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Iliona revient avec un deuxième projet solaire et maîtrisé, Tête Brûlée

© Manuel Obadia-Wills

14 janv. 2022 à 13:45Temps de lecture8 min
Par Diane Theunissen

L’heure a sonné : un an après le subjuguant “Tristesse”, l’étoile montante de la chanson française Iliona nous offre “Tête Brûlée”, un second EP aux allures de journal intime décomplexé. Au programme : des balades pop imbibées de sonorités yéyé, des sons électro qui rappellent tantôt Flavien Berger, tantôt Sébastien Tellier, le tout porté par un piano-voix sans pareil, qui envoûte et ensorcelle. Neuf morceaux éclectiques, organiques et nuancés qui, chacun à leur manière, traduisent les états d’âme d’une jeune bruxelloise spontanée.

Salut Iliona ! Ton deuxième projet, Tête Brûlée, sort le 14 janvier. Comment est-ce que tu te sens par rapport à cette sortie ?

J’ai trop hâte. Ça fait longtemps que je travaille dessus, et puis, je bosse tellement dans ma bulle, sans parler à personne, qu’une fois que j’ai fini j’attends juste que ça sorte (rires). Quand j’ai sorti mon premier projet, c’était vraiment la toute première fois que j’avais une prise de parole. Je ne m’attendais à rien. Maintenant, ça va être toutes mes deuxièmes fois !

Quels sont les thèmes abordés sur Tête Brûlée ? Quel est le message que tu as voulu faire passer ?

Rien n’est prémédité quand je travaille. Je compose tout le temps, et au fur et à mesure que le temps passe, une chanson reste, une chanson sort du lot. Je crée mon projet comme ça, en gardant les chansons qui me plaisent le plus. C’est après avoir fait ma playlist de maquettes avec les chansons que je voulais garder que je me suis rendu compte que c’était un projet à part entière. De quoi il parle, je n’en sais rien. C’est tout et n’importe quoi, c’est les chansons que je préfère. Je me souviens que quand j’ai fait mes premiers liens avec mes maquettes, je les avais envoyés à quelques potes, et l’un de mes amis m’a dit “Ça change tout, c’est hyper différent de Tristesse”. Il m’a dit que c’était hyper joyeux, que je parlais moins de moi et plus des autres. C’est lui qui m’a fait me rendre compte que c’était un EP beaucoup plus solaire. Je n’ai pas envie de dire que c’est un EP joyeux, mais c’est plus rythmé. Je me suis plus amusée, je crois. Sur Tristesse, j’avais fait ma sélection de morceaux avec beaucoup de pudeur, j’étais plus timide. Je ne prenais pas de risque. Sur Tête Brûlée, on retrouve plus de lâcher-prise.

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C’est ce lâcher-prise qui t’a donné l'idée du nom de l’EP ?

Oui, à 100%. Sur Tristesse on retrouve des morceaux assez calmes où le texte est beaucoup mis en valeur. Là, c’est plus des morceaux dansants, rythmés, où le texte est parfois un peu plus léger, un peu plus flou. C’est plus volatile. Pendant la conception de Tête Brûlée, je me posais beaucoup moins de questions. C’était vraiment libérateur. Mon but c’était de m’amuser, et quand j’écoutais mes maquettes, je dansais, j’étais trop contente. C’est un EP qui m’a rendue plus euphorique dans la conception.

Tu définis ce projet comme libérateur. Est-ce que le fait de mettre tes émotions en musique t’aide à les communiquer à ton entourage ?

Tout à fait. Tristesse c’était un EP d’introspection où j’avais besoin de parler de plein de choses. C’était assez grave et triste. Mais c’est simplement le reflet d’une période de vie, c’était complètement raccord avec ma vie à ce moment-là. Pour Tête Brûlée, j’ai passé une année beaucoup plus heureuse, aussi dans ma vie personnelle. Je suis très amoureuse de mon mec, on est super bien ensemble, donc il y a aussi plein de chansons d’amour qui sont juste des célébrations de ça. Ce sont deux moments différents dans une vie. Écrire des chansons joyeuses, je n’ai jamais pensé que j’arriverais à le faire. Et là je le faisais pas exprès, j’avais juste envie de faire des trucs dansants et rigolos. Je me suis laissée porter par ce que j’avais envie de faire.

© Manuel Obadia-Wills

Est-ce que tu dirais que ce projet t’a permis de réaliser qu’en plus de l’aspect nostalgique de ton projet, il y avait de la place pour autre chose ?

