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Belgique

Ils sont réservistes à la Défense : "On apprend à mener une guerre"

Les recrues qui participent à la formation pour devenir réserviste à la Défense
05 avr. 2022 à 05:00 - mise à jour 05 avr. 2022 à 18:40Temps de lecture3 min
Par Melanie Joris du service judiciaire

Camp Albert, Marche-en-Famenne. Ce jour-là, quatre recrues participent à une formation au Centre d’instruction et d’écolage Sud (CIBE Sud) pour devenir réserviste à la Défense. Dans le civil, ils sont étudiants ou déjà employés. Une fois leur formation achevée, ces réservistes pourront être amenés à être déployés jusqu’à seize jours par an en Belgique. Rencontre.

Les recrues ont installé leur bivouac à proximité d’une zone ennemie. Pendant 48 heures, plusieurs exercices vont s’enchaîner. Première situation : le candidat réserviste effectue une patrouille sur un sentier quand, soudain, il fait l’objet de tirs. Ici, plusieurs réflexes sont travaillés. Le candidat doit réagir rapidement, tirer, se mettre à l’abri et communiquer la position de l’ennemi au reste du peloton. Tout cela en quelques secondes.

Tout de suite après, place au débriefing avec le lieutenant chargé de la formation. Quelques conseils sont distillés : "Vous avez oublié d’améliorer votre position de sécurité", "Mettez un peu plus d’énergie dans votre déplacement". Martin, un des candidats réagit à chaud, encore un peu essoufflé : "l’important, c’est vraiment la réactivité. Et se protéger, il ne faut pas se prendre une balle".

Martin, étudiant en économie et gestion dans le civil
Martin, étudiant en économie et gestion dans le civil Melanie Joris

Dans le civil, Martin suit des études d’économie et de gestion. À 24 ans, il s’est lancé dans le parcours de réserviste pour plusieurs raisons : "Le sens du devoir. Et la possibilité d’acquérir des compétences comme le respect, la rigueur, le dépassement de soi. La capacité à sortir de ma zone de confort aussi. Autant de compétences qui constituent une plus-value dans le civil", analyse-t-il.

On joue à la guerre, mais sérieusement

Cette formation renforce le mental des recrues. Il y a aussi tout l’aspect technique propre à l’armée comme le maniement des armes. À la question de savoir si les candidats réservistes jouent à la guerre, la réponse de Martin est posée : "On doit pouvoir défendre notre pays s’il y a un problème un jour donc, oui, on joue à la guerre, mais sérieusement. Il faut bien apprendre la guerre pour pouvoir se défendre".

William, réserviste, vient de terminer ses études de finance
William, réserviste, vient de terminer ses études de finance Melanie Joris

William est un autre participant de cette formation. Il vient de terminer ses études de finance. D’ici quelques jours, il commencera son premier boulot dans le civil. En attendant, il est venu suivre sa deuxième session de formation. Pour lui, devenir réserviste est une "super opportunité pour sortir des bureaux". Il ajoute : "Quand on est dans le civil, on a notre train-train. Ici, on voit des choses différentes, on s’entraide, on apprend la gestion d’équipe, le leadership".

Demain, s’il est mobilisé, ce sera dans la marine en tant qu’officier de liaison : "Je serai amené à faire un travail d’intermédiaire dans les ports belges. Je m’occuperai du contact avec les ports étrangers et les autorités locales", détaille-t-il.

Stéphanie, politologue dans le civil
Stéphanie, politologue dans le civil Melanie Joris

La formation se poursuit avec une deuxième mise en situation. Les recrues surveillent l’entrée de leur campement. Stéphanie est en position couchée, les yeux dans le viseur de son arme. Un individu remonte le chemin. Elle doit identifier s’il s’agit d’un ennemi ou d’un ami.

Dans cet exercice, plus étapes doivent s’enchaîner rapidement. "Halte ! Mains en l’air", c’est la première injonction. Stéphanie doit parler fort et distinctement. "Soulevez votre t-shirt. Faites un quart de tour", il faut s’assurer que l’individu n’est pas armé. Jusque-là, tout est sous contrôle. La candidate réserviste permet à l’individu de faire quelques pas en avant. C’est le moment de lui demander le mot de passe. Un mot de passe double, "Liège Ludivine". À trois mètres de Stéphanie, l’individu répond : "Liège Caroline". Il faut réagir et appeler du renfort.

Le débriefing se fait dès la fin de l’exercice. Stéphanie analyse sa prestation : "Je n’ai pas réagi assez rapidement et je n’ai pas fait les sommations de manière audible. Du coup, j’ai dû me répéter". Quant aux compétences sollicitées : "Ici, je pense que c’est la rapidité, les réflexes, être sûre des différentes étapes à suivre et c’est ça qui est parfois difficile dans le feu de l’action".

On est au même niveau que les hommes

Lors de cette formation, Stéphanie est la seule femme. Politologue de formation, experte en communication, elle souhaite mettre ses compétences au service de la Défense. Elle nous explique avoir beaucoup appris sur elle-même depuis qu’elle suit ce parcours : "On apprend à être solidaire, on découvre nos faiblesses et on essaie de les valoriser, à trouver des points d’amélioration et à se dépasser". Elle est aussi fière d’être une femme dans cet univers qui reste très masculin : "On doit montrer qu’on a notre place dans la Défense. On est au même niveau que les hommes et on peut, nous aussi, contribuer de manière positive".

Au sein de la Défense, 3000 places sont prévues pour les réservistes avec des jours de rappel comme Martin, William et Stéphanie. Un peu plus de la moitié de ces places est occupée. Il reste donc des places pour des personnes qui souhaitent mettre leurs compétences civiles au profit de la Défense.

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