RTBFPasser au contenu

Santé & Bien-être

Hépatites inexpliquées chez l’enfant : plus de 200 cas, symptômes, causes... ce que l’on sait à ce stade

Childhood hepatitis
28 avr. 2022 à 05:00 - mise à jour 30 avr. 2022 à 13:334 min
Par Johanne Montay

Qu’est-ce qu’une hépatite ?

Le terme hépatite désigne de façon générale une inflammation du foie. Elle est souvent provoquée par un virus, mais peut être aussi déclenchée par une exposition à certains produits chimiques, à l’alcool, à la drogue et en raison de certaines maladies génétiques.

À ce jour, les différents virus de l'hépatite sont désignés par des lettres allant de A à E.  Chaque virus a des caractéristiques spécifiques, mais ils ont tous un point commun : leur cible, le foie. Les virus A, B et C sont les virus d’hépatite les plus courants dans nos régions.

D’après le site indépendant infosante.be (mis sur pied par l’INAMI), on diagnostique chaque année 1,5 million de nouveaux cas d’hépatite A dans le monde. En Belgique, ce nombre est estimé à 1460 cas par an, principalement chez les enfants de moins de 12 ans. Depuis que l’hépatite B est reprise dans le programme de vaccination de base des enfants, la maladie est devenue rare chez nous, en particulier parmi les jeunes.

Pourquoi parle-t-on de ces hépatites infantiles ?

Le 5 avril dernier, l’Organisation mondiale de la Santé a reçu la notification de 10 cas d’hépatite aiguë sévère d’origine inconnue chez des enfants de moins de 10 ans, dans le centre de l’Ecosse. L’Agence de santé publique du Royaume Uni, la UK Health Security Agency (UKHSA) a déclenché une enquête. Ces enfants étaient auparavant en bonne santé, sans comorbidité. Sur ces 10 cas, neuf ont présenté des symptômes en mars 2022 ; un autre, déjà en janvier 2022. Trois jours plus tard, 74 cas avaient été recensés au Royaume-Uni. Au 20 avril, 111 cas de 10 ans ou moins avaient été identifiés dans le pays.

Quelle différence avec des hépatites classiques ?

Dans le cas de ces enfants, les virus les plus courants qui causent l’hépatite virale aiguë (de A à E) n’ont pas été détectés lors des tests en laboratoire. Par ailleurs, les voyages internationaux ou des liens vers d’autres pays n’ont pas été identifiés comme des facteurs d’explication. Il s’agit donc probablement d’un autre virus, à moins qu’une autre cause ne soit trouvée.

Combien de cas aujourd’hui ?

A l’heure actuelle, 190 cas ont été signalés dans une dizaine de pays. Un cas a été rapporté pour l’instant en Belgique. D’autres ont été rapportés au Royaume-Uni (114), en Espagne (13), au Danemark (6), en Irlande (moins de 5), aux Pays-Bas (4), en Italie (4), en France (2), en Norvège (2) et en Roumanie. D’autres cas ont été signalés en dehors de l’Europe : en Israël et aux Etats-Unis, plus précisément en Alabama. Des cas ont été également signalés au Canada et au Japon. 

Quelle gravité ?

Les enfants affectés, âgés d’un mois à 16 ans, ont eu des hépatites de degré de gravité variable. Dans 17 cas, le tableau clinique a été sévère et a nécessité une transplantation de foie. Un enfant est décédé.

Quels symptômes ?

Les symptômes sont essentiellement la jaunisse (peau et fond de l’œil jaunes), la diarrhée, des vomissements et des douleurs abdominales. Il peut y avoir aussi des urines foncées chez l’enfant. Dans la plupart des cas, les symptômes gastro-intestinaux sont apparus avant l'apparition de la jaunisse. 

Quelles pistes d’explication ?

La cause de cette inflammation du foie n’est pas connue à ce jour. Trois pistes sont pour l’instant envisagées, avec énormément de prudence.

1. Un adénovirus ?

Chez environ les trois quarts des enfants atteints d’hépatite confirmée, qui ont été testés, on a trouvé un adénovirus humain spécifique appelé F41. Ce virus entraîne généralement des gastro-entérites aiguës, surtout chez les enfants. C’est la piste la plus probable pour l’instant.

Les adénovirus sont une famille de virus à ADN (et non à ARN, comme le SARS-CoV-2). Ils ne provoquent généralement pas d’hépatite. Alors pourquoi seraient-ils responsables de ce nombre inhabituel d’inflammations du foie chez l’enfant ? Une possibilité parmi d’autres serait qu’il ait muté et soit devenu plus virulent. Une autre serait que cet adénovirus F41 fasse un retour après avoir presque disparu durant la pandémie de Covid, en raison de la diminution des contacts sociaux et des mesures de protection. Les jeunes enfants y seraient exposés pour la première fois sans être immunisés. Cette théorie cependant ne repose sur aucune base scientifique actuelle, d'après l'ECDC, le centre européen de contrôle des maladies, et est facilement instrumentalisée par les opposants aux mesures de restriction durant la pandémie.

Modèle d’un adénovirus, Londres, 1985
Modèle d’un adénovirus, Londres, 1985 Gettyimages

2. Le coronavirus SARS-CoV-2 ?

Parmi les enfants atteints d’une hépatite et testés lors de leur admission à l’hôpital, environ 16% étaient positifs au coronavirus. Mais cet élément perd de sa pertinence quand on sait qu’à l’époque, la circulation du SARS-CoV-2 était intense.
Une hypothèse pourrait être une aggravation de l’effet d’un adénovirus en raison d’une infection antérieure de l’enfant par le coronavirus. D'après l'ECDC, le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies, " l'hypothèse principale actuelle est qu'un cofacteur affectant les jeunes enfants ayant une infection à adénovirus, qui serait bénigne dans des circonstances normales, déclenche une infection plus grave ou des lésions hépatiques à médiation immunitaire."

3. Une cause externe ?

Etant donné le grand nombre de pays touchés et leur éloignement géographique, l’hypothèse d’aliments contaminés semble exclue. Aucun lien n’a été trouvé pour l’instant entre les enfants concernés. Mais l’enquête se poursuit, pour exclure toute cause externe, y compris toxicologique. Les cas répondant à la définition de cas doivent être signalés au Système européen de surveillance (TESSy). L'ECDC, le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies, a publié un document à propos de l'évaluation des risques relatifs à cette augmentation de cas d'hépatite aiguë sévère d'étiologie (c'est-à-dire d'origine) inconnue chez les enfants. 

Il n’y a aucun lien en tout cas avec la vaccination contre le Covid-19. En effet, au Royaume Uni, comme chez nous, les vaccins ne sont autorisés qu’à partir de 5 ans. Or, de nombreux enfants atteints d’une hépatite étaient plus jeunes.

Hépatite infantile en Belgique: JT 25/04/2022

Sur le même sujet

30 avr. 2022 à 07:52
1 min
29 avr. 2022 à 17:23
1 min

Articles recommandés pour vous