C’est tout à fait ça. En plus, puisque j’ai fait beaucoup de promo pour Tristesse, j’ai passé trois mois à chanter “Moins Joli” au piano et à expliquer pourquoi mon EP s’appelait Tristesse (rires). Mais c’est pas grave, c’est même plutôt chouette : j’ai eu une chance de dingue de pouvoir le défendre. Mais du coup dès que je rentrais chez moi, j’avais pas du tout envie de parler de ça. C’était complètement inconscient, mais j’avais plutôt envie de faire l’opposée. Ça me ressemble beaucoup, je passe souvent d’un truc à son contraire. Je pense que le fait d’avoir défendu l’EP pendant longtemps, ça m’a donné envie d’aller chercher autre chose. Tête Brûlée fait autant partie de ma personnalité que Tristesse, c’est juste un autre aspect.

Tu as mentionné que l’écriture de chanson te venait plutôt naturellement. Quel est ton processus de création ?

C’est toujours la même configuration : je fais tout, toute seule, dans ma chambre à Bruxelles. J’étais aussi beaucoup à Paris pour travailler sur la promo, mais je ne composais pas à Paris. Du coup, dès que je rentrais à Bruxelles – ou que j’allais chez mon mec – j’étais à nouveau dans mon cocon et je me réfugiais là-dedans pour composer autre chose. À l’époque, je ne me rendais pas compte que j’étais en train de composer la suite, c’était simplement pour me changer les idées. C’est comme quand tu fais de la peinture pendant que tu révises pour tes examens (rires).

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Où as-tu enregistré les morceaux de l’EP ?

Dans ma chambre ! C’était déjà le cas pour Tristesse, et j’ai décidé de continuer sur ma lancée avec Tête Brûlée. Quand tu composes et que tu commences à tester des mélodies en mettant des mots dessus, tu enregistres tout vite fait. Parfois, j’enregistrais même avec mon téléphone. Ces moments-là sont tellement instinctifs, tu ne te rends pas forcément compte que t’es en train d’enregistrer des trucs qui peuvent rester. Il y a plein de prises de voix que je n’ai jamais réussies à faire aussi bien et de façon aussi libérée qu’à ce moment-là. Quand t’essayes de le refaire au propre, tu sens que t’es plus concentré, et que ta voix n’a plus la même intention : elle ne s’en fout pas assez. Ça m’arrive souvent de garder des prises de voix du tout début. Je me souviens que pour “Tête Brûlée”, j’étais chez mon mec et il était aussi en train de bosser donc il fallait pas que je fasse trop de bruit. J’étais avec mon casque, et j’ai fait de petites harmonies que j’ai enregistrées avec mon tel genre ultra pas fort (rires). Ensuite j’ai envoyé le mémo vocal sur mon logiciel, j’ai trifouillé un peu, et il y a plein d’harmonies qui sont restées. J’attache de l’importance à ce genre d’anecdotes, ça me fait du bien de laisser des trucs pas faits exprès, des accidents, en somme. Je trouve que ça donne de la vie, et c’est sincère.

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Cette sincérité est très présente dans ton projet. J’imagine que le fait que les morceaux soient si différents en terme de style reflète cette dimension-là aussi.

Exactement, ça ne me ressemble pas du tout de faire quelque chose de lisse. Quand je travaille avec mon mixeur, il a parfois tendance à faire des trucs super propres – vu que c’est son travail –, et moi je suis là “nan vas-y on rajoute de la crasse, on rajoute un bruit de fond” (rires). Ça me représente, et c’est ma manière de travailler.

On entend beaucoup de piano, de guitare, et de basse sur cet EP. Quelle était ton intention derrière ce choix ?

C’est tout simple : j’ai écouté énormément de rock ces derniers mois. La guitare, j’y connaissais rien : j’ai jamais joué de guitare de ma vie, mais j’en ai reçue une pour mon anniversaire cette année du coup j’avais trop envie de l’utiliser tout le temps (rires). Et surtout j’ai écouté énormément les Beatles, et aussi les Strokes, que j’ai découverts cette année. C’était la révélation. Je connaissais de nom, mais je ne m’étais jamais plongée dedans. J’ai rarement eu des coups de coeur pareils, où t’écoutes un groupe en boucle et t’as limite hâte d’être dans le bus pour l’écouter. J’ai écouté les Strokes tous les jours, et forcément ça s'est transposé dans ma musique. J’avais trop envie de rajouter des guitares partout.

