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Ibibio Sound Machine sort l’album le plus festif de ce printemps

24 mars 2022 à 15:29Temps de lecture4 min
Par Guillaume Scheunders

Depuis un peu moins de dix ans, le groupe Ibibio Sound Machine produit un son à l’intersection entre l’afrobeat, la funk et la musique électronique. Pour leur quatrième album, Electricity, ils ont décidé de forcer ce dernier trait électronique en invitant les talentueux membres de Hot Chip à la production. On a pu s’entretenir avec Eno Williams, leadeuse de la formation londonienne.

Il n’aura fallu qu’un seul single pour nous convaincre que la collaboration entre Ibibio Sound Machine et Hot Chip était une idée en or. En janvier dernier, ils sortent le second single de leur album, All That You Want, une hymne ultra-dansante dopée à gros coups de synthés modulaires. Le coup de cœur est direct et le tube est assuré. Ils avaient précédemment annoncé leur quatrième opus avec Electricity, une sorte de synthèse entre la musique électronique des années 80 et l’afrobeat. Si Giorgio Moroder avait invité Tony Allen sur un de ses titres, il y a de grandes chances que le résultat ne soit pas très éloigné d’Electricity. La formation a désormais dévoilé l’album en entier, composé de douze titres répondant à leur formule habituelle, avec cela dit une évolution progressive vers la prédominance de la musique électronique.

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Hot Chip à la production, un gage de qualité

C’est indéniable, les amateurs d’Hot Chip reconnaîtront leur patte presque immédiatement à l’écoute de cet album. Les deux groupes se sont rencontrés lors de dates communes et ont directement accepté de travailler l’un avec l’autre. "On a toujours aimé leur travail et eux aimaient le nôtre. L’opportunité s’est présentée, on a pu envisager qu’ils nous produisent et on a sauté dessus. Ils étaient directement chauds. C’est une chance qu’ils aient pu prendre du temps de leur propre agenda pour nous aider là-dessus", se réjouit la Britannique. Mais là où le travail du groupe précédemment nommé aux Grammy’s et au Mercury Prize trouve tout son intérêt, c’est dans la justesse qu’il a eue à ne pas dénaturer d’un poil la musique d’Ibibio Sound Machine. "C’est quelque chose que j’adore chez eux : ils sont très talentueux et ont leur propre son, mais ils ont fait très attention de ne pas aller trop loin et de faire en sorte que ce ne soit pas eux qu’on identifie à l’écoute de l’album. C’est ce qui fait des grands musiciens et des grands producteurs."

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Un album marqué par les événements

On a voulu créer quelque chose qui élève les esprits, qui apporte de l’espoir et qui redonne l’envie de danser.

Comme beaucoup d’albums qui voient le jour ces derniers temps, Electricity a été influencé par les deux dernières années que l’on vient de vivre. D’une part, l’album a en lui le capital de faire bouger les foules, du moins dans les productions. Des pistes comme 17 18 19, All That You Want ou Wanna See Your Face Again pourraient sans trop de mal contaminer toute la planète de la rage de danser. "On a voulu apporter cette énergie positive, le sentiment d’espoir. On a eu deux années si terribles qu’on a voulu créer quelque chose qui élève les esprits, qui apporte de l’espoir et qui redonne l’envie de danser."

D’autre part, les thèmes abordés reflètent beaucoup les périodes sombres que l’on a traversées. Les titres sont déjà en eux-mêmes évocateurs : Protection From Evil, Wanna See Your Face Again, Freedom… "Il sonne quand même un peu sombre parce que c’était une période triste. On l’a écrit pendant les confinements, au moment où il y avait toujours de l’incertitude. Le fait de ne pas pouvoir voir ses proches, nos familles…". Le fait de conclure l’album avec un morceau comme Freedom prend tout son sens et fait encore plus écho avec la date de sortie, alors que les libertés commencent enfin à être retrouvées.

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Ibibio Sound Machine, une recette détonante

Ibibio Sound Machine, c’est une formation créée sous l’impulsion des musiciens Leon Brichard, Benji Bouton (qui ont quitté le groupe pour d’autres projets depuis), Max Grunhard et Eno Williams. Cette dernière a délimité l’identité du groupe grâce à ses origines nigérianes, nommant le groupe Ibibio Sound Machine à partir du dialecte avec lequel elle parlait lors de son enfance. Le liant de ce groupe, l’élément central, c’est cette langue que l’on retrouve dans les paroles des musiques aux côtés de l’anglais. Mais son ADN, on peut le mettre en parallèle avec la ville de Londres : un lieu hautement multiculturel, un melting-pot d’origines et d’influences issues des quatre coins du globe. "Quand on a démarré, il y avait plein de nationalités dans le groupe : français, trinidadiens, brésiliens, ghanéens, anglais et nigérians évidemment. Tout le monde a eu un passé différent et amène sa propre culture, ses influences et ça évolue en permanence. Je dis toujours qu’on est les United Colors of Music." Chacun a apporté sa pierre à l’édifice, un peu de high life d’un côté, des percussions brésiliennes de l’autre, de l’électronique, du jazz et évidemment de l’Ibibio.

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En perpétuelle évolution, Ibibio Sound Machine délivre ici l’un des albums les plus festifs de ce début d’année grâce à ses productions électroniques léchées, les petits coups de génie de Hot Chip et la force d’un collectif multiculturel qui combine toutes ses influences différentes pour en faire un mélange détonnant. "Sans électricité, il n’y a pas d’amour" raconte Eno Williams. On aurait envie d’ajouter que sans ces mix de cultures, la musique n’évoluerait pas, ce qui peut être adapté à beaucoup de sujets, essentiellement dans le contexte sociétal actuel.

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