Guerre en Ukraine

Guerre en Ukraine : et si l’invasion russe confortait les revendications chinoises sur Taïwan ?

Drapeau taïwanais

© BELGA/AFP – SAM YEH

26 févr. 2022 à 10:05Temps de lecture3 min
Par Ibrahim Molough

Ce jeudi, la Chine a indiqué qu’elle "suivait de près" la situation en Ukraine, s’abstenant de condamner Moscou et appelant à éviter une escalade.

"Nous exhortons toutes les parties à faire preuve de retenue pour éviter que la situation ne devienne hors de contrôle", a indiqué devant la presse une porte-parole de la diplomatie chinoise, Hua Chunying. Néanmoins, le ministre des Affaires étrangères, Wang Yi, précise que "la Chine comprend les préoccupations raisonnables de la Russie en matière de sécurité".

Est-ce que l’invasion russe en Ukraine pourrait inspirer la Chine et ses revendications sur l’île de Taïwan ?

Un peu d’histoire…

L’origine des tensions entre la Chine et Taïwan remonte à la fin de deuxième guerre mondiale, quand les communistes menés par Mao Tsé-toung gagnent la guerre civile les opposant aux nationalistes. Vaincus, ces derniers sont contraints de s’exiler sur l’île de Taïwan et y fondent la République de Chine.

Jusqu’au début des années 70, la République de Chine, fondée par les nationalistes, est la représentante de la Chine à l’Organisation des Nations Unies. Mais tout change le 25 octobre 1971, quand la République populaire de Chine est considérée comme : "les seuls représentants légitimes de la Chine aux Nations Unies". Depuis, Pékin considère l’île comme une de ses provinces en attente de réunification.

Une situation différente

Selon Thierry Kellner, chargé de cours au département de Science politique de l’ULB, spécialiste de la politique étrangère de la Chine, la situation est largement différente entre l’Ukraine et Taiwan, même si les tactiques de zone grise (tentative de créer des tensions sans toutefois déclencher un conflit ouvert) utilisées par Poutine et Xi Jinping sont similaires. Par exemple, quand des avions militaires chinois s’approchent de l’espace aérien taïwanais pour mettre à mal la défense de l’île et rappeler constamment la présence de l’imposant voisin.

Toujours selon Thierry Kellner, il y a trois différences majeures entre la crise ukrainienne et Taïwan : la situation géographique, l’importance économique et les relations entre l’île et les États-Unis.

D’un point de vue géographique, l’Ukraine est bien plus vulnérable à une invasion que Taïwan. L’une est bordée par une large plaine à l’est alors que l’autre est une île séparée du continent par un détroit. Il est alors bien plus simple pour la Russie de lancer une invasion sur l’Ukraine que pour la Chine qui devrait mobiliser sa marine pour une invasion amphibie.

Il n’y a aucun signe, pour l’instant, d’une préparation militaire de la part de la Chine

Autre point important, Taïwan, tigre asiatique, possède une économie importante bien intégrée dans le marché mondial. Le pays est un poids lourd dans le secteur de la haute technologie. Dès lors, une action militaire sur Taïwan aurait des répercussions massives sur le système international.

Pour finir, les rapports entre les États-Unis et Taïwan sont plus développés qu’avec l’Ukraine. Il faut rappeler cependant qu’il n’y a pas d’alliance militaire entre les deux pays. Néanmoins, un traité existe, le "Taiwan Relations Act", qui lie les États-Unis avec l’île.

"Les États-Unis entretiennent une ambiguïté stratégique qui permet, selon eux, d’éviter une confrontation. Ce qui est important est que la Chine n’a pas la garantie que les États-Unis n’interviennent pas en cas de conflit. De plus, les États-Unis ne sont pas les seuls susceptibles d’intervenir, le Japon pourrait aussi réagir car une telle action remettrait en cause sa propre sécurité", explique le spécialiste.

En réalité, la Chine est déjà bien occupée avec ses affaires internes. Le 20e congrès du parti communiste aura lieu cette année et Xi Jinping souhaite prolonger son mandat, ce qui demandera toute l’attention du pays. Il semblerait que la diplomatie chinoise ait été surprise par l’action russe. Elle commence par envoyer un message de retenu tout en disant comprendre les préoccupations sécuritaires de la Russie.

Pour Thierry Kellner, "les actions de Vladimir Poutine sont contraires aux grands principes affichés par la politique étrangère chinoise, c’est-à-dire, le maintien de l’intégrité territoriale et de la souveraineté des états. Or ici, Poutine viole complètement l’intégrité territoriale de l’Ukraine. La diplomatie chinoise doit, dès lors, jouer les équilibristes car Pékin souhaite en même temps conserver de bonnes relations avec la Russie avec qui elle partage des intérêts convergents dans leur opposition à Washington".

Une réponse occidentale décisive

Cependant, il est certain que Pékin va surveiller avec beaucoup d’attention la réponse occidentale face à la Russie. "Si les Occidentaux se montrent unis et envoient un message clair de fermeté et de cohésion, cela pourrait peser sur les calculs de Pékin et l’inciter à la prudence. Si au contraire, la réponse est hésitante et faible, cela risque de créer un précédent dangereux pour Taiwan. D’où l’intérêt pour l’Occident et ses alliés asiatiques d’afficher une réponse claire, coordonnée et ferme face à l’aventurisme de Vladimir Poutine", conclut Thierry Kellner.

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