à l'avenir.

Les deux parties se sont engagées à ne pas attaquer

L'accord sera valable pendant "120 jours", soit quatre mois, le temps de sortir les quelque 25 millions de tonnes entassées dans les silos d'Ukraine alors qu'une nouvelle récolte approche.

Un centre de coordination conjoint (CCC) doit être établi dès ce weekend à Istanbul avec des représentants de toutes les parties et des Nations unies.

Des inspections des navires au départ et en direction des ports ukrainiens auront lieu sous le contrôle du CCC, dans l'un des ports d'Istanbul, afin de répondre aux inquiétudes de Moscou, qui veut avoir la garantie que les cargos n'apporteront pas d'armes à l'Ukraine.

Une photo prise le 11 juin 2022 montre le chargement d’orge sur un cargo Sormovo-2 dans le port international de Rostov-sur-le-Don (Russie). Ce cargo sera expédié en Turquie.
Une photo prise le 11 juin 2022 montre le chargement d’orge sur un cargo Sormovo-2 dans le port international de Rostov-sur-le-Don (Russie). Ce cargo sera expédié en Turquie. © AFP

"Riposte immédiate"

Un premier cycle de négociations entre experts militaires des trois pays concernés et de l'ONU avait eu lieu le 13 juillet à Istanbul, d'où avait percé un certain optimisme.

Puis l'incertitude l'avait emporté après des exigences formulées par Moscou à l'issue du sommet tripartite Iran-Russie-Turquie mardi à Téhéran.

La Russie a finalement obtenu la garantie que les sanctions occidentales ne s'appliqueront pas, ni directement ni indirectement, à ses propres exportations de produits agricoles et d'engrais.

"Même si les produits (agricoles) russes ne sont pas concernés par les sanctions, il y a des blocages concernant le transport maritime, les assurances et le système bancaire", expliquait jeudi le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu.

Pas d'escorte russe et pas de présence russe dans nos ports. En cas de provocation, riposte militaire immédiate

En outre, a indiqué un diplomate à New York, les Etats-Unis ont offert des "garanties" afin que des bateaux de gros tonnage soient fournis à la Russie pour faciliter l'exportation de ses céréales et de ses engrais.

En raison des sanctions, les sociétés logistiques internationales qui possèdent de tels bâtiments rechignent à travailler pour Moscou.

Les Etats-Unis avaient salué jeudi l'accord et prévenu qu'ils tenaient "la Russie pour responsable de (sa) mise en oeuvre".

Mais la méfiance reste de mise à Kiev: "Pas d'escorte russe et pas de présence russe dans nos ports. En cas de provocation, riposte militaire immédiate", a tweeté vendredi Mikhaïlo Podoliak, conseiller de la présidence ukrainienne.

Mise en œuvre rapide

Le chef de la diplomatie de l'Union européenne, Josep Borrell, a salué vendredi l'accord conclu à Istanbul pour permettre l'exportation de céréales ukrainiennes bloquées par l'invasion russe. L'accord signé par l'Ukraine, la Russie, la Turquie et les Nations unies est "une étape critique dans les efforts pour surmonter l'insécurité alimentaire globale, causée par l'agression russe contre l'Ukraine", estime l'Espagnol dans une déclaration officielle publiée en ligne.

Il met cependant en garde: le "succès" de cet accord "dépendra de son implémentation rapide et de la bonne foi" des parties. Des représentants ukrainiens ont déjà mis en doute les intentions de la Russie.

Le Haut représentant de l'UE rappelle au passage qu'aux yeux de l'Union européenne, c'est bien Moscou qui est responsable de la crise et de toutes les craintes qu'elle engendre pour la sécurité alimentaire mondiale. "La Russie détruit de manière délibérée l'infrastructure et les équipements agricoles et de transport ukrainiens, cause des pénuries de carburants et crée des problèmes d'approvisionnement alimentaire à l'échelle mondiale en bloquant les ports ukrainiens et en pillant les céréales ukrainiennes (...) L'accord offre l'occasion de tenter d'inverser cette course négative".

Nous continuerons à soutenir l'Ukraine et (le président ukrainien Volodymyr) Zelensky

Charles Michel, président du Conseil européen, a réagi sur Twitter, saluant le rôle joué par les Nations unies pour parvenir à un accord ainsi que l'"implication" de la Turquie. "Nous continuerons à soutenir l'Ukraine et (le président ukrainien Volodymyr) Zelensky", ajoute-t-il. Le Belge insiste lui aussi sur l'importance de suivre de près la mise n place de l'accord. "Une implémentation stricte est d'une importance cruciale pour que cela fonctionne", au bénéfice de "millions de personnes de par le monde".

L'Ukraine dit faire confiance à l'ONU, pas à la Russie

L'Ukraine compte sur l'ONU pour mettre en œuvre l'accord sur l'exportation de ses céréales conclu vendredi à Istanbul, a déclaré son ministre des Affaires étrangères Dmytro Kouleba, en soulignant qu'on ne pouvait "pas faire confiance à la Russie".

"Nous avons confiance en l'ONU en tant que force motrice de cet accord, en tant qu'institution et en le secrétaire général qui investit sa réputation et sa capacité à faire en sorte que cet accord fonctionne et que la Russie ne le rompe pas comme elle avait rompu plusieurs autres accords", a déclaré Dmytro Kouleba au cours d'une conférence de presse.

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