La Touche belge

Guy van Waas : portrait d'un éternel étudiant

Guy Van Waas aux octaves de la Musique à Louvain-La-Neuve en 2013.
10 nov. 2020 à 16:50Temps de lecture1 min
Par Arnaud Clément

L’artiste du jour est aussi célèbre pour ses éclats de rire communicatifs et son parler inimitable que pour un parcours musical qui force le respect.

Pour autant, l’impressionnante carrière de Guy van Waas n’entame pas le moins du monde sa simplicité sincère. À 72 ans, l’homme s’illustre à la fois comme chef d’orchestre sur un disque ambitieux (les Concertos pour clarinette de Carl Maria von Weber, Orchestre du XVIIIe siècle, Glossa, 2020) et comme jeune élève sur les bancs d’une académie de musique. Une certaine idée de l’équilibre.

Je suis peut-être l’un des derniers vrais Belges

Par cette affirmation, Guy van Waas rappelle qu’il a toute sa place dans notre chronique. Né à Molenbeek en 1948, le petit Guy n’entend parler que le flamand jusqu’à l’âge de 6 ans où il entame les prémices d’un parcours scolaire qui sera entièrement francophone. L’avenir l’ancre encore davantage dans le Plat Pays, malgré des échappées prestigieuses vers l’étranger (au Mozartetum de Salzburg notamment) : élève au Conservatoire de Gand, clarinettiste dans l’Orchestre de la RTBF et clarinette solo dans l’Orchestre de La Monnaie, organiste du Grand Orgue des Carmes à Bruxelles, professeur au Conservatoire de Mons, chef de l’ensemble baroque de la Communauté Française de Belgique, les Agremens…

Cette liste, qui pourrait s’allonger, permet de considérer Guy van Waas comme un véritable monument de notre patrimoine artistique. Mais ne nous y trompons pas : un monument bien vivant, bien mouvant, qui cherche sans cesse à contenter une inextinguible soif d’apprendre. C’est cette soif qui l’avait fait pousser les portes du Conservatoire de Mons il y a trente ans, alors qu’il était déjà un musicien connu et reconnu, pour s’y asseoir discrètement en classe de clavecin. Aujourd’hui, profitant de l’accalmie forcée de ses activités de chef d’orchestre, Guy van Waas nous refait le coup : il vient de s’inscrire comme jeune élève à l’Académie de musique d’Auderghem, en section jazz. Tout un continent à découvrir pour ce spécialiste des musiques baroque et classique jouées sur instruments d’époque. Entré sur la pointe des pieds dans la classe de Monsieur Maron, le professeur de jazz, Guy van Waas lui aurait demandé d’oublier complètement le parcours de son nouvel élève.

Consigne difficile à suivre quand on sait tout ce que le maître a produit depuis plusieurs décennies et qu’il continue d’offrir. En 2019, il a dirigé l’Orchestre du XVIIIe siècle pour un magnifique disque des Concertos pour clarinette de Weber, sorti cette année chez Glossa. Ces pièces, op. 73 et 74, Weber les a écrites en 1811 pour le clarinettiste star de son temps, Heinrich Baermann. Dans un souci d’authenticité également cher à l’Orchestre du XVIIIe et à Guy van Waas, le grand soliste américain Eric Hoeprich a tenu à jouer sur une exacte copie de la clarinette historique de Baermann.

Authenticité, précision, soif d’apprendre, belgitude… Guy van Waas, c’est tout cela. Et bien sûr, un grand éclat de rire.

Retrouvez Guy van Waas dans le podcast ci-dessous :

Sur le même sujet

A la découverte de la famille Fiocco qui a fait les beaux jours de la vie musicale bruxelloise des XVIIe et XVIIIe siècles

La Touche belge

Jérôme Lejeune et le label Ricercar : 40 ans de musique ancienne et baroque

La Touche belge

Articles recommandés pour vous