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Il y a 150 ans naissait Roald Amundsen, grand explorateur des pôles

Le drapeau et la tente dressés par Roald Amundsen, une fois arrivé au pôle Sud

© The Print Collector

Sa mère le voyait médecin, lui se voyait Capitaine en mers hostiles. Et c’est cette vocation qui lui vaut sa renommée aujourd’hui encore, 150 ans jour pour jour après sa naissance. Roald Amundsen est né le 16 juillet 1972 à Borge, dans le sud est de la Norvège. L’amorce d’une vie d’expéditions et d’exploits rigoureusement préparés.

Naviguer sous le pavillon belge du Belgica

Qu’est-ce qui lui aurait donné l’envie de prendre le large ?

Peut-être son père, armateur, qui décède quand Roald Amundsen a 14 ans. Ou bien ces histoires de marins qu’il dévore, petit. En tout cas, son envie de prendre la mer le mènera à se faire engager comme marin sur un phoquier dans l’océan Arctique, puis à passer son brevet de capitaine et embarquer à bord du Belgica, en 1897. Il y sera second du Capitaine belge Adrien de Gerlache de Gomera. Le Belgica est un navire pionnier, une expédition scientifique internationale en Antarctique financée par la Belgique. Pour le jeune Amundsen, ce sera un baptême du feu. Ou de glace, plutôt.

Au bord du Belgica, un biologiste, un glaciologue, un géographe, un naturaliste, un médecin mènent des expériences jusqu’à ce que le navire se retrouve prisonnier des glaces de l’Antarctique.

A bord du Belgica, outre l’équipage, une fine équipe de scientifiques et deux futurs explorateurs des pôles, l’américain Frederick Cook (pôle Nord) et le Norvégien Roald Amundsen (pôle Sud).
A bord du Belgica, outre l’équipage, une fine équipe de scientifiques et deux futurs explorateurs des pôles, l’américain Frederick Cook (pôle Nord) et le Norvégien Roald Amundsen (pôle Sud). in "Resultats du Voyage du S. Y. BELGICA en 1897-1898-1899"

Le Belgica est contraint à y hiverner une année. C’est le tout premier hivernage d’une expédition scientifique en Antarctique. Les scientifiques en ramèneront une foule d’échantillons et d’observations nouvelles. Et Roald Amundsen rentrera au port à la fois expérimenté et grisé par cette première fois, par l’excitation de la découverte, par ces pôles à explorer.

Alors il repart, cette fois au gouvernail.

Réussir où tous avaient échoué : naviguer de l’Atlantique au Pacifique par le nord

A 29 ans, Roald Amundsen monte alors sa propre expédition pour réussir là où tous avaient échoué : naviguer par le "passage du Nord-Ouest", trouver un passage navigable de l’Océan Atlantique à l’Océan Pacifique, à travers les glaces du Grand nord.

En 1903, il affrète un bateau, le Gjøa. Ses moyens sont limités : son bateau est bien plus petit que celui des autres expéditions de son époque, c’est un ancien bateau de pêche au hareng. Il compose un équipage limité à six hommes, plus lui, capitaine à la longue silhouette athlétique et au nez aquilin.

Quand ils lèvent l’ancre, ils ne savent pas qu’ils ne seront de retour que trois ans plus tard mais qu’ils seront alors célèbres pour avoir réussi. Ils n’ont pas idée non plus des événements qui vont marquer leur voyage.

En octobre 1903, leur bateau est pris dans les glaces d’une crique de l’île du Roi Guillaume, dans le grand nord canadien, une crique rebaptisée "Gjoa Haven".

Ils y passent près de deux ans, à prendre des mesures pour localiser précisément le nord magnétique. Ils y rencontrent les inuits Nattilik. Les hommes blancs de 1903 les appellent une "peuplade primitive". Mais Roald Amundsen comprend qu’il doit s’inspirer de ces habitants de l’Arctique pour s’assurer la survie dans ces grands froids. Il apprend, en les observant, comment construire un igloo, mener des chiens de traîneau, faire glisser le traîneau sur tous les types de neige, réaliser un anorak en fourrure pour garder le corps au chaud.

