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“Ils avaient des vêtements sales et troués”. Choqué, Jérôme Baku, sans papier, devient le styliste des migrants

Jérôme Baku, sans papier, anime un atelier couture avec des migrants.

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24 sept. 2020 à 09:46Temps de lecture2 min
Par Constance Lecomte

Ils avaient des vêtements sales et troués”. C’est la première image que Jérôme Baku, demandeur d’asile congolais, a des autres migrants lorsqu’il arrive au centre d’accueil La Halte humanitaire, à Paris. Choqué par cette première rencontre, il décide de lancer un atelier couture. C’est ce qui m’a donné l’idée de les customiser. Pour leur donner l’envie de vivre mieux. Quand on est dans la rue, qu’on porte des vêtements troués, souvent on est discriminé nous explique-t-il.

Il devient alors le styliste sans papier des migrants. Autour d’une table et d’une machine à coudre, ils choisissent un t-shirt de couleur uni et un wax, un tissu africain. Ils sélectionnent ensuite un modèle parmi vingt dessinés par Jérôme Baku lui-même. Vient alors la confection du t-shirt sous la supervision du styliste des migrants.

Jérôme Baku confectionne des t-shirts avec d’autres migrants.
Jérôme Baku confectionne des t-shirts avec d’autres migrants. AFP

Un couturier sculpteur

Jérôme Baku n’est pas couturier de métier. Il est sculpteur, diplômé des Beaux-arts de Kinshasa. Mais la couture ne lui est pas étrangère. A neuf ans, il apprend les ficelles du métier au côté de son frère, lui-même couturier. Quand il cousait, je le regardais. Je lui demandais des explications, comment il faisait […] C’est ce qui m’a donné envie de faire des vêtements nous explique Jérôme Baku.Je suis devenu couturier parce que je voulais dessiner et réaliser des choses. Et puis, nous les Congolais, on aime bien s’habiller. C’est ce qui m’a donné l’envie de créer mes propres vêtements” complète-t-il.

Sculpteur, Jérôme Baku est aussi devenu couturier.
Sculpteur, Jérôme Baku est aussi devenu couturier. AFP

Transmettre son savoir-faire

Pour Jérôme Baku, la transmission de son savoir-faire est cruciale. “Pour moi, c’est vraiment très important de montrer aux gens le métier que moi je connais. C’est vraiment bien que je puisse transmettre ce que moi je sais à des personnes qui n’ont pas de métier”. Pour Jérémy Barthez, chef de service de la Halte humanitaire, Jérôme Baku insuffle de l’espoir pour les autres migrants. "C’est aussi un motif pour les personnes qui arrivent en France de voir que d’autres personnes qui sont dans la même situation – administrative – qu’elles, arrivent à s’en sortir, arrivent à développer leur passion, leur activité, à en faire leur métier”, explique-t-il à l’AFP. Mais l’expression artistique de Jérôme Baku ne peut aller plus loin. Son statut de sans-papiers le prive d’aide cruciale pour le développement de ses projets, comme l’absence de soutien financier.

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