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Il y a 75 ans était publié "Le Journal d’Anne Frank" : chronique d’un témoignage au succès mondial

Les 75 ans du Journal d’Anne Frank avec Philippe Robinet et Annette Wieviorka

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Le 25 juin 1947 est publié le Journal d'Anne Frank, récit poignant d'une jeune juive exilée aux Pays-Bas, devenue le visage des victimes de la Shoah. Pour cet anniversaire, Entrez Sans Frapper recevait Philippe Robinet, éditeur de Calmann-Lévy et l'historienne Annette Wieviorka.

25 juin 1947 : un journal intime d'une jeune fille juive allemande, qui s'était cachée dans 'l'Annexe' du 263 Prinsengracht, pendant deux ans à Amsterdam est publié chez Contact Publishing. Son nom, Anne Frank, restera dans les mémoires. En quelques années, le livre se vend à des millions d'exemplaires et Anne devient le visage des victimes des camps de la mort.

La jeune fille, qui rêvait de devenir écrivaine, a tenu ce journal intime du 12 juin 1942 au 1er août 1944. Trois jours plus tard, elle est arrêtée puis déportée avec sa famille au camp de concentration d'Auschwitz. Elle meurt, tout comme sa sœur Margot, sept mois plus tard du typhus dans le camp de Bergen-Belsen. Seul son père Otto Frank s'en sortira vivant et travaillera à la publication de ces écrits. Ils restent un témoignage précieux pour les historiens d'une famille juive vivant sous l'occupation de l'Allemagne nazie aux Pays-Bas.

Pourquoi ce document, qui n'est pas la seule trace écrite laissée par les juifs traqués par les nazis, a-t-il connu un succès si retentissant ? Analyse.

Un devoir de mémoire

Premier élément de réponse : 80 ans après, les premiers mots couchés sur le journal intime de cette victime de l'Holocauste s'ancrent encore dans l'actualité.

Philippe Robinet, directeur général des Éditions Calmann-Lévy, justifie ainsi la sortie d'une réédition de ce journal par son incroyable universalité. "Elle est une jeune fille de son époque, qui rêve d'être écrivaine, qui couche sur papier cachée dans cette annexe ses envies, ses rêves de jeune fille. Au moment où les derniers survivants de la Shoah nous quittent, c'est important que ce livre continue à irriguer et dire ce qu'a été cette époque" souligne-t-il.

Une telle réédition fait aussi partie du devoir de mémoire"C'est aussi le livre d'une jeune fille prise dans la guerre et les enfants victimes de conflits il y en a dans le monde : les enfants soldats, les victimes de génocide. Republier le journal d'Anne Frank c'est aussi affirmer que ce journal dit des choses sur notre monde".

DESK / ANP / AFP

L’œuvre littéraire de celle qui se rêvait écrivaine

Pour l'historienne française Annette Wieviorkaspécialiste de la Shoah et de l'histoire des Juifs au XXe siècle, il s'agit d'un "document exceptionnel sur ce huis clos de cette famille et de quelques autres qui vivent (cachées) plus de deux années".

Le Journal d'Anne Frank s'impose aussi par sa nature même. Plus qu'un journal intime, elle "imaginait déjà son journal comme une œuvre littéraire" pour l'historienne. La jeune fille, qui se met à écrire le jour de ses 13 ans, après avoir reçu un carnet pour son anniversaire, envisage déjà deux versions, une A et une B, corrigée. 

La dimension sociologique de cette œuvre a aussi eu une portée retentissante. "Le Journal fait rentrer dans l'adolescence : la transformation du corps, les émois amoureux, l'hostilité à la mère" ajoute Annette Wieviorka. Cette pluralité des sujets, ces autres niveaux de lecture, permettent aussi de toucher un large lectorat, qui n'est "pas nécessairement intéressé par la persécution des juifs mais par une transformation d'une petite fille en jeune fille dans ce huis clos".

Les jeunes filles qui lisent souvent ce journal pour l'école, se reconnaissent par exemple dans le vécu d'Anne Frank. "Il y a quelque chose qui est proche de l'universel de la relation mère-fille pendant cette période du tout début de l'adolescence".

La renommée mondiale grâce à… Broadway

Le succès du Journal d'Anne Frank, c'est aussi celui du bouche à oreille. Car il se met longtemps à se dessiner.

C'est Manès Sperber, romancier et éditeur de Calmann-Lévy qui reçoit Het Achterhuis par une amie hollandaise et l'édite en France. Il en parle à son ami éditeur chez Doubleday aux États-Unis. La version anglaise est alors publiée et "Broadway s'en empare et il y a une comédie musicale qui se fait autour de ce huis clos (NDLR : The Diary of Anne Frank de Frances Goodrich et Albert Hackett entre 1955 et 1957) et là ça devient un phénomène absolument mondial" raconte Philippe Robinet.

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Toujours le flou autour de l’arrestation de la famille Frank

Annette Wieviorka est aussi revenue sur la question mystérieuse qui taraude encore aujourd'hui de nombreux historiens et passionnés : celle des circonstances de la dénonciation.

Comme la plupart de ses confrères, l'historienne fustige l'enquête qui aurait ciblé le dénonciateur, qui a d'ailleurs été retirée du commerce. Elle nuance par contre : "Il y a eu très probablement dénonciation, elle est probablement liée à une affaire de marché noir et au repérage d'une ouverture de la cachette (dans une bibliothèque) et que le nazi qui a procédé à l'arrestation d'Anne Frank est connu. Il a été interrogé. Mais c'est tout. Il y a probablement un hasard. Ce qui est terrifiant c'est que cette arrestation a lieu après le Débarquement et que les Frank partent par le dernier convoi qui part pour Auschwitz de Westerbork et à quelques jours le destin de la famille Frank aurait été très différent".

Otto Frank et sa famille étaient cachés au 263 Prinsengracht. En 1979, il montre la cachette à la reine Juliana des Pays-Bas.
Otto Frank et sa famille étaient cachés au 263 Prinsengracht. En 1979, il montre la cachette à la reine Juliana des Pays-Bas. © Tous droits réservés

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