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Belgique

Il faudrait 4 planètes Terre si l’humanité vivait comme la Belgique

26 mars 2022 à 06:00Temps de lecture5 min
Par David Manfredini

85 jours … c’est le temps qu’il faudrait au monde pour consommer l’ensemble des ressources que la Terre peut générer en un an si la Belgique était prise comme modèle. Ce signal d'alarme ressort d'une étude menée par l’institut de recherches international Global Footprint Network.

Chaque année, l'ONG détermine la date à laquelle se situe le "Jour du dépassement" pour l’humanité et pour certains pays. Ainsi, si tous les pays consommaient autant que la Belgique, cette date tomberait cette année le 26 mars 2022.

Les ressources produites en une année

Concrètement, ce jour du dépassement désigne la date à laquelle l’empreinte écologique de l’humanité dépasse la biocapacité de la planète. La biocapacité désigné la surface de zones terrestres et marines biologiquement productives. Lorsque le point de dépassement est atteint, cela indique que l’Homme a abattu plus d’arbres, construit et cultivé sur plus de terres et pêché plus de poisson que la planète ne peut en produire en une année. C’est également le moment où la capacité d’absorption des forêts et des océans, des émissions de gaz à effet de serre, est atteinte.

Un léger répit grâce à la pandémie

En 2020, le ralentissement de l’économie et de l’activité humaine, causée par la pandémie de coronavirus, a permis pour la première fois depuis les années 70 de faire reculer ce jour du dépassement. Des dauphins ont ainsi été notamment aperçus au Bosphore en Turquie ou encore à Hong Kong.

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Le phénomène s’est toutefois rapidement résorbé et dès 2021, le point de dépassement pour la consommation des ressources est apparu 24 jours plus tôt qu’en 2020, reprenant sa progression d’avant pandémie.

Puiser dans les réserves de la planète

Une fois ce dépassement atteint, l’humanité est obligée de puiser dans les réserves de la Terre, qui malgré la taille de la planète, restent limitées. "4,1, c’est le nombre de planètes qu’il faudrait pour soutenir le mode de vie des Belges si toute l’humanité vivait comme nous...", affirme Antoine Lebrun, directeur général du WWF-Belgique. "Depuis des décennies, les scientifiques nous alertent sur les conséquences dramatiques de ce déséquilibre écologique sur le climat et la biodiversité […] Il est donc urgent de réaliser que les problèmes que nous décrivent les climatologues et les biologistes appartiennent à tous, citoyens, entreprises et gouvernements. Car ce qui est en jeu, c’est le maintien des conditions de vie qui ont permis à l’humanité de prospérer sur Terre."

En plus de son impact sur la capacité des forêts à absorber les émissions de gaz à effet de serre, la déforestation provoque de nombreuses conséquences à court terme : réduction de l’approvisionnement en nourriture, diminution des matières premières disponible, dérégulation des cycles de l’eau…

Comment est calculée cette date ?

Pour parvenir à cette date du 26 mars, l’ONG s’est basée sur les données nationales sur l'empreinte et la biocapacité, qui se base sur des ensembles de données des Nations unies datant de 2018. Le 26 mars 2022 reflète donc la situation de la Belgique en 2018. Des calculs supplémentaires ont cependant été apporté pour estimer l'empreinte et la biocapacité de la Belgique pour 2022, en diminution par rapport à 2018, faisant passer le " nombre de planètes nécessaires " de 4,3 en 2018 à 4,1 en 2022.

Malgré cette diminution, l’ONG indique que la Belgique possède l’une des plus grandes empreintes écologiques du monde avec ces 4,1. A titre de comparaison, l'empreinte moyenne de l'humanité est de 1,75 fois la biocapacité de la Terre.

Une biocapacité limitée

Selon les calculs menés par l’ONG, la biocapacité de la Belgique se situe aux alentours de 0,8 hectare par personne. Cette quantité ne représenterait que la moitié de la quantité disponible par personne dans le monde, qui s’élève à 1,6 hectare mondial. L'empreinte de la Belgique, qui s’élève à 6,5 hectares par personne, est donc 8,5 fois supérieure à sa propre capacité.

