Inde : Après le coronavirus, les criquets pèlerins !

© AFP

15 juin 2020 à 15:27Temps de lecture4 min
Par Esmeralda Labye

Les agriculteurs frappent sur des objets métalliques pour tenter de repousser les essaims de criquets pèlerins qui ont déjà détruit des dizaines de milliers d’hectares de terres cultivées dans l’ouest et dans le centre de l’Inde. 2020 restera comme la pire invasion de criquets pèlerins que le pays ait connue depuis 30 ans.

criquets invasion

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

Les autorités indiennes utilisent des drones, des tracteurs et des voitures pour suivre ces insectes et les asperger de pesticides. Les criquets ont déjà ravagé près de 50.000 hectares de cultures depuis leur arrivée en avril dans l’État du Rajasthan (ouest), en provenance du Pakistan.

"Huit à dix essaims, mesurant chacun environ un kilomètre carré, sont actifs dans des poches du Rajasthan et du Madhya Pradesh", a déclaré à l’AFP Kl Gurjar, le directeur adjoint de la Locust Warning Organisation (LWO), un département du ministère indien de l’Agriculture.

D’autres, plus petits, sont également à l’œuvre dans les États du Maharashtra, du Gujarat, du Penjab et d’Uttar Pradesh et menacent de nombreuses cultures estivales et plantations, aggravant la situation d’agriculteurs déjà fragilisés par le confinement national décrété contre la pandémie de Covid-19.

© AFP

"C’est la troisième attaque de criquets pèlerins qui détruit les récoltes de nombreux agriculteurs " explique Bhawarlaal, agriculteur à Ajmar, au Rajhastan. " Les pertes ont été lourdes. Nous essayons d’éloigner les criquets en utilisant les méthodes traditionnelles qui consistent à frapper sur des ustensiles et des boîtes de conserve."

Un grand essaim a aussi déferlé sur des quartiers d’habitation de Jaipur, la capitale du Rajasthan, obligeant certains habitants sidérés à faire du bruit en frappant des ustensiles pour empêcher les criquets de rester accrochés aux arbres et aux maisons.

Les criquets pèlerins détruisent presque chaque année des cultures à proximité de la frontière pakistanaise, mais il est rare qu’ils progressent à l’intérieur de l’État.

1993

L’Inde n’avait pas connu de peste acridienne de cette ampleur depuis 27 ans. Originaire d’Afrique de l’Est, cette invasion a été favorisée par des pluies inhabituelles sur la période mars-mai.

"Cette année, les criquets se reproduisent 400 fois plus que d’habitude en raison des conditions climatiques favorables créées par des pluies inhabituelles et une activité cyclonique accrue", a expliqué à l’AFP Devinder Sharma, un analyste spécialiste des questions agricoles.

"Les criquets pèlerins font des destructions pires qu’une sécheresse, non seulement les cultures sont détruites mais les arbres cassent sous le poids de l’essaim ", a-t-il ajouté.

Un criquet pèlerin mange chaque jour à peu près son propre poids en nourriture, soit environ deux grammes, selon l’observatoire des acrididés des Nations unies. Un essaim d’un kilomètre carré contient environ 40 millions de criquets, qui consomment en une journée autant de nourriture que 35.000 personnes.

L’idée pakistanaise

Confronté lui aussi à cette invasion destructrice, le Pakistan voisin a développé un projet pilote pour transformer ces insectes riches en protéines en nourriture pour poulets.

Un premier test a eu lieu en février, quand des villageois ont été payés pour ramasser des criquets dans le district d’Okara (centre), où les cultures se font sans pesticides, qui auraient rendu les insectes impropres à la consommation.

"Nous avons d’abord dû […] enseigner aux habitants comment (les) attraper. Les filets sont inutiles contre eux", commente Muhammad Khurshid, un fonctionnaire du ministère de l’Alimentation, à l’origine de l’initiative.

" La récolte s’est faite de nuit, alors que les essaims, profitant des températures plus fraîches, se regroupaient, immobiles, sur les arbres et les plantes ", explique-t-il. " Un à un, les insectes ont été cueillis, puis jetés dans des sacs, avant que ne les réveillent les premiers rayons du soleil. "

© AFP

Chaque kilo était payé 20 roupies pakistanaises (11 centimes d’euros). Une juste revanche pour les agriculteurs, qui ont vu leurs champs anéantis ces derniers mois.

"Les criquets ont dévoré toutes mes céréales", se lamente une paysanne interrogée par les autorités, par ailleurs satisfaite d’avoir gagné 1600 roupies (9 euros) en ramassant les insectes pendant une journée.

Au total, 20 tonnes de ces insectes nuisibles ont ainsi été récoltées, épuisant le budget des autorités. Le programme a alors été mis en pause.

Les criquets, séchés et déchiquetés, ont ensuite été ajoutés à de la nourriture pour volailles. Le nouveau mélange a été testé sur 500 poulets d’élevage.

© AFP

Pénuries

"Il n’y a eu aucun problème", a observé Muhammad Athar, le directeur général de l’entreprise. " Les criquets pèlerins, riches en protéines, "ont un bon potentiel d’utilisation dans l’alimentation des volailles" a-t-il ajouté.

Bien que le projet pilote ne soit pas une solution à la dévastation des cultures, il peut fournir aux agriculteurs une source alternative de revenus et soulager les autorités qui peinent à distribuer les pesticides antiacridiens.

Selon l’ONU, fortes pluies et cyclones ont déclenché une multiplication "sans précédent" des essaims l’an passé dans la péninsule arabique.

La crise est si grave que le gouvernement a déclaré le phénomène une urgence nationale et a lancé un appel à l’aide à la communauté internationale.

Bananes, mangues et autres cultures maraîchères sont toutes vulnérables, ce qui fait craindre des pénuries alimentaires, alors que les exportations de blé et de coton fournissent des revenus vitaux au Pakistan, à l’économie déjà plombée par le nouveau coronavirus.

© AFP

Le Pakistan pourrait subir des pertes d’environ 5 milliards de dollars si 25% de ses cultures étaient endommagées.

Des récoltes réduites pourraient également faire grimper les prix et aggraver l’insécurité alimentaire, dans un pays où environ 20% de la population est déjà sous-alimentée, et près de la moitié des enfants de moins de cinq ans souffrent d’un retard de croissance, selon des chiffres du Programme alimentaire mondial.

 

invasion criquets

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

Inscrivez-vous aux newsletters de la RTBF

Info, sport, émissions, cinéma...Découvrez l'offre complète des newsletters de nos thématiques et restez informés de nos contenus

Sur le même sujet