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High Vis : "Blending", un deuxième album de plus en plus post-punk mais à l’esprit hardcore toujours présent

High Vis, pour la sortie de leur deuxième album, "Blending"

© – gibby miller

14 sept. 2022 à 10:25Temps de lecture4 min
Par Maxime Vandenplas

15h, mercredi 7 octobre, la réunion zoom démarre. Je suis censé avoir rendez-vous avec Rob et Ski, l’un des guitaristes et le batteur de High Vis. À ma grande surprise, c’est Graham, le chanteur qui apparaît en premier. Ce dernier m’explique avec un grand sourire : "Je me suis enfermé dans ma classe, je donne cours aujourd’hui, j’espère qu’aucun n’élève ne va débarquer". Je lui demande si ces derniers sont au courant de sa carrière musicale. Il ajoute : "Non, j’essaye de garder cela pour moi. Je souhaite mettre une distance entre vie privée et professionnelle. Ceci dit, c’est déjà arrivés que certains élèves l’apprennent et viennent m’en parler". Très vite, Rob et Ski arrivent, de bonne humeur également et installés confortablement chez eux. Notre conversation débute.

 

Un album moins sombre que le premier

"Je suis vraiment excité à l’idée de savoir que l’album sort dans quelques jours, j’ai eu l’impression d’attendre très longtemps ce moment." commence Ski. Et on le comprend, trois ans se sont écoulés entre la conception de "No Sense No Feeling" et de "Blending". Graham nous en explique la raison : "C’est à cause du covid si nous avons attendu tout ce temps. Ce n’est pas parce qu’on a voulu créer quelque chose de spécial. Nous avons tout de même sorti un EP intitulé :"Society Exists" comprenant deux morceaux entre les deux albums. Nous n’avons pas été totalement absents."

High Vis est né des cendres de plusieurs groupes issus de la scène hardcore londonienne. Proposant cette fois une musique plus orientée post-punk, ils n’en gardent pas moins l’esprit revendicateur de leurs origines, dénonçant les maux de notre société avec une grande intensité et noirceur sur le premier album. Pour "Blending", la formation délaisse un temps soit peu l’obscurité pour offrir à leur public, un album un soupçon plus clair tout en continuant à arborer fièrement les couleurs de la classe ouvrière anglaise dont ils sont issus. Leur nom vient d’ailleurs des gilets fluo que les ouvriers portent sur les chantiers. Rob ajoute :"Le covid nous a offert un vrai processus de maturation. Ceci, pour tous les membres, d’un point de vue personnel, mais aussi dans notre créativité. Il y a beaucoup plus d’espoir dans les paroles de "Blending" que dans celles de "No Sense No Feeling"."

Graham ajoute : " Je suis beaucoup plus optimiste que dans le passé. Ski s’est récemment formé comme thérapeute et il m’a suggéré de suivre une thérapie. J’ai suivi son conseil. Je ne dirais pas que je suis heureux à 100% mais j’arrive beaucoup mieux à communiquer sur ce que je ressens. Ça me permet de mieux respirer et d’être plus serein. "Blending" est également un terme utilisé pour dire à quelqu’un qui l’a l’air bien. Il rappelle également qu’il y a différentes sous-cultures dans notre société, et on aime reprendre les éléments forts qu’on peut retrouver dans ces dernières dans la musique que nous faisons avec le groupe."

 

Sortir du lot

On le sait, la scène rock anglaise est en pleine ébullition depuis plusieurs années et il n’est pas facile de se faire sa place parmi des groupes comme Black Midi ou Squid. Il n’y a pas vraiment de formule magique pour être unique et se différencier explique Graham : "je pense qu’il faut simplement faire un effort, et se débarrasser du superflu et des conneries. Il faut proposer quelque chose de vrai, être ouvert d’esprit et ne pas suivre la norme, comme l’on fait les punks dans les années septante." Rob ajoute : "Nous sommes aussi conscients, que nous ne voulions pas proposer quelque chose comme tous les groupes de 2022. Nous nous réunissons pour jouer et quand quelque chose de bon en ressort, on décide de le garder."

Il est toujours possible de sentir les racines hardcore de High Vis même si les 5 potes ont choisi de s’adoucir. Cependant, l’intensité de leurs concerts, les messages (bien qu’un peu plus heureux sur "Blending" comme mentionné plus haut) restent féroces. "Ce n’était pas une décision consciente. Nous avons tous joué dans des groupes de hardcore mais on écoute tous beaucoup de genres musicaux différents. Je pense qu’on s’est dirigé naturellement vers un son plus post-punk grâce aux influences que nous avons en chacun de nous." La presse spécialisée n’a pas manqué de remarquer que certains morceaux du deuxième album rappellent à certains égards les premiers titres d’Oasis. Un compliment qui fait plaisir à nos trois lads : " Nous avons tous grandi avec Oasis. Ça fait des années que je ne les ai pas écoutés, ce n’est pas fait de manière consciente mais leur musique a bercé nos enfances". Rob ajoute même : "D’ailleurs, (What’s the Story) Morning Glory, est un album que j’ai reçu pour mon treizième anniversaire."

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Un message simple mais efficace

Allant à l’essentiel comme le veut toujours l’esprit hardcore qu’ils ont conservé, le message simple mais efficace véhiculé dans "Blending" est :" You’re not what you’re told you are." Graham explique : " tu ne peux pas simplement juger quelqu’un par ses origines, la façon dont il s’habille ou il parle. Tu ne peux pas simplifier les personnes à l’image qu’elles renvoient. Je viens du Nord-Ouest, beaucoup de gens restent et meurent là-bas. Ils se résignent et pensent qu’ils ne sont pas capables d’en partir ou de faire autre chose que ce que la vie quotidienne leur offre. Nous souhaitons juste donner de l’espoir et de la confiance aux gens." Rob termine par : "Nous sommes bien plus que les stéréotypes ou les étiquettes qu’on nous colle. Tout le monde devrait en prendre conscience.

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