Indexation automatique des salaires : la FEB demande une discussion avec le monde politique et les syndicats

Pieter Timmermans, le patron de la FEB et image d’illustration

© Getty et BELGA

La Fédération des entreprises de Belgique (FEB) souhaite mener avec les syndicats et les décideurs politiques une concertation "tripartite" autour d’un report partiel de l’indexation automatique des salaires. Sans aménagement de l’index, l’économie belge "va droit dans le mur", a déclaré le patron de la FEB, Pieter Timmermans, mercredi.

Après avoir été malmenées pendant la crise du coronavirus, les entreprises belges sont à nouveau dans la tourmente depuis le début de la guerre en Ukraine. Hausse des coûts de l’énergie, des matières premières, des transports… Elles sont confrontées à plusieurs tuiles en même temps.

(L’économie belge) va droit dans le mur

La hausse généralisée des prix pousse aussi les salaires vers le haut en vertu de l’indexation automatique des salaires, ce mécanisme qui adapte les salaires au coût de la vie. Pour les entreprises, cela signifie une hausse conséquente des coûts salariaux : +11% en 2022-2023, d’après les calculs de la FEB. En conséquence, la rentabilité des entreprises risque de se réduire et les entreprises vont reporter leurs investissements, craint la FEB.

Pas voisins et inflation

L’inflation est forte aussi dans les pays voisins, mais la Belgique est un des seuls pays, avec le Luxembourg, Malte et Chypre, à appliquer ce système d’indexation automatique et à voir ses coûts salariaux augmenter de la sorte, a souligné Pieter Timmermans. Les entreprises qui exportent se retrouvent donc défavorisées puisqu’elles sont moins compétitives que leurs concurrentes à l’étranger. Or, les entreprises belges réalisent une part importante de leur chiffre d’affaires à l’international.

Le Bureau du Plan prévoit six indexations en un an. Pour la compétitivité des entreprises, c’est un drame

Pour la FEB, il faut donc trouver une manière de réduire l’impact de l’inflation sur les coûts salariaux. "Le Bureau du Plan prévoit six indexations en un an. Pour la compétitivité des entreprises, c’est un drame. Nous proposons donc un report d’une partie de l’indexation", a lancé Pieter Timmermans, tout en soulignant être "contre un saut d’index". "Avec un saut d’index, tout le monde est touché de la même façon, ce qui est injuste. Mais un report partiel avec une compensation fiscale pour les bas salaires… Ayons ce débat. Sinon, nous allons droit dans le mur."

La FEB cite l’exemple du Luxembourg, où les employeurs, les travailleurs et le gouvernement ont décidé de reporter une tranche d’indexation de 2,5% à l’année prochaine ou à l’année suivante. Parallèlement, une réduction de l’impôt sur le revenu des personnes physiques a été mise en œuvre pour les revenus les plus bas.

"Spirale prix-salaires"

La fédération voudrait mettre un terme à la "spirale prix-salaires" (les prix en hausse engendrent une augmentation des salaires, ce qui fait augmenter les prix et ainsi de suite, ndlr). "Si cette spirale salaires-prix continue et qu’on arrive à une inflation de 10-15% à l’automne, on va avoir une récession l’année prochaine", a mis en garde l’économiste en chef de la FEB, Edward Roosens.

"La compétitivité d’aujourd’hui, c’est le pouvoir d’achat de demain. Il est grand temps que les décideurs politiques prennent conscience de l’impact de la crise de compétitivité que nous connaissons actuellement", a déclaré Pieter Timmermans. Selon lui, de nombreux dégâts peuvent encore être évités grâce à des mesures rapides. "Entamons au plus vite une concertation tripartite pour parvenir à une répartition équitable de l’impact de la crise entre les consommateurs, les entreprises et le gouvernement."

La compétitivité d’aujourd’hui, c’est le pouvoir d’achat de demain

Cet appel à la concertation intervient à un moment de tension entre employeurs et syndicats. À l’occasion d’une manifestation nationale qui a rassemblé 70.000 personnes à Bruxelles le mois dernier, les syndicats avaient martelé qu’il n’était "pas question de toucher à l’indexation automatique".

Les représentants des travailleurs réclament par ailleurs depuis des mois une modification de la loi sur la norme salariale, qui cadenasse les négociations salariales (hors indexation). La FEB a répété mercredi qu’elle s’opposait à une modification de cette loi.

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