Jupiler Pro League

Guillaume Gillet : "Vincent Kompany négociait très bien nos primes chez les Diables…."

Ses cheveux longs, ses jambes arquées, ses poumons chargés de kilomètres et son sourire enjôleur : après 5 années passées à l’étranger, il est de retour pour une dernière ligne droite en Pro-League. De Marc Wilmots à Pierre Bachelet en passant par le Standard, le rôle de box-to-box, Mogi Bayat, le Covid-19, les nouveaux Play-Offs à quatre, Arjen Robben, Mozart, le foot à huis clos… et même Julien Clerc, le néo-Carolo n’élude aucun sujet. Guillaume Gillet passe " Sur le Gril ".

631 matches pro, 94 buts… et aujourd’hui 36 ans et 5 mois au compteur : Guillaume Gillet a rejoint le Pays Noir pour apporter son expérience et son volume. Même si aujourd’hui, forcément, les guibolles sont plus lourdes.

J’avais déjà eu des touches avec Charleroi en 2006 quand je jouais à Eupen : j’avais discuté avec les frères Bayat quand c’était l’oncle Abbas qui dirigeait encore le Sporting, mais j’avais finalement opté pour La Gantoise " se remémore l’ex-Lensois. " Quand je signe quelque part, je signe toujours avec le cœur. Et c’est vrai que Charleroi est un club qui colle à mon identité : travail, chaleur, solidarité… même si j’ai aussi un côté bling-bling car j’adore les belles bagnoles et je collectionne les chaussures. Le PSG m’aurait approché, je n’aurais pas dit non… (rire).

" Le Standard ? Jamais… "

Approché également par Lille et Mouscron, Gillet a quitté le Nord lensois avec un sentiment amer : il s’attendait à rempiler près des Corons célébrés par Pierre Bachelet.

Ça fait partie des mauvais coups qu’on peut vous faire dans une carrière, mais c’est comme dans tous les métiers, il faut rapidement rebondir et je l’ai toujours fait. Je me plaisais bien à Lens et je me reconnaissais dans cette chanson de Pierre Bachelet que le kop entonne chaque fois quand il nous voit surgir de l’escalier venant des vestiaires. Ça prend aux tripes, et ma femme Marie est d’ailleurs fan de Bachelet. J’ai l’âme de ces clubs fusionnels… mais c’est vrai : si le Standard m’avait approché cet été, j’aurais gentiment décliné… par respect pour mes convictions et mes années passées au FC Liège et à Anderlecht. Je doute aussi que le public m’y aurait accueilli à bras ouverts : chaque année, je me fais siffler à Sclessin… Mais ça fait partie du jeu : ça me stimule plus que ça ne m’inhibe… même si globalement, je rentre dans ma bulle pendant un match. J’ai de bons souvenirs au Standard, où j’ai joué quand j’étais Minime : dans l’équipe il y avait aussi le gardien Olivier Werner et le médian Laurent Gomez, qui a un peu joué à Mons. "  

" J’ai encore soif de foot… "

À Charleroi, Gillet arrive dans un noyau quasi inchangé, mais renforcé en qualité et en possibilités de rotation. Avec un statut d’ancien censé montrer la voie.

" J’ai mon âge, j’ai signé pour une saison… mais j’ai encore soif et je ne me mets aucune limite dans le temps. Il y a Nico Penneteau qui a 39 ans ici… et quand je vois mon copain Oli (NDLA : Deschacht) qui assure encore à Waregem à 38 ans, pourquoi ne pas continuer jusqu’à 40 ? Je fais encore des blagues de gamin au vestiaire et certains sont étonnés de savoir mon âge… Sous la douche, je chante d’ailleurs du Julien Clerc, et on se fiche toujours de moi. (rire) J’écoute tout, de Francis Cabrel au hip-hop en passant par Mozart ! D’ailleurs, Mozart, c’était aussi un joueur brésilien, pas si mal non ? (rire) Sinon, après 5 ans à l’étranger, je trouve que le foot belge a plutôt bien évolué : la Pro-League a gagné en vitesse et en jeunesse, et le niveau se rapproche de la Ligue 1… Même si avec Lyon et le PSG qui brillent en Ligue des Champions, les Français planent évidemment… "

