Guerre en Ukraine

Guerre en Ukraine : drones, sabotage et techniques d’assaut, immersion avec le bataillon Sturm des forces spéciales de l’armée ukrainienne

"Gold", militaire ukrainien au sein du bataillon "Sturm" dans les forces spéciales de l’armée ukrainienne, le 14 octobre 2022.

© RTBF

15 oct. 2022 à 12:33 - mise à jour 15 oct. 2022 à 15:38Temps de lecture5 min
Par Aurélie Didier et Daniel Fontaine

L’endroit est tenu secret, situé quelque part en Ukraine du côté de la frontière biélorusse. Dans leur camp de base, les militaires du bataillon "Sturm""assaut", en russe et en ukrainien – effectuent une progression tactique. Si l’un d’eux entend du mouvement derrière lui sans qu’un soldat s’identifie, il doit se retourner et tirer. Au cours de l'entrainement, les militaires font aussi face à un tir russe factice près de leur position. Leur instructeur les débriefe. Il fait partie de la 36° brigade d’infanterie navale de Marioupol: "La remarque la plus importante, c’est que vous ne devez pas marcher comme dans la vie quotidienne car vous serez une cible. Vous devez marcher le plus bas possible." Ces conseils sont vitaux car ces hommes retourneront bientôt sur la ligne de front. Le bataillon Sturm est actif pour le moment dans l’Est de l’Ukraine, dans la région de Bakhmut. 

C’est pour cela que je suis ici à la guerre, pour que mes enfants ne doivent pas faire la guerre avec les Russes.

Parmi ces hommes, un militaire dont le surnom de combattant est "Gold". Son épouse et son enfant sont partis à l’étranger, alors que lui reste en Ukraine pour se battre. "Je protège mon pays, nous sommes un peuple européen, nous voulons vivre chez nous. Mon pays me plaît. J’aime mes gens et tous mes proches. Et c’est pour cela que je suis ici à la guerre, pour que mes enfants ne doivent pas faire la guerre avec les Russes."

Militaires ukrainiens du bataillon "Sturm" dans les forces spéciales de l’armée ukrainienne, le 14 octobre 2022.
Militaires ukrainiens du bataillon "Sturm" dans les forces spéciales de l’armée ukrainienne, le 14 octobre 2022. © RTBF
Militaires ukrainiens du bataillon "Sturm" dans les forces spéciales de l’armée ukrainienne, le 14 octobre 2022.
Militaires ukrainiens du bataillon "Sturm" dans les forces spéciales de l’armée ukrainienne, le 14 octobre 2022. © RTBF

Les drones, pour repérer et neutraliser l’ennemi

Dans le bataillon, un des militaire, qui préfère rester anonyme pour des questions de sécurité, s’est spécialisé dans l’utilisation des drones. En vol stationnaire au-dessus de la cime des arbres, son drone vient de larguer une grenade. Pour le militaire droniste, cette guerre, "Tout simplement, c’est une guerre de drones et d’artillerie". Il considère que le drone est indispensable pour repérer et neutraliser l’ennemi : "On l’utilise surtout pour le renseignement, mais si on réfléchit, on peut inventer d’autres utilisations. Nous avons bricolé un dispositif pour lâcher une grenade. Au départ c’était un drone civil, mais nous avons trouvé un usage militaire. En plus du renseignement, il peut provoquer des dégâts." Il peut détruire différents types de cibles. "Le personnel, le matériel, n’importe quel blindé léger ou moyen, mais pas les véhicules lourds."

Dronistes militaires ukrainiens du bataillon "Sturm" dans les forces spéciales de l’armée ukrainienne, le 14 octobre 2022.
Dronistes militaires ukrainiens du bataillon "Sturm" dans les forces spéciales de l’armée ukrainienne, le 14 octobre 2022. © RTBF

Des soldats russes en position ont entendu mon drone. Et ils ont commencé à courir.

Le drone fait aussi la différence dans des situations plus inattendues : " Normalement dans une forêt comme celle-ci, c’est impossible d’être repéré. Mais une fois, c’était rigolo, des soldats russes en position ont entendu mon drone. Et ils ont commencé à courir. C’était drôle parce que normalement, quand on entend quelque chose, on ne bouge pas pour rester inaperçu. Mais eux, les Russes, ils ont commencé à bouger parce qu’ils craignaient le son du drone. Ils ont été bêtes car ils ont montré qu’ils étaient dans la zone. Notre armée a donc pu agir et lancer une opération. Elle a neutralisé ces Russes en 25 minutes."

