Guerre en Ukraine

Guerre en Ukraine : où se rendent les Russes qui quittent leur pays ?

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01 août 2022 à 16:37 - mise à jour 02 août 2022 à 09:21Temps de lecture4 min
Par Blandine Rans

La guerre en Ukraine refroidit l’accueil reçu par les ressortissants russes dans plusieurs pays européens, notamment dans les pays limitrophes de la Russie et de la Biélorussie.

L’Estonie a annoncé le 28 juillet qu’elle ne délivrera plus de visa ou de permis de séjour temporaire aux citoyens russes qui souhaitent étudier dans le pays. Les autorités estoniennes n’autoriseront également plus les citoyens russes et biélorusses qui n’ont aucun droit légal de séjourner dans le pays à y travailler. Il s’agit, par exemple, des personnes munies d’un visa délivré par un autre État membre de l’UE.

"Ce sont des citoyens d’un Etat qui mène une guerre génocidaire et dans ce cas, le point de vue de l’Estonie est que les sanctions devraient toucher l’ensemble de la société russe. Nous avons d’ailleurs l’intention d’encourager l’UE à appliquer ces restrictions. Peut-être qu’un citoyen ne participe pas aux décisions et aux actes de guerre et n’est pas d’accord avec le régime de Poutine, mais il est clair qu’il est citoyen du pays qui mène une guerre génocidaire en Ukraine." a justifié Urmas Reinsalu, le ministre estonien des Affaires étrangères.

L'Estonie empêche les Russes d'obtenir des permis de séjour et des visas d'études (01/08/2022)

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Un tourisme russe en Finlande "insupportable"

La Finlande est le seul pays de l’Union européenne frontalier de la Russie à encore délivrer des visas touristiques aux citoyens russes. Mais leur accueil fait aussi polémique en Finlande. Les cars qui les transportent affluent au poste frontière de Nuijamaa. L’allégement des restrictions liées au Covid dans les deux pays a augmenté leur nombre : 185.000 touristes russes se sont rendus en Finlande en juillet. Ils étaient 125.000 en juin. Une présence que dénonce un député finlandais du parti de la Coalition nationale. "Des citoyens ukrainiens sont tués, des civils, des femmes et des enfants sont tués en Ukraine, et pendant ce temps, des citoyens russes sont en vacances dans l’UE. Je trouve que c’est une situation insupportable." affirme Jukka Kopra.

L'attractivité des pays d’Asie centrale chez les Russes en exil

Depuis que l’Union européenne a fermé son espace aérien aux vols russes, la Finlande est devenue l’un des rares pays de transit pour les Russes qui souhaitent ensuite prendre l’avion pour d’autres destinations dans l’UE. Mais le continent européen n’est pas le plus prisé par les Russes qui quittent, voire fuient leur pays. Les plus riches partent s’exiler dans les Émirats du Golfe.

La Turquie accueille également des milliers de Russes. Des vols directs relient toujours les deux pays. Preuve de l'attractivité du pays pour les Russes : ils ont été les principaux acheteurs étrangers de biens immobiliers turcs en mai, selon des statistiques gouvernementales reprises par Euronews.

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Nous ne disposons pas de chiffre, mais selon Nicolas Gosset, beaucoup de Russes décident aussi de s’établir dans les Républiques d’Asie centrale, anciennement soviétiques : "De nombreux jeunes Russes qui ont des compétences en informatique par exemple, viennent dans ces pays pour remonter leur entreprise là-bas. Le Kazakhstan cherche même à les attirer", explique le chercheur Russie-Eurasie à l’Institut royal de défense.

Ces pays offrent plusieurs avantages aux Russes en exil : "Ils ne doivent pas présenter de visa. De plus, ça les met à l’abri, ils évitent les sanctions. Ils peuvent donc développer leur business et ils ne rentrent pas dans un antagonisme avec leur pays, ce qui protège leur famille qui serait restée en Russie par exemple" détaille Nicolas Gosset.

L’arrivée de Russes s’accélère aussi en Géorgie, notamment dans la station balnéaire de Batoumi, bordée par la mer Noire et proche de la Turquie. "On me rapporte aussi qu’on remarque de plus en plus de Russes dans les bars et restaurants branchés de la capitale géorgienne, Tbilissi" témoigne le chercheur.

Une fuite de cerveaux aux conséquences graves pour la Russie

Ingénieurs, informaticiens, universitaires, journalistes, artistes … Des centaines de milliers de Russes ont fui leur pays depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine. Selon un chiffre donné début juillet par le journal français L’Obs, plus de 100.000 professionnels du secteur high-tech ont déjà fui le pays. Cet exemple illustre une véritable fuite de cerveaux. "C’est une hémorragie qui massifie des tendances plus anciennes. Sur le long terme, cela va poser de gros problèmes à la Russie. L’enjeu démographique est fondamental pour ce pays" analyse Nicolas Gosset.

Les demandes d’asile des Russes en augmentation en Belgique

Certains Russes trouvent aussi refuge en Belgique. Le nombre de demandes de protection internationale par des ressortissants russes dans notre pays a déjà dépassé celui de l’an dernier. 329 pour les sept premiers mois de l’année contre 306 sur l'ensemble de 2021 selon les chiffres fournis par l’Office des étrangers.

Quant aux visas, la Belgique en délivre toujours aux citoyens russes. L’expulsion de diplomates belges en avril dernier par les autorités russes a toutefois réduit de 2/3 le personnel de l’ambassade.

L’ambassade à Moscou priorise donc depuis le 1er juillet, et temporairement, la réception et le traitement des dossiers.

Les demandes de visas de moins de 90 jours ne sont pas étudiées. Ce sont les demandes de visas professionnels, pour les étudiants, les chercheurs, le regroupement familial et les jeunes au pair qui sont privilégiés. Le SPF Affaires étrangères précise que cette mesure ne concerne pas uniquement la Russie mais tous les pays couverts par l’ambassade, soit sept au total.

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