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Il y a 50 ans, le tout premier vol (d'essai) du Concorde: retour sur l'histoire d'un géant des airs

Les 50 ans du premier vol du Concorde

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01 mars 2019 à 08:00Temps de lecture6 min
Par Philippe Antoine

Dans l’histoire de l’aéronautique, le 2 mars 1969 est une date pas tout à fait comme les autres. Ce dimanche-là, avec quatre hommes à bord, ce que l’on n’appelait pas encore le « grand oiseau blanc » effectue son tout premier vol. Un vol de 42 minutes.

Mais ce n’est évidemment qu’un début, ou plutôt la confirmation que ce tout premier avion supersonique peut voler. Il faudra six mois de plus pour que soit franchie la vitesse du son (Mach 1) et douze mois supplémentaires encore pour atteindre Mach 2, mais c’est, quoi qu’il en soit, cette date du 2 mars 1969 qui est retenue comme celle de l’envol de cette incroyable aventure du transport aéronautique supersonique civil.

En réalité, le projet remonte à plusieurs années avant ce premier vol d’essai, à la fin des années 50. Et cela se joue de part et d’autre de la Manche. Côté français existe le projet « Super caravelle », un avion supersonique tricolore censé naître du mariage de la Caravelle, fleuron de l’aéronautique française de l’époque, et de l’avion de chasse Mirage IV construit par Dassault.

Côté britannique, où avancent à grand pas les études sur un turboréacteur ultramoderne, des ingénieurs, pilotés depuis 1956 par le STAC (Supersonic Transport Aircraft Committee), cherchent eux aussi à concevoir un avion de transport supersonique, il sera notamment question d’un appareil doté de 6 turboréacteurs pouvant accueillir 130 passagers. L’idée est donc de voler au moins à la vitesse du son (1224 km/h). Il faut bien comprendre qu’à cette époque, il faut presque 15 heures pour rejoindre New York en décollant de Paris dans un Constellation construit par Lockheed qui vole à… 530 km/h.

La coopération aéronautique franco-britannique

Le Concorde, dont le nom définitif ne sera décidé qu’en 1967 (les Britanniques parlaient du " Concord ", sans " e final ") sera l’aboutissement des programmes français et britanniques fusionnés au sein de ce que l’on appelle la coopération aéronautique franco-britannique. Le 29 novembre 1962, au nom du gouvernement de la République française d’une part et du gouvernement du Royaume-Uni, de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord de l’autre, un accord intergouvernemental pour la construction d’un avion de transport civil supersonique est signé à Londres.

L’article 1 de cet accord stipule que :

  1. Le principe de la collaboration est le partage égal entre les deux pays, sur la base d’une égale responsabilité pour le projet pris dans son ensemble, du travail, des dépenses engagées par les deux gouvernements, et du produit des ventes.
  2. Ce principe, qui sera respecté aussi rigoureusement que possible, s’applique, dans la phase du développement comme dans la phase de la production (y compris les rechanges), au projet pris dans son ensemble (cellule, moteur, systèmes et équipements).
  3. Le partage sera établi d’après les dépenses, calculées hors taxes à définir par accord entre les deux gouvernements, correspondant aux travaux effectués dans chaque pays. La date du point de départ de ces dépenses est celle du présent accord.

Ce qui ne met pas un terme aux hésitations : il sera par exemple décidé par la suite de construire deux chaînes d’assemblage, l’une à Toulouse et l’autre à Fulton (près de Bristol, dans le sud-ouest de l’Angleterre).

Cinq années d’essais et des records en série

Si le 50e anniversaire du Concorde est célébré ce 2 mars prochain, il a en réalité fallu se montrer très patient avant d’assister au premier vol commercial. Pendant cinq ans, l’avion supersonique doit d’abord subir toute une série de tests, au sol et en vol, pendant plus de 800 heures. Après avoir obtenu, en octobre 1975, son certificat de navigabilité, le concorde effectue enfin son premier vol commercial le 21 janvier 1976, entre Paris et Rio de Janeiro.

Reconnaissable au premier coup d’œil, l’avion supersonique est une merveille technologique, avec un fuselage à géométrie variable – la position de son " nez " peut être adaptée pour optimiser les performances ; l’avion est capable de voler à deux fois la vitesse du son (Mach 2) à une altitude de 19.000 mètres avec la possibilité de transporter 100 passagers à 6200 km.

Pour rejoindre New York, le Concorde explose tous les records en proposant un temps de vol de 3h26 minutes dont 2h54 minutes en supersonique. A Mach 2, alors que la température extérieure est d’environ -57 °C, la " peau " de l’avion atteint une température de 127 °C, ce qui provoque un allongement de l’avion d’environ 23 cm ! Cela dit, rejoindre New York n’a pas été simple : il a même fallu une action en justice pour que les autorités américaines lèvent l’interdiction de survol de territoire qu’ils avaient dans un premier temps émise à l’égard de cet avion qu’ils considéraient extrêmement bruyant et polluant.