La répartition des domaines d’activité possédant les plus importantes empreintes écologiques en Belgique.
La répartition des domaines d’activité possédant les plus importantes empreintes écologiques en Belgique. WWF

Parmi les secteurs qui génèrent le plus d’impact en Belgique, on retrouve les activités liés à la consommation de la nourriture et la mobilité. L’empreinte alimentaire regroupe notamment la cuisson et de la transformation des aliments, la production agricole, la production d'engrais et le fonctionnement des tracteurs.

Une responsabilité collective

Les dates de dépassement de cette année pour d’autres pays.
Les dates de dépassement de cette année pour d’autres pays. WWF

Si la Belgique a évidemment un rôle à jouer dans la réduction de son empreinte écologique, il ne faut cependant pas oublier qu'elle s'insère dans un ensemble plus global. Sa biocapacité limitée par rapport au reste du monde, lui fait épuiser plus vite son "budget" annuel de ressources que d'autres pays. A l'opposé, le Brésil dispose d'une biocapacité importante, qui lui permet d'être mieux placée dans le "classement" du Global Footprint Network, mais son avantage s'érode au fil des ans.

L’empreinte écologique en rouge, la biocapacité du pays en vert.
L’empreinte écologique en rouge, la biocapacité du pays en vert. © Tous droits réservés

Face à ce problème mondial, le WWF estime qu'il devient encore plus urgent et fondamental de travailler à la valorisation des ressources locales, de réduire notre consommation de matières premières et de garantir que les ressources pour lesquelles nous nous approvisionnons dans d’autres pays sont issues de modes de production responsables et si possible régénérateurs de la biodiversité.

Cinq champs d’action envisagés

Face à cette augmentation et à cette accélération de la consommation des ressources de la Terre, le WWF propose différentes solutions réparties en 5 champs d'actions : l'alimentation, le climat, les forêts, l'océan et la biodiversité. L'organisation indique qu'il est encore possible de changer nos modes de consommation et nos processus de production, mais le temps presse. "Les avantages seront grands, pour notre avenir et celui de nos enfants. Le résultat sera un monde plus sûr, plus robuste, où chacun pourra être en meilleure santé et plus heureux", annonce le WWF. Pour y parvenir, tous les secteurs, privés et publics, doivent collaborer avec les citoyens.

Les résultats de la Belgique au cours des 30 dernières années comparés aux résultats d’autre pays en 2018.
Les résultats de la Belgique au cours des 30 dernières années comparés aux résultats d’autre pays en 2018. WWF

A l'échelle des individus, le WWF indique qu'une sélection plus attentive des aliments permet par exemple d'adopter des régimes alimentaires plus sains et plus durables, sans dépenser plus d’argent. Le projet Eat4Change du WWF encourage notamment les jeunes à faire de meilleurs choix lorsqu’ils et elles font leurs courses. L'organisation prodigue également des conseils pour réduire son empreinte carbone. On y trouve, entre autre, la recherche de méthodes de mobilité alternatives, l'optimisation de sa consommation énergétique ou encore l'utilisation de systèmes de chauffage plus performants.

Pour lutter contre la déforestation, le WWF conseille de s’orienter vers du bois portant un label de durabilité (FSC) lors de l’achat du bois, de choisir du bois recyclé, ou d'acheter des meubles de seconde main. Enfin, pour protéger la biodiversité, l'organisation pousse les citoyens à faire un premier pas chez eux, en créant par exemple un espace de nature sauvage dans son jardin ou en bannissant les pesticides.

"Une chose est certaine", conclut Antoine Lebrun. "Ne pas agir maintenant nous coûtera davantage demain. Nous sommes tous et toutes dépendants des ressources naturelles dans notre vie quotidienne et nous devons garantir autant que possible un accès équitable et juste à ces ressources."

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