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In Cécilia Ntelo-Wa-Leko We Trust, l’inclusion dès la petite enfance

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04 déc. 2021 à 06:35Temps de lecture5 min
Par Jehanne Bergé pour Les Grenades

Dans la série In… We Trust (en français : "Nous croyons en"), Les Grenades vont à la rencontre de femmes arrivées là où personne ne les attendait. Dans cet épisode, direction Zarafa, une crèche qui se veut la plus inclusive possible, et où Cécilia Ntelo-Wa-Leko apprend la tolérance aux tout·es petit·es.

C’est sur l’avenue de Meysse à Laeken, dans une grande maison quatre façades, que se loge la crèche Zarafa, dont le nom est inspiré d’un film d’animation retraçant la grande amitié entre une girafe et un petit garçon. Une longue rampe mène à l’entrée ; à l’intérieur, un espace chaleureux où joue une dizaine de bambins. Certain·es tournent leurs petites mains sur la chanson "ainsi font font font".

Un enfant demande de l’eau en signant. S’il n’est pas malentendant, il a pris l’habitude d’associer le signe à la parole à force d’observer Cécilia Ntelo-Wa-Leko. La directrice de cette crèche met en place un cadre privilégié à l’accueil de tous les bébés, entendants ou pas, ou porteurs d’un handicap léger ou pas.

Je suis éducatrice spécialisée, une crèche classique ne me suffisait pas. J’ai décidé d'y jumeler les questions de handicap et de surdité

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Grandir dans la tolérance et transmettre cette valeur

Son intérêt pour autrui, notre hôte du jour l'a en elle depuis toujours. "Je me rappelle en première primaire, ma prof faisait des projets avec l’association Arc-en-ciel. On organisait des activités avec des enfants porteurs de handicaps. J’adorais jouer avec ce groupe." Chez sa maman, elle vit et grandit à côté d’une voisine sourde. "Quand j’allais babysitter les enfants, je baragouinais en langue des signes. Aussi, dans mon école on intégrait les enfants sourds. Pour certains cours l’interprète venait et traduisait la leçon. J’en ai eu marre de commettre des fautes à chaque phrase quand je signais, c’est pour ça que plus tard, je me suis inscrite en langue des signes."


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En grandissant, faire du "care" son métier lui semble être une évidence. "J’ai eu une adolescence difficile… Quand je m’en suis sortie, j’ai décidé à 14, 15 ans de suivre un parcours qui me permettrait de travailler avec des jeunes comme moi." Elle fait alors le choix de quitter le général pour rentrer en technique de qualification et continue un cursus d’agent·e d’éducation. En terminant ses secondaires, elle se forme dans l’éducation spécialisée et étudie ensuite la langue des signes pendant cinq ans. "J’ai travaillé dans un Institut Médico-Pédagogique spécialisé type 3 avec des jeunes qui souffraient de troubles du comportement. Puis dans un centre de jeunes placés par le juge pour échapper à des problèmes de violences familiales, et enfin avec des jeunes personnes autistes. Trois institutions en 8 ans." En parallèle, dans sa jeunesse, elle officie comme bénévole pendant cinq ans à la Croix Rouge.

Une crèche pas comme les autres

Si elle est passionnée par son métier, la jeune femme nourrit le rêve de monter son propre projet. Inspirée par sa mère qui a travaillé 28 ans en crèche, elle songe à la création d’un lieu d’accueil de la petite enfance. "Je suis éducatrice spécialisée, une crèche classique ne me suffisait pas. J’ai décidé d'y jumeler le handicap et la surdité. Quand ma prof de primaire a su que j’ouvrais Zarafa elle m’a dit : ‘ça ne m’étonne pas’ !"

Le projet nait en 2014 : elle a alors 23 ans. "Il y a eu beaucoup de complications, notamment avec l’architecte. Et puis j’étais une femme, jeune, je n’avais pas beaucoup de fonds propres... J’étais enceinte pendant les travaux, j’ai dû me battre pour défendre mon projet." Finalement, la crèche privée de 14 places ouvre ses portes fin 2018. Un début en fanfare, puisque cilia Ntelo-Wa-Leko reçoit à l’époque deux prix à l’occasion de la Semaine du Microcrédit, un premier dans la catégorie entrepreneuriat au féminin et un deuxième en tant que coup de cœur du jury.

L’adaptation aux besoins

Selon l’ONE, quels que soient ses besoins, tout enfant est le bienvenu dans un milieu d'accueil. Malgré les efforts du secteur, notre interlocutrice confie avoir reçu des parents désespérés de ne pas trouver une crèche qui accepte leur bébé. À l’instar de Zarafa, quelques crèches (à Bruxelles, elles se comptent sur les doigts de la main) mettent en avant l’inclusion au cœur de leur approche pédagogique. "J’ai suivi des formations, j’ai les outils. Mon projet c’est de prouver qu’il est possible de vivre tous et toutes ensemble, il suffit de s’adapter."

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cilia Ntelo-Wa-Leko accueille quand c’est possible une puéricultrice sourde. "Le but c’est de faire de l’inclusion dans mon équipe aussi. Je signe avec les enfants sourds, et avec les entendants j’utilise un signe pour appuyer une action de ma phrase."


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Elle avoue avoir eu pas mal de bâtons dans les roues. "Jai dû parfois prouver aux parents que ça n’allait pas retarder le développement des enfants non porteurs de handicap. Ça n’a pas été simple." La directrice ajuste ses pratiques selon les besoins, elle explique entre autres l’importance de ne jamais saisir un enfant sourd par-derrière mais aussi de soigner les transitions avec les enfants autistes. Elle pointe également l’importance des lieux : "Le parquet de la maison est un choix délibéré parce que c’est un vecteur de vibration."

Aujourd’hui, la jeune femme - qui s’apprête à devenir maman pour la seconde fois - imagine déjà un autre projet en plus de Zarafa : un service horeca qui allierait sensibilisation à la surdité et plaisir culinaire. L’inclusion encore et toujours. À suivre...


Plus d'informations

D’autres bonnes adresses de milieux d'accueil inclusifs à Bruxelles sont à découvrir dans cet article du Phare. Aussi il existe des services itinérants qui interviennent à la demande des crèches, comme l’équipe OCAPI à Bruxelles ou le projet Les Coccinelles en Wallonie. Aussi, bonne nouvelle, selon le guide social, de plus en plus de professionnel·les apprennent la langue des signes pour permettre une prise en charge des enfants sourds dès leur plus jeune âge.



Dans la série In... We Trust (Nous croyons en...)


Si vous souhaitez contacter l’équipe des Grenades, vous pouvez envoyer un mail à lesgrenades@rtbf.be.

Les Grenades-RTBF est un projet soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles qui propose des contenus d’actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.

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