Très souple et peu coûteux, le drone reste cependant vulnérable. "Le drone peut être intercepté, capturé et détruit. Chaque vol peut être le dernier. Ta maîtrise et les circonstances décideront si tu peux récupérer ton drone."

"Sud", commandant adjoint du bataillon "Sturm" dans les forces spéciales de l’armée ukrainienne, le 14 octobre 2022.
"Sud", commandant adjoint du bataillon "Sturm" dans les forces spéciales de l’armée ukrainienne, le 14 octobre 2022. © RTBF

Un bataillon de vétérans devenu indispensable

Le bataillon "Sturm", s’il forme des soldats à des opérations d’assaut, était à l’origine un bataillon de vétérans volontaires. Comme beaucoup d’autres bataillons ukrainiens, "Sturm" a été formé au début de l’offensive russe, dès le 24 février dernier. Dans les premiers jours de l’offensive, les vétérans avec les noms de combat "Sturm" et "Sud", respectivement commandant d’une unité des fantassins marins et chef de l’association des vétérans de l’infanterie marine, ont proposé leurs services et ceux d’autres vétérans au chef d’état-major des forces armées ukrainiennes.

De manière volontaire, ils ont commencé à soutenir l'armée ukrainienne grâce à des opérations de sabotage et de renseignement. C’est d'ailleurs pour cela qu'on les qualifie parfois de "saboteurs". Leur spécialité, c’est de s’infiltrer au-delà de la ligne de front et de fournir des renseignements à l’artillerie. "Notre tactique, c’est de neutraliser les Russes quand ils sont en train de rejoindre la ligne de front. Quand les Russes se rassemblent, nos soldats de renseignement repèrent leurs positions et transmettent les coordonnées à l’armée. Après il y a une frappe."

Ces coordonnées qu’ils m’ont envoyées, je les transmets à qui de droit. La nuit prochaine, ils mèneront des frappes

Au mois de mai, le bataillon a été officiellement intégré à l’armée ukrainienne, tant ses services pouvaient faire la différence sur le champ de bataille. Régulièrement, le commandant adjoint du bataillon "Sturm" reçoit sur son téléphone les derniers renseignements sur les positions russes. "On vient de m’envoyer un message. Ces soldats, nous les appelons "nos yeux". Ils nous envoient des coordonnées et une description […] Ces coordonnées qu’ils m’ont envoyées, je les transmets à qui de droit. La nuit prochaine, ils mèneront des frappes." Les renseignements fournis par ce bataillon permettent à l’armée ukrainienne de cibler des forces russes avant même qu’elles ne rejoignent la ligne de front, ce qui permet d’éviter des pertes ukrainiennes.

Trophées de guerre pris à l’armée russe et remis aux couleurs du bataillon "Sturm" des forces spéciales de l’armée ukrainienne, le 14 octobre 2022.

Les trophées de guerre du bataillon

Depuis le début de la guerre, ce bataillon rassemble des trophées de guerre, des blindés, des camions et de nombreuses armes. "Sud", commandant adjoint du bataillon, constate que les Russes laissent beaucoup de matériel derrière eux. Les Ukrainiens peuvent donc les réutiliser. "Nous avons des gens et des soldats très ingénieux qui réparent ces véhicules endommagés. Même notre propre matériel abîmé par l’ennemi, nous le réparons très vite. Nous avons capturé énormément de véhicules russes pendant les deux premières semaines de la guerre. Ce que vous voyez ici date de ce moment-là. On a donné certains véhicules parce que nous ne pouvions pas les utiliser nous-mêmes. Par exemple, un obusier automoteur à chenilles, avec un camion rempli d’obus : on les a donnés aux artilleurs."

Nous avons capturé énormément de véhicules russes

Dans leur camp de base sécurisé et dont la localisation est tenue secrète, les militaires restent en alerte et se cachent régulièrement dans de nombreux abris creusés dans le sol. Comme ailleurs dans le pays, les alertes sont quotidiennes. Le bataillon "Sturm" a acquis un missile sol air Stinger des Américains afin de défendre la zone en cas retour d’hélicoptères russes.

L’expert instructeur de l'entrainement du jour nous fait passer un dernier message qui lui tient à cœur. Il adresse un appel aux Occidentaux pour que soient libérés ses frères d’armes de la 36° brigade d’infanterie navale de Marioupol, environ un millier d’hommes qui sont toujours prisonniers des Russes, dont beaucoup de femmes. Il estime que ces femmes et ces hommes sont oubliés dans cette guerre. C’est aussi à eux qu’il pense quand il est sur le terrain.

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