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Il y a 61 ans explosait la Tsar Bomba, la bombe H la plus destructrice de l’Histoire

L'oeil dans le rétro

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Le 30 octobre 1961, se déroule un événement qui ébranle le monde, au sens propre comme au figuré : la Russie teste sa bombe H, celle qui reste à ce jour, la plus destructrice créée par l’homme. Retour sur cet événement qui 'retentit' particulièrement dans l’actualité.

Au-dessus de la Nouvelle-Zemble, tout au nord de la Russie, dans l’Océan arctique, le major Andrei Dournotsev, aux commandes de son tupolev, largue une bombe de huit mètres de long et de deux mètres de diamètre. C’est une bombe H, c’est-à-dire à fusion nucléaire et c’est surtout la plus grosse jamais conçue : en ce 30 octobre 1961, elle est lâchée à 13.000 mètres d’altitude, équipée de parachute pour permettre au tupolev d’avoir le temps de s’éloigner avant l’explosion. Après une chute libre de près de 9 kilomètres, elle explose à 4000 mètres au-dessus du sol et le champignon atomique fera 64 kilomètres de haut.

Cette bombe est un véritable monstre : elle reste encore à ce jour la plus grosse bombe atomique de l’histoire. Les Russes l’avaient baptisé Ivan, les Américains lui donnèrent un nom plus évocateur : la Tsar Bomba

Image d’illustration : champignon formé par Ivy Mike, le tout premier essai d’une bombe à hydrogène, en 1952.
Image d’illustration : champignon formé par Ivy Mike, le tout premier essai d’une bombe à hydrogène, en 1952. © Tous droits réservés

Bien plus puissante que la bombe nucléaire larguée sur Hiroshima

La reine des bombes est bien plus destructrice que Little Boy, celle qui a rasé Hiroshima en 1945.

L’énergie contenue dans la bombe d’Hiroshima était de 15 kilotonnes. On estime qu’elle a fait 100.000 morts. La bombe soviétique de 1961 qui a explosé au-dessus de la Nouvelle-Zemble, archipel au nord de la Russie, avait une puissance de 50 mégatonnes.

Soit 3333 fois plus puissante. Elle détruit tout à 100 kilomètres à la ronde. Et au départ, il était prévu que cette bombe soit deux fois plus puissante. C’était le souhait de Nikita Khroutchev, soucieux de démontrer la puissance soviétique mais inquiète des retombées, le concepteur de la bombe lui fit admettre qu’on pouvait se limiter, à 50 mégatonnes au lieu des 100 initialement prévues.

Et ce physicien nucléaire, concepteur de la bombe est d’ailleurs devenu célèbre par la suite : il s’agit d’Andreï Sakharov.

Il avait été un des pères de la bombe atomique soviétique, pour rattraper le retard sur les Américains. Il participa ensuite à la conception de la bombe H puis à la tsar bomba, mais dans les années qui suivent, il se pose de plus en plus de question : quel sens a tout cela ?

La course aux armements nucléaires est un risque existentiel pour le monde, particulièrement, estime-t-il, dans son pays, l’URSS qui cumule militarisation excessive et bureaucratie d’Etat. C’est comme cela que Sakharov voyait son pays dans les années 70. Les choses n’ont pas tellement changé 50 ans plus tard. Quoi qu’il en soit, le père de la tsar bomba est entré en dissidence, il se verra décerner le prix Nobel de la paix, il deviendra un symbole de la liberté d’expression mais il a dû vivre en résidence étroitement surveillée. On ne remet pas impunément en cause la doctrine militaire nucléaire soviétique.

Andrei D. Sakharov l’année de son prix Nobel de la paix, en 1975.
Andrei D. Sakharov l’année de son prix Nobel de la paix, en 1975. © Tous droits réservés

Le début de la course à l’armement nucléaire

Cette doctrine nucléaire se fondait sur la dissuasion à l’époque des deux blocs où Est et Ouest se sont faits face durant la guerre froide. Et cette course aux armements effrénée a encore des conséquences aujourd’hui.

On peut dire que l’arsenal nucléaire mondial est la conséquence directe de la guerre froide. Ainsi, selon les chiffres de l’Institut de recherche international pour la paix de Stockholm, les États-Unis détiennent environ 5500 ogives nucléaires et la Russie 6000. À comparer aux 225 têtes nucléaires britanniques et aux 290 françaises. En dehors de ces 4 là, 5 autres pays détiennent l’arme atomique, tous en Asie : Israël, l’Inde, le Pakistan, la Chine et bien sûr la Corée du Nord. Mais au total, 9 armes nucléaires sur 10 dans le monde sont soit russes soit américaines.

Et parmi ces armes nucléaires, on parle d’armes stratégiques et d’armes tactiques. Les premières ce sont les héritières de la tsar bomba : d’une puissance telle qu’elles doivent dissuader tout ennemi de vous attaquer.

Les armes tactiques ont quant à elles une puissance limitée parce qu’elles ont théoriquement vocation à pouvoir être utilisées sur un champ de bataille. Concrètement, elles sont conçues pour frapper des cibles à des distances relativement proches, jusqu’à 300 kilomètres selon un document de l’Otan. Quant à la puissance, elle va de 1 à 100 kilotonnes. Pour rappel, Hiroshima et Nagasaki étaient de l’ordre de 15 et de 20 kilotonnes. Mais quand on voit la force de l’irradiation et l’importance des victimes et des destructions qui en ont résulté, il y a de quoi réfléchir à deux fois avant de les déclencher. Le risque paraît énorme mais évidemment on ne peut rien exclure.

En résumé, depuis 1945, la menace nucléaire varie en intensité en fonction des tensions internationales. Et qu’elles soient tactiques ou stratégiques, l’existence même des armes nucléaires fait courir un risque à l’humanité.

Un Tupolev Tu-95 MS, bombardier stratégique de la Russian Air Force
Un Tupolev Tu-95 MS, bombardier stratégique de la Russian Air Force © Tous droits réservés

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