© Manuel Obadia-Wills

Certains de tes morceaux, comme “Si tu m’aimes demain” et “Cocoon”, ont également une vibe rétro très assumée. D’où vient cette influence yéyé ?

C’est drôle, je n’avais jamais entendu parler du yéyé avant que mon mec me dise que j’avais un truc "yéyé". Maintenant on m’en parle tout le temps et je suis hyper d’accord avec ça : j’ai un côté yéyé. Mais je ne sais pas d’où ça vient, c’est juste un genre que j’aime et que j’ai toujours écouté sans vraiment y faire attention. “Cocoon" c’est une chanson que j’ai écrite presque pour rire, c’était pas du tout prise de tête. Je l’ai écrite en 15 minutes pour faire une blague à mon mec, sur le moment c’était n’importe quoi. Et puis c’est lui qui m’a dit que la chanson était bien et que je devais la garder. Tu vois un peu l’ambiance de la création de l’EP (rires).

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Il y a également un aspect très électro sur cet EP. Pourquoi avoir opté pour un tel éclectisme ? Est-ce que c’était voulu ?

C’est voulu, mais ce n’est pas prémédité. Je n’aime pas écouter un album où toutes les chansons se ressemblent. Ce n’est même pas une question de direction artistique, simplement, ça m’ennuie d’écouter un album où t’as l’impression que tout se suit. Sauf quand c’est vraiment très bien (rires). J’écoute des choses tellement différentes quand j’écoute de la musique, je mets tout en aléatoire et il y a tout et n’importe quoi qui se suit. Dans ma musique, c’est pareil : il y en a pour tous les goûts. Quand je fais ma track list, je n’aime pas me dire que deux chansons se ressemblent. Mais ça se fait naturellement. Moi je sais que c’est rare que j’aime un album en son entièreté. Je pense qu’aujourd’hui c’est rare qu’on aime un album du début a la fin, souvent on pioche deux ou trois chansons qu’on kiffe, on les met dans notre playlist et voilà. Du coup je m’en fous que les gens aiment l’EP de A à Z, mon but c’est que s’ils écoutent l’EP en entier, ils gardent au moins une chanson. Du coup si il y a plein de styles différents tant mieux, ça peut plaire à plus de monde.

Est-ce qu’il y a d’autres artistes qui t’ont influencée pour ces compositions électro ?

Pas vraiment. Quand je fais de l’électro, je ne sais jamais vraiment ce que je suis en train de faire (rires). Ce n’est pas un style évident : tout passe par la rythmique, donc une fois que tu as trouvé ta batterie, tu peux comprendre l’énergie du morceau mais en même temps si tu mets des accords tristes, ça va rester une chanson triste. Tu peux vraiment tout faire avec l’electro et les sonorités synthétiques. J’adore ça, quand j’enregistre des guitares j’ajoute toujours de la distorsion pour les rendre presque dissonantes. Mêlés ensemble, ça fait des trucs que je kiffe et qui sont complètement improbables. J’adore aussi les beats dansants, j’étais trop contente de les mettre dans cet EP-là parce que il n'y en avait pas du tout sur Tristesse alors que c’est un truc que j’adore faire et qui me ressemble. Sur Tristesse j’étais un peu timide de faire ça parce que j’avais pas l’impression que c’était pas assez bien. Sur Tête Brûlée je n'ai pas l’impression que c’est incroyable mais au moins ça me fait kiffer. Ça m’a fait danser chez moi ! 

Quel est ta chanson préférée sur ce projet ?

Celle qui m’émeut à chaque fois, c’est la dernière, “quelque chose de”. C’est la dernière que j’ai écrite sur tout le processus, je l’ai écrite très vite, c’est quasiment que de l’instrumental et le texte est très court. Ce que j’aime bien, c’est qu’elle est hors des codes. J’adore me faire plaisir sur quelques morceaux, et de temps en temps, faire un truc qui n’a pas de sens. J’ai beaucoup aimé la faire, mais surtout le texte me touche beaucoup. Meme s’il est assez simple, il compte beaucoup pour moi. C’est pour ça que je l’ai mise en dernière, j’ai toujours aimé placer un morceau intime en dernier dans la track list : c’est le dernière chose que tu dis avant de lâcher le projet !

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Tête Brûlée, c’est un projet qui reste fidèle à l’univers nostalgique, tendre et lunaire de l’artiste, mais qui s’en éloigne juste assez pour nous garder bien éveillés. Venez découvrir cette pépite en live au Botanique le mercredi 19 janvier ! 

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