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Chroniques

In memoriam la journée des huit heures ?

Les coulisses du pouvoir

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L’accord sur le marché du travail conclu hier est une étape importante pour le gouvernement De Croo. Il y a deux manières de mesurer la nature d’un compromis à la belge. Soit tout le monde est satisfait parce que tout le monde a gagné, soit tout le monde est fâché parce que tout le monde a perdu.

Mais ce sont les faces d’une même pièce. Au sein du gouvernement, côté face, les acteurs saluent tous, de gauche à droite, un compromis et défendent leurs avancées. Au sein des partenaires sociaux, c’est le côté pile, syndicats et patrons saluent le compromis à leur manière en disant qu’il est très mauvais et soulignant les renoncements. Pas de doute, on est donc bien dans un compromis. Mais attention, car tout ça n’est qu’apparence. Certains ont sans doute plus de raisons d’être satisfaits ou insatisfaits que d’autres. Tout l’enjeu étant d’essayer de percevoir sous ce déluge de communication, qui est vraiment gagnant ou perdant dans cette affaire. Et c’est loin d’être simple.

Une gauche sur la défensive

C’est sans doute l’aile syndicale et le PS (qui est historiquement son plus puissant relais) qui sont aujourd’hui les plus grands perdants. Il y a le symbole de l’abandon de la journée des huit heures. In memoriam la grande conquête de la gauche. "La maison des Huit heures" à Charleroi (et ses célèbres scotchs) peut changer de nom. C’est l’abandon aussi de l’idée socialiste de la semaine de 4 jours comme réduction du temps de travail. Ce sera la semaine libérale 4 jours de travail sans réduction et directement négociée entre salariés et employeurs.

Autre symbole puissant, l’e-commerce dont le président du PS avait (en boutade semble-t-il aujourd’hui) rêvé la disparition, se voit renforcé. Les employeurs pourront tester des nouvelles organisations du travail jusqu’à minuit. C’est leur rêve qui triomphe puisqu’ils pourront le faire sans l’aval des syndicats durant une longue période de test de 18 mois.

Des compensations

L’aile gauche obtient malgré tout des compensations dans cet accord. C’est une meilleure protection des travailleurs de plateforme, un droit à la formation renforcé, une meilleure conciliation entre vie privée et vie professionnelle et une augmentation attendue du taux d’emploi. Le parti socialiste (francophone) peut aussi se draper dans une position défensive, en évitant de céder sur des sujets comme les retraites ou la remise au travail des malades de longue durée qui ne font pas partie de l’accord, alors qu’en toute logique ces points auraient dû y figurer.

Cette posture défensive conduit à une réforme du marché du travail moins ambitieuse que souhaité par le banc patronal. D’ailleurs, à la différence de ce qui se passait souvent (mais pas tout le temps) sous le gouvernement Michel les organisations patronales ne triomphent pas. Surtout en Flandre. Le Voka, les patrons flamands dénoncent une occasion manquée, Agoria l’industrie techno parle de surplace, L’unizo les classes moyennes disent que ça ne fait pas entre le marché du travail dans le 21e siècle. La FEB craint que la surabondance de règles n’empêche les avancées. Il n’y a guère que Comeos, la fédération du commerce qui se montre positive et l’UCM…

Affront ?

Mais l’insatisfaction patronale est sans doute moins forte que l’insatisfaction syndicale. Car les syndicats freinaient en particulier sur la dérégulation de l’e-commerce depuis des moins dans les négociations avec les employeurs autour de la table du groupe des 10. C’est donc le gouvernement qui a décidé à leur place, en forçant un compromis dont ils ne voulaient pas. Toute la question maintenant, c’est d’observer la dynamique entre les syndicats et le gouvernement. En particulier à la FGTB, est-ce que c’est le début d’une mobilisation contre le gouvernement ou figure le PS ? Jusqu’ici ça n’a pas été le cas, malgré quelques couleuvres comme la modération salariale. A ce titre c’est peut-être un moment clef dans cette législature.




 

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