Pas de déclin physique

Avec la crise sanitaire et la longue saga du format, la D1A a adapté son visage : 18 équipes et des Play-Offs à quatre équipes. Troisième après 29 journées l'an passé, le Sporting zébré doit forcément confirmer. Avec son 6 sur 6 actuel, c’est déjà bien parti.

À Charleroi, on ne se prend pas pour ce qu’on n’est pas " reprend Gillet. " On sait que chaque semaine nous attend un match difficile, et c’est par le collectif  qu’on y arrivera. On ne se met aucune pression, on n’a aucune obligation... et c’est notre force. Mais oui, ce Top 4 est dans nos cordes. J’ai un rôle plus défensif, je joue sur mon placement et j’ai progressé tactiquement en France. Mais si mes moyens physiques me le permettent encore, je saisirai toute occasion de m’infiltrer et d’aller marquer comme avant… Malgré les 4 mois de confinement et l’inévitable relâchement physique, je suis agréablement surpris par mon niveau de condition. Lens m’avait donné un programme d’entretien et j’ai vite rattrapé mes nouveaux équipiers carolos… qui avaient pourtant 3 semaines d’avance sur moi ! "

" Sans public, on est désavantagé… "

La tenue de matches à huis clos semble avoir changé la donne : il n'y a plus cette énergie du public pour peser sur les visiteurs… et les arbitres.

" Des clubs comme Bruges… et nous sont désavantagés " reprend le médian zébré. " À Charleroi, les fans poussent traditionnellement l’équipe à se surpasser. Sur le terrain, on doit trouver d’autres sources de motivation que l’énergie des tribunes. En Allemagne aussi, on a vu plus de victoires à l’extérieur… Avec les arbitres, cela favorise la communication et une ambiance plus sereine. On doit aussi maîtriser nos paroles… même si moi, je n’insulte jamais les arbitres (rires). La période actuelle est bizarre : je n’ai pas peur du Covid-19, je n’ai pas eu de proches touchés par le virus. Mais je reste prudent car je sais que ce sont les plus âgés qui courent le plus de risques. Et c’est l’occasion de réfléchir à nos modes de consommation : quand on est confinés, on prend conscience de ses besoins de base… Et on réalise qu’on peut très bien se passer de pas mal de choses qu’on s’offre habituellement… "

" Pas de pistolet sur la tempe… "

Deuxième joueur de Ligue 2 le mieux payé l’an passé à Lens, Guillaume Gillet aborde la dernière phase de sa carrière. Avec des principes intacts.

On dit souvent que les footeux vivent dans leur bulle à fric : je suis conscient qu’on est des privilégiés, mais personne ne voit les efforts qu’on fait… et on oublie que notre carrière est courte. C’est facile de juger... mais personne ne met un pistolet sur la tempe d’un président pour qu’il lâche un salaire mirobolant ! Bien sûr, les joueurs en profitent… mais c’est le système qui veut ça. Mogi Bayat a toujours été mon agent, il a toujours fait le maximum pour moi… et je ne connais pas les torts qu’on lui prête. C’est un gars jovial, nos familles sont liées… et Mogi est bien davantage pour moi qu’un simple agent. La notoriété ne m’a pas changé… mais je comprends que certains peuvent déraper. Moi aussi, sans l’éducation que j’ai reçue, basée sur le travail et le respect, j’aurais pu facilement faire n’importe quoi... On croit souvent qu’on est des robots, mais on a aussi nos émotions. J’ai connu des trous noirs… même quand tout semblait rose. L’autre jour, je lisais un article sur ces Internationaux allemands qui, après leur titre mondial, arrêtaient la Mannschaft à 28 ans car ils ne trouvaient plus de nouvel objectif. Je comprends ça très bien… "

Leader naturel

Déjà engagé lui-même dans un cursus d’entraîneur, Gillet jette un coup d’œil intéressé sur ce qui se passe au Lotto Park... où il a passé tant d’années.

