Culture & Musique

Il y a 100 ans naissait Charlie Parker, l’oiseau rare

Charlie Parker

© Michael Ochs

28 août 2020 à 19:05 - mise à jour 28 août 2020 à 19:09Temps de lecture3 min
Par Arnaud Quittelier

C’est à l’âge de 34 ans que le géant du jazz Charlie Parker succombe aux séquelles laissées par sa consommation de drogues et par une vie tourmentée qui s’écrira aux côtés des plus grands noms du jazz. "Un homme aux appétits physiques énormes" comme le dira un de ses amis. 

En ce 29 août 2020, le saxophoniste Charlie Parker aurait eu tout juste 100 ans. Né en 1920 à Kansas City, Charlie Parker trouvera une énergie débordante pour parfaire l’apprentissage du saxophone après que Jo Jones lui ai jeté une cymbale à ses pieds à la suite d’une jam session pas au goût du batteur. L’électrochoc est immédiat et pousse Charlie Parker vers l’excellence musicale et le désir de maîtriser son instrument. C’est avec l’orchestre de Jay McShann, qu’il intègre en 1938, que Parker reçoit le surnom de "Yardbird" ou "Bird". A 18 ans, victime d’un accident de voiture, le corps médical lui donne de la morphine. La substance le suivra toute sa vie en y ajoutant l’héroïne et l’alcool. 1939, Parker s’installe à New York, rencontre Art Tatum (son influence harmonique marquera son jeu) et intègre la formation du pianiste Earl Hines en 1942. Elle lui permet de poursuivre sa relation avec le trompettiste Dizzy Gillespie, rencontré en 1939. Il sera un partenaire à sa mesure. 

De l'ombre à la lumière 

Avec Dizzy, Thelonious Monk, les batteurs Max Roach et Kenny Clarke, ils vont mettre leurs talents au service du Be-Bop naissant. Alors que tout semble sourire à "Bird" sa consommation de drogues le rattrape, il se promène nu dans son hôtel avant de mettre le feu à son matelas avec une cigarette…Charlie Parker est interné au Camarillo State Mental Hospital durant 6 mois. Sortant de l’établissement en 1947, Parker se replonge dans la musique et enregistre pour les labels Savoy et Dial. Ses partenaires sont Miles Davis, Duke Jordan, Tommy Potter, Max Roach. Sous le label Verve, qu’il rejoint grâce au producteur Norman Granz, Parker jouera avec Lester Young (héros de sa jeunesse tout comme le fut Coleman Hawkins) et enregistrera accompagné d’un orchestra à cordes, ce sera un grand succès.  

Au tout début des années 1950, à la suite de différents démêlés avec des patrons et des imprésarios, Charlie Parker se voit retirer sa carte de travail à New York pendant 15 mois, ce qui lui interdit de se produire dans les clubs… Mais pas d’enregistrer ! Ce qu’il fait avec son fidèle complice Dizzy Gillespie avec l’album "Bird And Diz". Charlie Parker est au saxophone alto, Dizzy Gillespie à la trompette, Thelonious Monk au piano, Curly Russell à la basse et Buddy Rich à la batterie.

Père attentionné, Charlie Parker perd tragiquement sa fille Pree en 1954. Sans abri, à bout de souffle, ayant vécu chaque secondes de sa courte vie avec intensité et excès, Charlie Parker est hébergé à l’hôtel Stanhope de New York, dans la suite de son amie baronne et mécène Pannonica de Koenigswarter. Le 12 mars 1955, il est pris d’un fou rire et d’une solide quinte de toux en regardant Tommy et Jimmy Dorsey faisant un numéro de jongleur à la télévision. Charlie Parker meurt d’un éclat de rire tel un pied de nez à sa propre vie.

Au moment de son départ, il y a eu un énorme coup de tonnerre. Je n'y ai pas pensé à l'époque, mais j'y ai souvent pensé depuis; comme c'était étrange. Un musicien a émis l'hypothèse que Parker se désintégrait en "son" pur (Pannonica de Koenigswater).

Un des premiers musiciens avait qui Toots Thielemans a joué 

Charlie Parker, Toots Thielemans

"Il y a un avant et un après Parker, un avant et un après Be-Bop". Toots Thielemans revient sur ce langage en continu qu’est le jazz et, harmonica à l’appui, vulgarise en musique ce qui faisait la spécificité de Charlie Parker : un conflit harmonique entre la tierce mineure et la tierce majeure. Un ingrédient essentiel selon Toots qui rencontre Charlie Parker en 1949 à Paris. Il en parlait au micro de Marc Danval.

Le film de Clint Eastwood 

En 1988, avec le film "Bird", Forest Whitaker (jouant le rôle de Charlie Parker) reçoit le Prix d'interprétation masculine au Festival de Cannes. Ce film, réalisé par Clint Eastwood, tente d'éclairer le penchant de Parker pour la drogue, l'alcool et les femmes, de comprendre la nature de sa passion pour Chan Richardson, la complexité de sa vision et, surtout, sa musique.

 

 

Parmi les perles de Marc Danval, cet enregistrement privé et donc très rare, du saxophoniste Charlie Parker et du pianiste et chef d'orchestre Stan Kenton. Marc Danval en parlait dans son émission "La Troisième Oreille" sur La Première.

Un album hommage à Charlie Parker 

A l’occasion du centenaire de la naissance de Charlie Parker, la formation Trilogy composée de Carlo Nardozza à la trompette, Christophe Devisscher à la basse et Tim Finoulst à la guitare sort l’album "Par Cœur" en hommage à Charlie Parker. Outre les compositions de Parker, l’album comprend des incontournables du jazz dont Charlie Parker a enregistré sa propre version comme "Cherokee" de Ray Noble et "Just Friends" de John Klenner.  

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