Hong Kong: des élections locales "réservées aux patriotes", l'opposition muselée

Allan Wong, candidat au Conseil législatif de Hong Kong, distribue des tracts aux passants le 8 décembre 2021

© Peter PARKS

14 déc. 2021 à 06:43Temps de lecture3 min
Par AFP

Au milieu d'oriflammes et de bannières colorées, Allan Wong, candidat à un siège au Conseil législatif le 19 décembre, essaie d'intéresser les habitants de Hong Kong à ce scrutin local "réservé aux patriotes".

Allan Wong, 41 ans, est l'un des 153 candidats autorisés à se présenter en vertu d'un système imposé en début d'année à Hong Kong par Pékin. Les nouvelles règles imposent aux postulants de fournir des gages de loyauté politique et de "patriotisme".

Dans un quartier résidentiel de sa circonscription, le candidat tente d'engager la conversation avec les habitants tout en distribuant des tracts. Certains s'arrêtent pour échanger, mais la plupart poursuivent leur chemin.

"Je dois aller sur le terrain, me présenter, entrer en contact avec les Hongkongais. Je fais de mon mieux pour expliquer ce que j'entends faire", explique-t-il à l'AFP.

La tâche n'est pas facile. Dans le quartier paisible de Tai Wai, sur la partie continentale du territoire, les électeurs n'affichent pas un grand enthousiasme.

Un couple d'âge mûr dit ne pas avoir l'intention de voter cette année mais ne souhaite pas en donner les raisons, invoquant un "sujet sensible".

Un jeune qui se fait appeler Pang explique avoir voté, lors des dernières élections locales, pour un candidat pro-démocratie depuis exilé à l'étranger.

Pang qualifie ces élections de "sans intérêt", tous les candidats étant tenus d'obéir à Pékin.

Opposition muselée

Hong Kong, rendu à la Chine en 1997 par le Royaume-Uni, n'a jamais été une démocratie. L'instauration d'un véritable suffrage universel a fait partie des principales revendications notamment lors du "mouvement des Parapluies" en 2014, puis des immenses manifestations de 2019.

Cependant, jusqu'à récemment, une minorité d'opposants à Pékin était tolérée, et leur présence a parfois donné lieu à des débats houleux au sein du LegCo (le Conseil législatif) et à des campagnes électorales très vivantes.

La loi sur la sécurité nationale imposée en 2020 par Pékin a muselé toute opposition sur le territoire, et la réforme électorale a permis d'éliminer toute opposition au sein du LegCo.

 

Seuls 20 membres du conseil sur les 90 seront désormais élus par la population, soit deux fois moins que lors du précédent scrutin. Les autres seront désignés par des comités acquis aux dirigeants pro-chinois de la ville.

Un de ces comités, composé de 1500 personnes, soit 0,02% de la population, choisira les titulaires de 40 sièges.

Tous les candidats devant prouver leur patriotisme, les militants pro-démocratie ont été empêchés de se présenter ou y ont renoncé, lorsqu'ils ne sont pas en prison ou en fuite à l'étranger.

Résultat: les candidats, qui affichent tous un profil semblable, se bousculent pour un nombre réduit de sièges.

Pluralité d'opinions ?

Allan Wong dit n'être ni pro-démocratie ni pro-Pékin. Il se considère comme de la "troisième voie", même s'il reconnaît que cela n'est pas très attirant pour des électeurs qui auraient tendance à voter pro-démocratie s'ils le pouvaient.

"Même si (les candidats qui ne sont pas pro-establishement) remportaient tous un siège au Conseil législatif, nous ne serions qu'une minorité, de l'ordre de 10 sièges ou même moins", a-t-il déclaré.

Pour Pékin, cette réforme électorale était nécessaire pour remettre Hong Kong dans le droit chemin.

Xia Baolong, haut fonctionnaire chinois chargé de la politique à Hong Kong, a accusé début décembre les militants de "rechercher aveuglément une démocratie sur le modèle occidental", et fait valoir qu'une pluralité d'origines et d'opinions était toujours autorisée.

Les autorités avancent également que le nouveau système empêchera toute obstruction à l'adoption des lois.

Fortement manipulé

Le politologue hongkongais Kenneth Chan a qualifié les propos de M. Xia de "monde parallèle", déconnecté de ce que ressentent de nombreux Hongkongais.

"Plus ces responsables veulent claironner, plus les gens voient ce qu'ils disent comme de la propagande d'État", a-t-il déclaré à l'AFP.

Kenneth Chan fait référence aux résultats d'un sondage de l'Institut de recherche sur l'opinion publique de Hong Kong, qui montrent que seules 51% des personnes interrogées ont l'intention de voter, un niveau historiquement bas.

Ce chiffre a toujours été supérieur à 80% lors des scrutins entre 2004 et 2016. Cette fois, près de la moitié des personnes interrogées ont déclaré n'avoir trouvé aucun candidat digne d'être soutenu. Selon le quotidien South China Morning Post, un candidat sur six n'a pas publié de programme électoral.

Le scrutin du 19 décembre est "fortement manipulé du début à la fin". "Nous sommes dans un jeu très différent, un jeu avec lequel les Hongkongais ne sont pas à l'aise", estime Kenneth Chan.

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