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Il y a plus de 25 ans, l’Australie restreignait l’accès aux armes : un exemple pour les USA ?

Des personnes en deuil visitent un mémorial pour les victimes de la fusillade de mardi dans une école primaire, sur la place de la ville d’Uvalde, le 26 mai 2022 au Texas.

© GettyImages

27 mai 2022 à 14:59Temps de lecture3 min
Par Estelle De Houck

Après la fusillade qui a coûté la vie à 19 enfants et deux adultes dans une école texane, l’histoire se répète aux Etats-Unis. Les tueries de masse se succèdent, ravivant à chaque fois le sempiternel débat sur la vente d’armes… qui n’aboutit à aucun changement législatif. Pourtant, les campagnes de désarmement sont possibles, et ont déjà fait leurs preuves ailleurs. Zoom sur l’Australie.

Tout commence le 28 avril 1996 dans la station balnéaire de Port Arthur. Ce jour-là, Martin Bryant pénètre dans un café de cette ville de Tasmanie et tue 35 personnes au fusil semi-automatique. L’homme – psychologiquement instable – blesse 28 autres personnes sur le coup.

C’est un traumatisme pour l’Australie, qui vient de vivre sa plus grosse tuerie de masse. Et pour la classe politique, c’est un électrochoc : la législation doit changer.

Le National Firearms Agreement

Sans détour, le Premier ministre de centre droit à l’époque, John Howard – en fonction depuis seulement six semaines -, parvient à mobiliser les six états du pays afin d’uniformiser les lois sur les armes.

Au menu de cet accord national intitulé NFA (pour National Firearms Agreement) : la création d’un registre des armes appartenant à des particuliers, l’imposition du permis pour toute nouvelle arme achetée (avec un délai de 28 jours) ainsi que l’interdiction des fusils automatiques, semi-automatiques et à pompe.

Le hic : à l’époque, un certain nombre de ces armes désormais illégales continuent de circuler dans le pays. Bien décidé à débarrasser le citoyen de ces armes interdites, le gouvernement australien met en place un système de rachat durant douze mois. Chaque propriétaire est alors invité à rendre ses armes à l’État, en échange de quoi il reçoit une somme d’argent fixée par un comité national, calculée sur le prix du marché.

Quant aux citoyens possédant des armes illégalement, l’amnistie leur est offerte – mais sans compensation financière.

Des armes détruites et des vies sauvées

Au total, plus de 650.000 armes à feu auraient été rapportées, puis détruites par les autorités. Selon le media américain Vox, cela représenterait 20% des armes à feu détenues à l’époque par des propriétaires privés. Une étude de l'Université de Sidney parle même d'un millions d'armes détruites - soit un tiers de celles appartenant aux citoyens. 

En termes de vies sauvées, cette politique de désarmement est une réussite, comme l’indique une étude de l’Université d’Harvard publiée en 2011. En sept ans, le taux de suicide par arme à feu aurait diminué de 57%. Quant au taux d’homicides, il aurait diminué d’environ 42%.

En outre, alors que l’Australie avait connu 13 tueries causant la mort de minimum cinq personnes (sans compter l’assaillant) au cours de 18 ans avant le massacre de port Arthur, il n’y en aurait eu que deux depuis lors. Une en 2018 et l’autre en 2019, selon Slate.

Quid des USA ?

A noter que d’autres pays ont également restreint l’accès aux armes à feu après une tuerie de masse. Pensez à la Nouvelle-Zélande. Moins d’un mois après les attentats de Christchurch en mars 2019, un texte de loi prévoyant l’interdiction des armes semi-automatiques et militaires ainsi qu’un programme de rachat d’armes a directement été voté.

Même chose en 2020 au Canada où, moins de 15 jours après la tuerie en Nouvelle-Écosse, Justin Trudeau instaure immédiatement l’interdiction de plus de 1500 modèles d’armes à feu ainsi qu’un rachat d’armes.

Ce genre de décision serait-elle applicable aux Etats-Unis ? Rien n’est moins sûr. Comme le rappelle France24, l’Australie ne dispose pas de frontières terrestres, ce qui représente "un atout considérable pour contrôler la circulation des armes à feu."

Par ailleurs, le National Firearms Agreement est le fruit d’un consensus politique inimaginable aux Etats-Unis, tant la culture du port d’armes y est tenace et que son business pèse lourd. 

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