Guerre en Ukraine

Guerre en Ukraine: Kiev se prépare à de nouveaux combats dans l'Est

Les victimes civiles du conflit en Ukraine

© Sylvie HUSSON

31 mars 2022 à 04:29Temps de lecture5 min
Par AFP

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a déclaré jeudi ne pas croire aux promesses de la Russie de réduire son dispositif militaire en direction de Kiev, et que son armée se préparait à de nouveaux combats dans l'Est de l'Ukraine.

Les propos du dirigeant interviennent alors que Moscou a annoncé pour jeudi une trêve, rapidement taxée de "manipulation" par la vice-Première ministre ukrainienne, dans la ville assiégée de Marioupol, un port stratégique entre la Crimée annexée par la Russie et les territoires contrôlés par les séparatistes prorusses dans l'Est.

"Nous ne croyons personne, pas une seule belle phrase", a déclaré M. Zelensky jeudi en début de nuit dans une adresse vidéo à la nation. "Nous voyons aussi qu'il y a une accumulation de troupes russes pour de nouvelles frappes" dans la région du Donbass (est) "et nous nous y préparons", a-t-il insisté.

"Nous ne cèderons rien. Nous nous battrons pour chaque mètre de notre territoire", a-t-il lancé.

"Assiéger Tcherniguiv"

La Russie avait promis mardi de "radicalement" réduire son activité militaire en direction de la capitale ukrainienne Kiev et de la ville voisine de Tcherniguiv, après des pourparlers russo-ukrainiens à Istanbul.

A court-terme, "on s'attend à ce que le feu sur les unités ukrainiennes s'intensifie", avec en ligne de mire "la mission d'assiéger la ville de Tcherniguiv", a relevé l'état-major de l'armée ukrainienne mercredi en fin de soirée dans son briefing publié sur Facebook.

Mercredi, le porte-parole du ministère ukrainien de la Défense, Oleksandre Motuzyanyk, avait souligné avoir constaté le départ de certaines unités de la capitale Kiev et de Tcherniguiv, mais "pas de retrait massif de troupes russes de ces zones", contrairement à la promesse faite la veille par Moscou.

Les forces russes poursuivent également, dans l'Est, "leur blocus de Kharkiv, menant des tirs d'artillerie dans la ville", a souligné l'état-major. "Dans la direction de Donetsk (dans le Donbass, ndlr), l'ennemi tente de prendre le contrôle de Popasna, Rubizhne, et de s'emparer de Marioupol" où l'occupant "continue de mener des attaques", selon la même source.

Un conseiller du ministre ukrainien de l'Intérieur, Vadym Denysenko, a par ailleurs déclaré sur l'antenne de chaînes de télévision ukrainiennes que "les Russes ont commencé à utiliser l'aéroport de Brest (situé au Belarus, un pays limitrophe au nord de l'Ukraine, ndlr) pour bombarder nos territoires".

Toujours dans l'Est de l'Ukraine, l'armée ukrainienne a repris le contrôle d'une autoroute stratégique reliant Kharkiv à Tchougouïv. "Il y a des cadavres russes éparpillés partout", a assuré à l'AFP un officier du renseignement ukrainien. "Les combats ont été très durs, rapprochés parfois de dix mètres. Ça a duré près de trois jours".

Les forces russes ont également quitté, après un mois d'occupation, la ville de Trostyanets (nord-est).

"La guerre continue"

Les espoirs d'une percée pour mettre fin au conflit - dans la foulée des discussions menées mardi à Istanbul entre les belligérants - ont été douchés mercredi soir, le porte-parole de la présidence russe Dmitri Peskov affirmant notamment ne pas pouvoir "faire état de quoi que ce soit de très prometteur ou d'une percée quelconque".

"La guerre continue. Pour l'instant, il n'y a à ma connaissance ni percée ni nouveauté", a également déclaré mercredi soir le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian.

"Les négociations avec la délégation russe reprendront le 1er avril en ligne", a de son côté affirmé mercredi le négociateur en chef ukrainien, David Arakhamia, à la télévision.

