Près de chez nous

Guillaume Lekeu sur un air de cramignon liégeois

C'est arrivé près de chez nous

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

Guillaume Lekeu est tragiquement décédé au lendemain de ses 24 hivers, fauché alors qu’il était en pleine éclosion. À travers ses œuvres subsiste la puissance de ses émotions ; l’individualité de sa pensée et la promesse de son avenir…

Guillaume est né à Heusy (près de Verviers), mais alors qu’il va entamer sa dixième année, la famille quitte le sol belge pour s’installer à Poitiers. Après quelque temps, les Lekeu se remettent en route. Ils vivent pendant deux années à Paris avant de s’établir à Angers. En 1890, dans la capitale française, Guillaume suit quelques cours avec un autre liégeois : César Franck. Le parcours familial du jeune garçon est donc rapidement français, mais il ne l’empêche pas de garder des contacts réguliers avec sa région d’origine. On pensera à son ami d’enfance, le violoniste Matthieu Crickboom, et surtout à Louis Keffer, directeur de l’école de musique de Verviers qui sera l’un de ses soutiens les importants, offrant au compositeur des possibilités de représenter ses œuvres. Justement, le 19 mars 1890, alors que Guillaume est à Verviers pour cette raison, il écrit à sa mère :

"Au prochain concert de Massau, on exécutera un morceau de voss t’éfant. Ce petit morceau que vous entendrez à coup sûr, est une bonne blague inventée par Massau et moi. D’abord un violon et un violoncelle viennent se placer à leur pupitre, tous les autres sont vides. Ils attendent un peu les autres qui ne viennent pas et jouent, en attendant, un motif de cramignon. Un alto arrive pendant qu’ils jouent, s’assied et reprend à son tour le motif. C’est une petite fugue qui se déroule sans aucune interruption pendant toutes les entrées successives (à la queue leu leu) des instruments à archets. Un hautbois arrive ensuite. Il veut reprendre le thème, mais des accords bizarres lui imposent silence à deux reprises. Une clarinette qui entre-temps est entrée, chante une mélodie bien calme, caractérisant la joie qu’on éprouve à faire de la musique entre amis".

Cette œuvre, c’est la Fantaisie contrapuntique sur un cramignon liégeois pour orchestre. Une plaisanterie musicale, mais dans l’air du temps, celui de remettre dans une structure plus complexe (et souvent orchestrale), des thèmes populaires et régionaux. Ici en l’occurrence, il s’agit du l’avez veyou passez. De qui Lekeu se moque-t-il ? Pourquoi un cramignon ? Deux questions auxquelles on ne peut réellement répondre avec certitude. Il est néanmoins intéressant de voir que le jeune homme garde, notamment à travers le patois qui parsème certaines de ses lettres, un attachement sentimental profond à son Verviers natal.

Malheureusement, pour notre Guillaume, cette œuvre ne verra jamais le jour de son vivant. Elle ne sera créée à Bruxelles que le 29 mars 1924. S’il n’a pas eu la chance de tester son humour musical, il est certain que cette Fantaisie vient rafraîchir notre image de Lekeu, souvent associé à son superbe et poignant quatuor à clavier. Un quatuor qu’il tente de terminer dans les moments de répits que lui laisse la fièvre qui le terrassera et à propos duquel, il écrit : "je me tue à mettre dans ma musique toute mon âme."

Pour aller plus loin : Verdebout, Luc (ed.). Guillaume Lekeu : correspondance. Liège : Mardaga, 1993.

Sur le même sujet

"Freyhir" d’Emile Mathieu, un plaidoyer musical et écologique pour la défense de la forêt ardennaise au XIXe siècle

Près de chez nous

1763, Mozart séjourne et compose à Bruxelles

Près de chez nous

Articles recommandés pour vous