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Hausse du prix des carburants : pourquoi le bioéthanol est-il introuvable en Belgique ?

Bioéthanol: pourquoi pas ce carburant en Belgique?

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28 mars 2022 à 13:05Temps de lecture3 min
Par Céline Liegeois

Avec la flambée des prix des carburants, en France, de plus en plus d’automobilistes convertissent leur moteur au superéthanol. Ce carburant, ou "biocarburant", est disponible à la pompe chez nos voisins à un prix défiant toute concurrence.

Ethanol supply at gas station.
Ethanol supply at gas station. © Tous droits réservés

Mais inutile de chercher ce superéthanol en Belgique, il n’est pas autorisé. Pourquoi est-il introuvable en Belgique ? Et si l’E85 est bon pour le porte-monnaie, est-il aussi vert que son nom le laisse penser ?

Rouler à l'E85, comment ça marche ?

Ce carburant, ou "biocarburant", est donc en vente à la pompe chez nos voisins à un prix défiant toute concurrence, moins d’un euro le litre, l’E85 bénéficiant d’une fiscalité beaucoup plus basse que les autres carburants à la pompe. Pour rouler à l’E85, deux solutions : acheter un véhicule directement compatible, ou faire installer un boîtier de conversion chez un garagiste agréé. Une étape nécessaire pour adapter les différents moteurs avant d'utiliser ce bioéthanol. Certaines régions favorisent cette conversion avec des aides financières. Pour nombre de nos voisins, ce carburant semble être la solution miracle. 

Le profil agricole belge est très différent de celui de la France

Corn cob in car gas tank filler.
Corn cob in car gas tank filler. Getty Images

Les producteurs belges produisent 600 millions de litres d’éthanol par an. 200 millions sont utilisés dans l’E10, ou l’euro 95, qui contient 10% d’éthanol. Le reste est exporté. Une décision politique, pour une raison essentielle, selon Francesco Contino, professeur à l’Ecole polytechnique de l’UCLouvain : le profil agricole belge, très différent de celui de la France. Pour nourrir nos voitures, il faut des terres agricoles. En Belgique, les céréales utilisées pour la production sont européennes. 

En Belgique, si on regarde la production du bioéthanol, beaucoup de ce bioéthanol est produit à partir de céréales qui viennent d’ailleurs.

"En France, on peut produire beaucoup plus au niveau agricole qu’en Belgique. L’E85 permet d’avoir un produit qui exploite ces produits agricoles localement, et qui est une manière pour les politiques de financer une partie de cette agriculture parfois en souffrance." Contrairement à la Belgique: "En Belgique, si on regarde la production du bioéthanol, beaucoup de ce bioéthanol est produit à partir de céréales qui viennent d’ailleurs, pas de Belgique. Ce serait presque financer une agriculture ailleurs. Ça n’aurait pas beaucoup de sens de le favoriser politiquement."

L'E85 ne fait pas l'unanimité

Pour certains, le superéthanol est le carburant le plus écologique. Pour d’autres, il pourrait entraîner une hausse des prix des matières premières alimentaires et serait lourd de conséquences sociales et environnementales. Certains mouvements écologistes préfèrent d’ailleurs parler d’agrocarburants, insistant ainsi sur l'origine agricole de ce carburant.

Sans défiscalisation, le bioéthanol ne sera pas mis sur le marché belge

"Il existe une norme européenne, mais cette norme n’existe pas encore en Belgique", nous explique Hendrik Lemahieu, secrétaire général de l’Association Belge du Bioéthanol. "Même si nous avions lsignature de la ministre de l’énergie, il faudrait ensuite parler de la fiscalité." Par contre, "En France, on élimine les accises sur le mélange E85. C’est pour ça que le prix à la pompe est de 0,70, 0,80, voire un euro le litre. S’il n’y a pas de défiscalisation, le produit ne sera jamais mis sur le marché. On a besoin d’une défiscalisation. On a toujours eu un problème financier. On a vu dans le passé que ce n’était pas un dossier prioritaire. Ça pouvait avoir des effets sur le budget fédéral." Entendez des accises en moins. "Mais aujourd’hui, la situation est différente".

Le vent serait-il en train de tourner ?

Camion citerne de carburant bio.
Camion citerne de carburant bio. Getty Images

Dans le contexte de crise que nous connaissons aujourd'hui, la question du bioéthanol pourrait-elle revenir sur la table ?

"On voit avec les crises dans le monde que le bioéthanol, produit localement, avec des céréales locales, peut aider à être plus indépendants vis-à-vis des énergies venues de l’est. On peut peut-être revoir cette politique et promouvoir l’utilisation d’un carburant produit localement."

Le cabinet de la ministre fédérale de l’Energie, Tinne Van der Straten, nous confirme que la question n’est pas sur la table pour l’instant. Proposer du bioéthanol à la pompe côté belge nécessiterait trop d’investissements, alors que l’objectif européen de neutralité carbone d’ici 2050 va plutôt dans la direction d’une mobilité électrique.

Un biocarburant produit localement peut nous aider à redevenir plus indépendants.

Hendrik Lemahieu croit plutôt à une augmentation de la quantité d'éthanol dans l'E10, mais ne ferme aucune porte. "J’ai l’impression que ça peut changer. Comme pour le nucléaire. Les politiciens sont intéressés par une production d’énergie locale. Un biocarburant produit localement peut nous aider à redevenir plus indépendants".


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