Plus tôt dans la soirée, le ministère de la Défense russe avait annoncé sa décision de mettre en place à Marioupol (sud-est de l'Ukraine) une trêve, appelée "régime de silence", à partir de jeudi à 10h00 (7h00 GMT) afin d'évacuer des civils via un couloir humanitaire vers Zaporojie, à quelque 250 km au nord-ouest.

"Pour que cette opération humanitaire réussisse, nous proposons de la mener avec la participation directe de représentants du Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés et du Comité international de la Croix-Rouge ", a ajouté le ministère.

L'annonce a été fraîchement accueillie par la partie ukrainienne, la vice-Première ministre Iryna Verechtchouk parlant à son propos d'une "manipulation" supplémentaire, dans une interview à un média ukrainien.

Quelque 160.000 civils sont bloqués dans cette cité, sous les bombes et terrés dans des abris sans électricité, manquant de nourriture et d'eau, selon des témoignages.

A Marioupol, les forces russes ont "délibérément bombardé un bâtiment du Comité international de la Croix-Rouge (CICR)", a affirmé mercredi une responsable ukrainienne, sans pouvoir donner de bilan. La mairie a de son côté dénoncé l'évacuation forcée vers la Russie d'une maternité de la ville.

Poutine "mal informé"

Les autorités ukrainiennes ont par ailleurs accusé les forces russes d'avoir tiré mercredi des obus au phosphore sur la petite ville de Marinka (est).

Alors que les affrontements se poursuivent sur le terrain, les services de renseignements américain et britannique ont décrit mercredi et jeudi un président russe "mal informé" sur le conflit, en froid avec son état-major et entouré de conseillers craignant de lui dire la vérité.

"Nous avons des informations selon lesquelles Poutine estime que l'armée russe l'a induit en erreur, ce qui a causé une tension persistante entre lui et son état-major", a dit mercredi la directrice de la communication de l'exécutif américain, Kate Bedingfield, lors d'un briefing de routine.

"Nous pensons que Poutine est mal informé (...) sur les mauvaises performances de l'armée russe et sur la sévérité de l'impact des sanctions sur l'économie russe parce que ses hauts conseillers ont peur de lui dire la vérité", a-t-elle encore déclaré.

Et Jeremy Fleming, directeur de l'agence britannique de cybersécurité (GCHQ), de renchérir: le président russe a "extrêmement mal évalué" l'invasion de l'Ukraine. Ses conseillers "ont peur de lui dire la vérité" sur sa stratégie de guerre "défaillante" en Ukraine, a-t-il déclaré jeudi dans un discours à l'Université nationale australienne de Canberra.

"Crimes de guerre"

A Genève mercredi, au 34e jour du conflit, la haute commissaire aux droits de l'homme de l'ONU, Michelle Bachelet, a prononcé un long réquisitoire contre les "crimes de guerre" qui pourraient selon elles avoir été commis depuis le début du conflit, pointant essentiellement du doigt la Russie, mais sans totalement dédouaner les forces ukrainiennes.

Et les Nations unies ont nommé mercredi un juge norvégien ayant siégé dans plusieurs tribunaux internationaux pour diriger leur enquête sur "les violations des droits de l'Homme et du droit international humanitaire" commises en Ukraine.

Le Royaume-Uni organise jeudi une conférence de donateurs pour mobiliser davantage d'armes létales pour l'Ukraine face à l’invasion russe, a indiqué mardi le ministère britannique de la Défense.

En première ligne dans l'effort international pour fournir des armes à l'Ukraine, le Royaume-Uni a annoncé récemment qu'il s'apprêtait à envoyer 6.000 missiles antichar supplémentaires, portant à 10.000 le nombre total de ces armes britanniques destinées à l'Ukraine.

En cinq semaines de guerre, plus de quatre millions d'Ukrainiens ont été contraints de fuir leur pays, a annoncé le Haut Commissariat de l'ONU aux réfugiés (HCR) à Genève. L'Europe n'avait pas connu de tels flots de réfugiés depuis la deuxième guerre mondiale.

Au total, plus de dix millions de personnes, soit plus d'un quart de la population, ont dû quitter leur foyer.

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