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Il y a vingt ans, la Belgique dépénalisait l’euthanasie : "On est passé de la mort isolée, souvent dans un hôpital, à une mort solidaire avec ses proches"

Dossier de la rédaction

L'évolution de la loi pour l'euthanasie

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27 mai 2022 à 07:06 - mise à jour 27 mai 2022 à 14:26Temps de lecture3 min
Par Adeline Louvigny sur base d'une interview de Pascal Claude

Ce 28 mai, cela fera vingt ans que la Belgique dépénalisait l’euthanasie. Jacqueline Herremans, présidente de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité et membre de la Commission fédérale d’évaluation et de contrôle de la loi relative à l’euthanasie, était dans notre matinale de La Première ce vendredi matin.

Il ne s’agit absolument pas de banalisation de la vie ou de la mort, mais surtout de pouvoir se réapproprier la mort

Certains disaient il y a deux décennies qu’avec cette dépénalisation, on allait vers une sorte de banalisation de la vie et de la mort. 20 ans plus tard, on est "loin de là, explique Jacqueline Herremans. Il ne s’agit absolument pas de banalisation de la vie ou de la mort, mais surtout de pouvoir se réapproprier la mort, de pouvoir se réapproprier ces derniers moments. Et ce que je peux dire, c’est qu’on est passé de la mort isolée, souvent dans un hôpital, à une mort solidaire avec ses proches qui peuvent être préparés à ce départ. Avec le médecin aussi, qui pose un geste qui est tout sauf banal, avec également le fait que l’on a pu préparer et construire ce moment."

Car le choix de l’euthanasie est un long processus. "Si l’euthanasie en elle-même, c’est quelques minutes, pas plus, en amont ce sont des entretiens. Ce sont également des possibilités qui sont offertes à la personne en disant bien sûr, l’euthanasie est possible, dans votre cas, vous remplissez des conditions, mais n’y a-t-il pas d’autres options possibles ? Et donc cela permet parfois effectivement de ne pas recourir à l’euthanasie, mais de pouvoir appréhender, je dirais, d’autres traitements, par exemple de pouvoir aller plus loin dans la vie." Et de pouvoir faire marche arrière. "Je pense à un cas bien précis. Il s’agit d’un homme jeune qui, quand il avait 25 ans, avait demandé l’euthanasie pour raison psychiatrique. Il a pu rencontrer des médecins qui ont entendu sa demande, mais en revanche, ces médecins lui ont proposé des solutions alternatives. Et aujourd’hui, il est certes encore, je pense, quelque peu fragile, mais il vit et il a des projets de vie. Il a par exemple le projet certainement de voyager, mais peut-être de vivre en couple, d’avoir un enfant. Il se projette dans l’avenir, ce qui ne faisait plus il y a quelques années."

L’euthanasie, c’est en quelque sorte le dernier soin, "c’est la raison pour laquelle le médecin qui accompagne le patient jusqu’à cette dernière seconde doit connaître son patient parce qu’il est impossible de poser ce geste, cet ultime soin par rapport à un patient qui débarquerait dans le cabinet médical en demandant l’euthanasie."

Depuis la dépénalisation de l’euthanasie, 27.000 personnes y ont eu recours en Belgique. "Mais au-delà de ce chiffre, il y a aussi les proches qui ont pu accompagner la personne. Il y a les équipes médicales. Très souvent, lorsqu’une euthanasie a été réalisée dans une maison de repos ou un hôpital, des infirmiers, des infirmières qui étaient éventuellement réticentes par rapport à ce choix de fin de vie et ont vu que tout cela se passe d’une manière très sereine, n’ont plus cette appréhension pour la prochaine demande d’euthanasie."

Le carcan de la déclaration anticipée

On se souvient qu’en 2014, la loi avait été modifiée pour ouvrir l’euthanasie aux enfants et aux adolescents. Si cette législation est considérée comme assez souple, "il y a encore un point qui nous pose réellement problème et cela depuis que l’on a voté cette loi, c’est la déclaration anticipée. Beaucoup de personnes pensent que pas de problème, j’ai rempli ma déclaration anticipée, donc quand je ne serais plus en état de confirmer ma demande, on pratiquera l’euthanasie. C’est hélas faux, dans beaucoup de cas. La personne doit se trouver dans une situation médicale évidemment sans issue, avec une affection grave et incurable. Elle doit être inconsciente et la situation doit être irréversible au regard de la science, son état actuel de la science. Cela étant, on a interprété cela comme, entre guillemets, le coma irréversible. Ce qui veut dire qu’il y a très peu de personnes qui peuvent entrer dans cette définition."

"La déclaration anticipée, c’est un carcan. On ne peut pas moduler les circonstances dans lesquelles on estimerait que l’on pourrait obtenir l’euthanasie. Et donc ce que l’on souhaiterait, et la chose est possible, par exemple aux Pays-Bas, c’est qu’on fasse voler en éclats ce carcan et que la personne puisse moduler avec l’aide, par exemple d’un professionnel de la santé, les circonstances, le contexte dans lesquelles je souhaiterais que l’euthanasie soit pratiquée."

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