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L'actu du Jazz

Il y a 50 ans disparaissait la chanteuse Mahalia Jackson

Mahalia Jackson
26 janv. 2022 à 16:11Temps de lecture3 min
Par Arnaud Quittelier

On la surnommait "la reine du gospel". Une voix incontournable mais aussi une femme qui s’investira au sein du mouvement pour les droits civiques aux Etats-Unis. Fascinée par les chanteuses Ma Rainey, Bessie Smith, Mamie Smith, c’est dans les églises qu’elle débutera sa carrière dès l’âge de 4 ans.

C’est dans l’église que je peux le mieux atteindre mon public (Mahalia Jackson).

Consacrant de longues années à la musique sacrée, Mahalia Jackson restera longtemps inconnue des amateurs de jazz. Extrait d'un article du critique musical Charles Delaunay dans la revue Jazz Hot N°38 (1949) : "L’art de Mahalia Jackson demeure profondément typique de la tradition de sa race et par là digne d’intérêt pour tout amateur de jazz. Contrairement à Bessie Smith elle recourt souvent aux vocalises montantes ou descendantes, faisant preuve en toute circinstance d'une grande musicalité et d'une maîtrise absolue de sa voix qui, par sa nature, reste infiniment plus proche du jazz que celle d'une chanteuse comme Marian Anderson".

Mahalia Jackson - Trouble Of The World (Imitation Of Life - 1959)

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L’église est toute sa vie

Née le 26 octobre 1911 à la Nouvelle-Orléans, Mahala (son véritable prénom) voit le jour au sein d’une famille nombreuse mais perdra sa maman avant ses 6 ans. Élevée par sa tante (Mahala également), elle quitte la Nouvelle-Orléans à l’âge de 16 ans pour s’installer à Chicago. Perfectionnant sa diction et sa respiration en écoutant des disques, parcourant les Etats-Unis pour chanter dans les églises Baptiste, elle attire les fidèles et sa popularité ne cesse de grandir.

Au milieu des années 1940, Mahala, qui rajoutera un i à son prénom en 1931, enregistre pour le label Apollo quelques titres qui feront décoller sa carrière : "Move On Up a Little Higher" se vend à huit millions d’exemplaires, tandis qu’elle chante "Precious Lord, Take My Hand" dans un stade de football à Washington.

Mahalia à Newport

En 1958, elle se produit au Newport Jazz Festival, une performance gravée sur l’album "Newport 1958".

Mahalia Jackson - Didn't It Rain (Live at the 1958 Newport Jazz Festival)

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Un festival qu’elle retrouvera en 1970 et durant lequel elle interprète "Just A Closer Walk With Thee" rendant ainsi hommage à Louis Armstrong qui rejoindra Mahalia sur scène. Un moment particulièrement émouvant, un an avant la mort de Satchmo.

Mahalia Jackson "Just a Closer Walk with Thee" from "Louis Armstrong at Newport 1970"

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La guerrière

Mais Mahalia Jackson est également connue pour son implication dans la lutte des droits civiques aux Etats-Unis. chantant à Montgomery pour lever des fonds en soutien au mouvement de boycott des bus qui durera 381 jours, elle sera l’une des figures marquantes de la célèbre marche sur Washington pour l’emploi et la liberté. Une marche politique qui se déroula le 28 août 1963 et  durant laquelle Martin Luther King fit son discours historique devant le Lincoln Memorial. C'est elle qui lui aurait donné l'idée d'improviser la fin de son discours en lui criant : "Parle-leur de ton rêve, Martin !"

"How I Got Over" by Mahalia Jackson (Washington, 1963)

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De Jackson à Franklin

Mahalia Jackson mettra un terme à sa carrière au début des années 1970 quelques temps après l’enregistrement de son album "What The World Needs Now". Se consacrant à sa fondation de charité oeuvrant à aider les jeunes de poursuivre leurs études, elle ouvrira également un commerce de fleur et un salon de beauté. Elle décède le 27 janvier 1972 à Chicago. Le gospel, qu’elle a toujours porté de sa voix, résonnera lors de ses funérailles grâce notamment à celle qui deviendra "la reine de la soul", Aretha Franklin.

Aretha Franklin - Precious Lord, Take my Hand (Mahalia Jackson Funeral 1972)

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Petite prose pour Mahalia

"La grosse petite sœur à la voix de stentor, intimidée, elle tangue maintenant au milieu de la plus haute chambre et voulant humblement toucher les murs elle ne peut pas : seul le souffle des Trônes et Dominations qui balancent la tient dans l’ouragan de la lumière définitive. Aussi droite que l’espérance elle ne cessera plus de monter et monter jusqu’à l’ut causal de la polyphonie mais encore elle ne peut pas s’accoutumer à l’élan continu de sa vois parmi les anges. Alors viennent à sa rencontre les frères des profonds siècles, Notker et Tutilon ensemble pour lui prendre la main, l’entraîner dans la prose éternelle un peu plus syncopée nunc omnes canite simul alleluia ." (Jacques Réda "Petite prose pour Mahalia", Jazz Magazine N°198, mars 1972).

The Mahalia Jackson Documentary

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