Premier League - Football

Heung-Min Son, "l’éduqué à la dure" qui a fait de la Premier League son nouveau jardin

Heung-Min Son, l’éternel sous-estimé
10 juin 2022 à 17:27Temps de lecture3 min
Par Antoine Hick

“Une honte”, “Un scandale”, “Un vol”. Sur Twitter, les noms d’oiseaux pleuvent sous le hashtag #Son depuis quelques heures. La cause de cette furia soudaine des supporters anglais ? L’absence de Heung-Min Son dans l’équipe-type de la saison en Premier League.

Meilleur buteur du championnat écoulé avec 23 buts, le Coréen brille en effet par son absence, supplanté par Sadio Mané, Mo Salah et Cristiano Ronaldo. Une absence qui fait tache, d’autant plus que le Coréen avait déjà été oublié dans la liste des meilleurs joueurs de la saison. Son ou l’histoire d’un éternel sous-estimé, voué à rester dans l’ombre des projecteurs médiatiques.

Un entraînement à la dure

Retour en 2008. Heung-Min Son n’a que 16 ans. Pourtant, il tente déjà le grand saut vers l’inconnu. Vers Hambourg et une Bundesliga qui l’a dans ses petits papiers. L’objectif est clair, parfaire sa formation et espérer être jeté dans le grain bain du foot pro.

À Hambourg, rares sont alors les sourcils qui se lèvent. Son est un jeune inconnu qui débarque au club, comme tant d’autres avant et tant d’autres après lui. Pourtant chez lui, le Coréen a déjà sa petite réputation. Certains au FC Séoul affirment même que c’est le meilleur joueur à avoir transité par leur club.

Effacé et plutôt timide, Son fait donc ses premiers pas. Loin de chez lui mais guidé par son père. Son pilier, son principal soutien mais aussi son pire tortionnaire. Quand il était petit, Heung-Min passait en effet des heures à peaufiner son jeu sur un terrain de foot désaffecté à quelques jets de pierre du jardin familial.

L’entraînement est brutal, l’entraîneur paternel presque sadique. Accompagné de son frère, Heung-Min doit en effet faire le tour du terrain en jonglant du pied droit, puis du pied gauche et enfin des deux pieds. Une erreur, une seconde d’inattention et il doit tout recommencer. Parfois, le père devient violent, n’hésitant pas à lever la main en cas d’erreurs répétées.

Une formation à la dure, que le jeune et timide Heung-Min n’osait alors guère contester, mais qui s’avérera salvatrice pour un joueur qui fera, bien plus tard, de son ambidextrie sa principale qualité.

Débarqué dans un certain anonymat à Hambourg, Son peaufine donc son jeu. Il est encore loin d’être aussi létal et décisif qu’aujourd’hui mais, déjà, il attire la curiosité de Leverkusen, qui débourse 10 millions (le record du club à l’époque) pour l’attirer.

Heung-Min Son, joueur de Tottenham.
Heung-Min Son, joueur de Tottenham. AFP or licensors

Bayer contre Bayern

À 21 ans à peine, il franchit donc un gros cap dans sa jeune carrière, suscitant l’ire de ses fans coréens qui voyagent désormais, par dizaines, pour le voir jouer. Les journalistes coréens, eux aussi sont présents en masse, décortiquant la moindre parole du jeune Son après chaque match. Humble et conscient du chemin parcouru, l’attaquant prend lui le temps de répondre aux questions, rencontre après rencontre.

Après trois saisons (et 21 buts) avec le Bayer, survient alors l’épineuse question à laquelle tous les footballeurs sont confrontés un jour : et maintenant ? Que faire ? Courtisé par de grosses cylindrées, Bayern, Real ou Barcelone en tête, Son est à la croisée des chemins.

Mais papa veille, dans l’ombre, bien décidé à ce que son fils ne brûle pas les étapes. Grand fan de Premier League, il pousse donc son rejeton à signer à Tottenham. Son, lui, n’en a cure et prend la nouvelle avec le sourire : “En Corée, ce sont souvent les parents qui prennent les décisions pour nous” explique-t-il d’ailleurs avec le recul, timide sourire aux lèvres.

Le Spur fait vivre

À Tottenham, rebelote, le refrain reste le même. Son n’est pas le plus extraverti, pas le plus flashy ni le plus caractériel des joueurs mais sur le terrain, il sait faire la différence. D’abord remplaçant de luxe, il gagne ses galons de titulaire. Grâce à son abnégation et son jusqu’au-boutisme, deux qualités sans doute travaillées pendant des heures en Corée, autour de ce terrain délabré. "Sonny est comme une pile : il travaille encore et encore, et quand la batterie est vide, alors c’est terminé. Et il demande à sortir" confie son coach de l’époque, Mauricio Pochettino.

Tout donner pour le football et pour les autres, sans doute l’un des secrets du Coréen. Au sommet de son art, le petit Son a bien grandi. Les longues foulées à arpenter le terrain graveleux de sa ville semblent désormais bien loin. Aujourd’hui, c’est la Premier League qui est devenu son jardin.

Et s’il restera sans doute pour toujours dans l’ombre de certaines "stars" médiatiques, il s’en moque probablement éperdument. Parce que le coeur des vrais supporters, il l’a conquis depuis bien longtemps.

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