Roald Amundsen dans l’Anorak qu’il a créé en s’inspirant du savoir faire des Inuits.
Roald Amundsen dans l’Anorak qu’il a créé en s’inspirant du savoir faire des Inuits. © Tous droits réservés

Quand, au terme de deux hivers supplémentaires, l’équipage exténué parvient à franchir le passage du nord ouest et enfin rentrer en Norvège, il aura acquis la gloire mais aussi de précieuses techniques qui permettront au capitaine Amundsen de viser son exploit suivant : être le premier à arriver au pôle Sud.

Arriver le premier au Pôle Sud

En 1906, au moment où ils rentrent en Norvège, leur pays vient d’accéder à l’indépendance et elle fait du jeune explorateur Amundsen un héros national de la première heure.

Quel projet ambitieux formuler après ça ? Après un tel exploit et le triomphe du retour ?

Roald Amundsen pense d’abord à viser le Pôle Nord : être le premier à y planter le drapeau de son pays. Mais la rumeur dit que son ancien coéquipier du Belgica, l’Américain Frederick Cook est proche de cet exploit. Roald Amundsen change alors de cap et part en expédition pour le pôle Sud. Il choisit un bateau à coque ronde ultrarésistante à la glace, le Fram.

Roald Amundsen et son équipage sur le Fram
Roald Amundsen et son équipage sur le Fram © Tous droits réservés

Il sélectionne son matériel avec minutie : il a adopté des pratiques des Inuits, leurs traîneaux, chiens, anoraks. Et son équipage aussi est trié sur le volet. Il emmène notamment un champion de ski, OlavBjaaland, puisque c’est à ski qu’il compte achever le périple vers le pôle Sud.

L’expédition est très méthodiquement racontée dans les journaux de bord des membres de son équipée. Ils sont motivés par le défi mais aussi par la conscience qu’ils ne sont pas seuls à viser le pôle Sud : un Britannique, Robert Falcon Scott, est en route lui aussi pour tenter de placer son drapeau au pôle Sud.

L’expédition norvégienne au Pôle Sud
L’expédition norvégienne au Pôle Sud Universal Images Group via Getty

Le Britannique Scott arrive en Antarctique avec des poneys qui se révéleront peu adaptés au froid impitoyable et des traîneaux à chenille motorisés. Il n’est pas convaincu par l’apport des chiens. Il n’a pas le même bagage qu’Amundsen.

Amundsen, lui, applique pleinement le savoir-faire des Inuits observés lors de sa première expédition. Il se déplace avec des traîneaux tirés par des chiens et il termine le périple à ski, avec 3 coéquipiers. C’est à quatre qu’ils plantent le drapeau norvégien au pôle Sud et qu’ils dressent leur tente sous le drapeau, le 14 décembre 2011, un mois avant l’arrivée des Britanniques.

Laisser un drapeau, une tente et un message

La suite de l’histoire jettera une ombre sur l’exploit du Norvégien. Lorsque le Britannique Scott et ses quatre coéquipiers atteignent le pôle Sud, ils y trouvent le drapeau norvégien, une tente et un message de ceux qui les ont tout juste devancés. Leur déception est immense. S’y ajoutera le drame de leur trajet de retour.

Les cinq Britanniques sont en effet retardés par une tempête de neige. Ils arrivent à bout de leurs vivres et ils meurent des privations et du froid sur leur chemin du retour, en mars 1912. Leurs corps seront retrouvés plusieurs mois plus tard, ainsi que leurs journaux d’expédition qui témoignent de l’épreuve que fut cette course au pôle, cet exploit manqué.

Disparaître comme un aventurier

Première navigation du passage nord-ouest, premier explorateur au pôle Sud. Puis Roald Amundsen, la cinquantaine, participe au survol du pôle Nord en dirigeable, le Norge : Roald Amundsen aura atteint les deux pôles.

Mais son attirance pour les expériences aériennes ne durera pas beaucoup plus longtemps. Le 18 juin 1928, il prend part à une mission de sauvetage de l’ingénieur en aéronautique qui avait préparé avec lui l’exploit du Norge. Umberto Nobile, c’est son nom, a disparu en dirigeable en rentrant du pôle Nord.

L’avion de Roald Amundsen décollera pour participer aux recherches mais disparaîtra ensuite des radars. Des débris seront retrouvés mais pas sa dépouille. L’un des plus grands explorateurs des pôles est mort comme il avait voulu vivre : en mer et à l’aventure.

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