Guerre en Ukraine

Guerre en Ukraine : pour Françoise Tulkens, il faut "remettre les droits humains au centre" et "si on renonce, on renonce à tout"

L'invitée de Matin Première : Françoise Tulkens

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08 mars 2022 à 07:53Temps de lecture2 min
Par A. Dulczewski sur base d'une interview de T. Gadisseux

Alors que la guerre en Ukraine se poursuit, c’est la question des droits humains qui se pose bien évidemment. Françoise Tulkens, ex-juge et ex-vice présidente de la Cour européenne des droits de l’homme, nous en parle ce matin sur La Première.

Selon Françoise Tulkens, "les droits humains doivent prendre leur part". En ce moment, "toute une série d’institutions internationales se mobilisent. Ça va porter des fruits évidemment", assure-t-elle. "Ça ne va peut-être pas stopper la guerre demain ou après-demain. Mais dans ce conflit qui est une horreur absolue, une régression de civilisation, les droits humains ont leur part."

Par exemple, la Cour pénale internationale va enquêter sur de possibles crimes de guerre de la Russie. "La CPI va effectivement voir comment il y a moyen de poursuivre pour crimes de guerre, contre l’humanité. Il faudra peut-être créer un tribunal spécial", explique Françoise Tulkens. "Le droit à la vie, la propriété par exemple sont tous des droits de la convention européenne des droits de l’homme. Et il y a aujourd’hui une requête de l’Ukraine contre la Russie", ajoute-t-elle.

On voit depuis des années le désenchantement des droits humains

La Russie fait justement partie du conseil de l’Europe et a signé cette convention européenne des droits de l’homme. "Personne n’a obligé la Russie à signer ces droits humains", note l’ex-vice présidente de la Cour européenne des droits de l’homme. Aujourd’hui, constate-t-elle, "il y a une violation et c’est un véritable problème."

Françoise Tulkens avoue cependant qu’on "vit depuis des années le désenchantement des droits humains". Toutefois, selon elle, "ce qu’on vit maintenant est l’occasion de remettre ces droits au centre du système. C’est une utopie réaliste. […] Si on renonce, on renonce à tout."

Dans le cas de la Russie, qu’est-ce qui est possible ? "Le crime d’agression se trouve dans le statut de Rome de la Cour pénale internationale. La Russie ne l’a pas signé, mais le procureur peut quand même choisir d’introduire quelque chose. Cela dit, l’Ukraine ne l’a pas signé non plus."

Il faut plus de discours, pas moins de discours

En tant qu’ex-vice présidente de la Cour européenne des droits de l’homme, la magistrate belge évoque aussi la censure de certains médias russes depuis la guerre en Ukraine. Selon elle, "il faut plus de discours et pas moins de discours. La liberté d’expression est le cœur de la démocratie. On reconnaît qu’on est une société divisée et tous les points de vue doivent pouvoir être discutés."

Ce mardi est la journée internationale des droits des femmes. Selon Françoise Tulkens, "ces droits existent dans les textes. L’égalité homme-femme est dans les textes depuis 2002. Mais il faut travailler sur l’effectivité, la mise en œuvre de ces textes. C’est ça qu’il faut pousser".

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