" Vincent Kompany a toujours été un leader naturel, et son nouveau rôle de coach est une suite logique… mais c’est un processus qui demande du temps. Je connais la maison mauve: la patience n’y est pas la première vertu, mais peut-être aussi que la griffe Kompany va prendre directement. Et puis il est vraiment très malin : c’est fameusement trouvé comme tactique d’être aussi actionnaire… car quand on a toutes les casquettes, on ne peut pas être viré ! (rires). Je ne dirais pas que Vincent a un gros ego. Simplement, il est déterminé dans tout ce qu’il fait et quand il se lance dans un projet, il y va à fond avec ses idées. Si vous lui laissez le champ libre, il va s’y engouffrer. Mais chez les Diables, non, personne n’était jaloux de son statut. D’ailleurs il a toujours très bien négocié nos primes ! " (rires)

Mauvais perdant

Au Pays Noir, Gillet fréquente un coach de sa génération. Même avec son gros pedigree, il devra peut-être se fondre dans le moule.

Même à mon âge, on apprend toujours d’un coach. Sans vouloir lui frotter la manche (clin d’oeil), je trouve que Karim Belhocine a une bonne approche : d’ailleurs, je le vois appliquer en semaine des ateliers que j’apprends à mes cours. On a eu une discussion à mon arrivée, et il m’a donné ses priorités. Il m’a dit que je devrais sans doute apprendre à mordre sur ma chique et à rester positif… car je passerai aussi sans doute par le petit banc. Ce sera dur pour moi car je reste un très mauvais perdant. Même quand je joue au tennis, je balance tout quand je commence à perdre ! Le foot est un sport collectif composé d’égocentriques… mais je n’aurais pas eu la force mentale de mener une carrière dans un sport individuel. J’ai besoin du collectif ! "

Cicatrice pour la vie…

Au crépuscule d’une carrière riche (" Je peux dire que j’ai affronté en homme contre homme les meilleurs joueurs actuels, de Robben à Ronaldo en passant par Ribéry et Bale "), Gillet garde deux souvenirs amers : une mauvaise décision sportive et une Coupe de Monde envolée…

En 2012, j’aurais dû quitter Anderlecht : je venais de marquer 19 buts en une saison, j’avais fait le tour de la question mauve et j’avais des offres de Galatasaray et de West Bromwich. Mais je suis finalement resté… Après, le Sporting est aussi le seul club qui m’a permis de gagner des trophées... Et puis il y a cette Coupe du Monde au Brésil… J’en veux toujours à Marc Wilmots : j’avais fait toute la campagne qualificative, et plutôt bien… Et finalement, il a pris un autre. J’ai tourné la question dans tous les sens, je trouve cela toujours injuste. Petit, je collectionnais les Panini des Diables, j’ai porté ce maillot, j’ai rêvé de faire chavirer le pays au Mondial… et puis rien… Ça reste une cicatrice pour la vie. "

Cet été, Charleroi a signé deux Gillet pour le prix d’un : affilié à Mouscron, le fiston à Guillaume a suivi son daron au Pays Noir.

Je ne vais jamais pousser mon fils à devenir joueur pro, mais si c’est son souhait, je lui ferai bénéficier de mon expérience. J’en parle avec certains au vestiaire : eux ne veulent pas que leur fils intègre ce milieu… Ca commence dès les jeunes avec les parents qui se comportent comme des fous… Mon père n’a jamais été comme ça, et mon fils apprendra aussi que le travail et les défaites sont formateurs. Priorité aussi aux études : j’ai fait une Licence en Education Physique… et j’y ai même rencontré ma future femme ! La preuve que les études, c’est nécessaire… " (rires).

Qui oserait démentir ?

 

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