Archive 9/02/1977: le Concorde pourra-t-il atterrir à New York?

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Un carnet de commandes prometteur… avant la crise pétrolière

D’un point de vue commercial, l’aventure commence fort : dès 1963, les clients se bousculent pour placer leur nom dans le carnet de commandes de cet avion qui s’annonce révolutionnaire dont la mise en service était d’abord prévue en 1968. Le Concorde enregistre 78 options pour le compte de 16 compagnies, dont la prestigieuse Pan Am américaine, l’une des si pas la compagnie la plus en vue de l’époque.

Mais, en dix ans, le carnet va se dégonfler à une vitesse presque similaire à celle du grand oiseau blanc. L’explication se trouve dans les chocs pétroliers des années 70 qui entraînent une spectaculaire hausse du prix du kérosène, or le Concorde est particulièrement gourmand. Au final, il ne restera dans le carnet de commandes que British Airways et Air France et seuls 16 exemplaires seront construits.

Archive 17/08/1995: le Concorde fait le tour de la Terre en 31h 27' 49''

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Succès de foule, notamment en Belgique, mais pas à bord !

Septembre 1977, l’aéroport d’Ostende accueille avec bonheur le Concorde parti 22 minutes plus tôt de Paris. Les spectateurs sont venus nombreux pour admirer cet avion pas comme les autres, et ils le seront davantage encore à Gosselies, qui ne deviendra que bien plus tard l’aéroport de Bruxelles-Sud/Charleroi. Ce 31 mars 1983, ce sont plus de 3000 personnes qui ont fait le déplacement pour voir se poser le Concorde. Une fanfare a même été prévue. Tout était donc en place pour que l’événement devienne une fête à la fois magnifique et inoubliable, mais un vilain brouillard a imposé plus de trois heures de retard !

Une fois l’avion immobilisé sur le tarmac, une visite à bord est possible, à condition de payer 300 francs belges (7,5€ d’aujourd’hui), ce qui est tout de même nettement moins que les 9000 francs (225 €) déboursés par ceux qui souhaitaient prendre place à bord pour effectuer le vol Paris CDG – Charleroi. Précision utile, ce prix comprenait le trajet aller en car jusqu’à l’aéroport de Paris Charles de Gaulle…

Pour traverser l’Atlantique, le billet est nettement plus cher : entre 2500 et 3000 euros pour le vol Paris-New York. Et bien plus encore pour rejoindre le Brésil. Très vite, les vols vers Rio et Caracas se font avec la moitié des sièges vides. De quoi pousser Air France et British Airways à ne conserver qu’une seule destination : les Etats Unis. Et la stratégie va se révéler payante puisqu’en 1986, la ligne Paris – New York est rentable. Dans les sièges de l’avion se retrouvent des hommes d’affaires pressés et des « people » fortunés : si ce n’est pas un « must », voler en Concorde est tout de même un privilège qui ne manque pas d’impressionner « monsieur tout le monde ».

Archive 26/09/1977: le Concorde arrive à Ostende, parti de Paris 22 minutes plus tôt

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Archive 31/03/1983: le Concorde de passage à Gosselies

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Le crash de Gonesse, fatal

Le 25 juillet 2000, le Concorde immatriculé F-BTSC doit emmener à New York 100 passagers dont 96 Allemands. Lors de son décollage depuis la piste 26 de l’aéroport Charles-de-Gaulle, l’avion s’embrase. Alerté par la tour de contrôle, le pilote tente de rejoindre le Bourget. En vain. Treize minutes après son décollage, le Concorde s’écrase à Gonesse sur un hôtel, tuant les 100 passagers ainsi que les 9 membres d’équipage et 4 personnes au sol. L’enquête permettra de déterminer que c’est une lamelle de métal perdue par l’un des appareils de la compagnie américaine Continental Airlines sur la piste de l’aéroport de Roissy-CDG qui a provoqué l’éclatement d’un pneu du train d’atterrissage du supersonique, dont les débris ont perforé un réservoir d’essence du Concorde, qui s’est enflammé.

Il faudra quatorze mois pour qu’un Concorde retrouve le ciel avec des passagers à son bord, entre Paris et New York. Mais le supersonique ne réussira jamais à se remettre du crash de juillet 2000. En 2003, Air France et British Airways font voler une dernière fois le prestigieux de leurs avions. Le Concorde, désormais, se visite dans les musées.

Archive 25/07/2000: crash du Concorde à Gonesse

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