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Chroniques

Inflation et index : 2022 comme 1982 ?

Les coulisses du pouvoir

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10 janv. 2022 à 06:58 - mise à jour 10 janv. 2022 à 08:47Temps de lecture2 min
Par Bertrand Henne

L’inflation est de retour et avec elle, le débat sur le saut d’index. Hier le président de la puissante fédération flamande des entreprises a plaidé une nouvelle fois pour revoir l’indexation automatique à la belge. Wouter de Geest, le patron du Voka demande un saut d’index socialement modulé, c’est-à-dire que l'indexation ne concernerait plus que les bas salaires. Mais la situation économique et politique ne plaide pas pour une telle mesure, pour l’instant.

La réalité est toute simple, avec le retour de l’inflation les indexations automatiques des salaires s’enchaînent à un rythme soutenu, un dépassement cet été, un autre fin de l’année et un nouveau prévu déjà en février. Trois fois en 6 mois, pour retrouver pareille succession il faut remonter à 1982. Cette année-là, le gouvernement Martens Gol fait face à ce qu’on appelle une spirale inflationniste. Trois indexations en 80, quatre en 81 et 5 en 82. Les prix augmentent, les salaires aussi cela soutient la consommation et donc des prix qui augmentent plus vite chez nous qu’ailleurs. Le ministre des affaires économiques Mark Eyskens doit donc annoncer, grave, un saut d’index, c’est-à-dire une neutralisation de l’indexation. Donc une baisse du pouvoir d’achat des Belges pour ménager les entreprises et le budget de l’Etat.

1982-2022 la situation est-elle comparable ?

Non, ni politiquement ni économiquement. Politiquement c’était plus simple de gouverner à l’époque. Le fédéral avait les coudées plus franches, mais surtout le paysage politique était beaucoup moins fragmenté. Seulement deux familles politiques étaient dans le gouvernement, et les poids lourds (Jean Gol et Wilfried Martens) étaient montés à bord de l’attelage.

La situation économique était bien différente elle aussi. Sans l’Euro, le Franc Belge est fragilisé sur le marché des changes. L’appareil productif Belge avec des secteurs industriels vieillissants est aussi en plein marasme. Les entreprises ne sont plus compétitives, l’investissement privé est freiné. Notre tissu économique est aujourd’hui plus solide qu’à l’époque, par contre point commun : l’envolée des déficits publics et de la dette.

Pour toutes ces raisons, un saut d’index comme en 82 est peu probable. Le bureau du plan prévoit que l’inflation va grimper jusqu’à 6% jusqu’au printemps avant de se stabiliser et de retrouver des niveaux plus soutenables. Au total on prévoit 5% en 2022 mais avec donc une stabilisation et plus de dépassement de l’indice pivot. Économiquement nous ne sommes pas dans un emballement comme dans les années 80, et nous ne sommes pas non plus comme en 2015 date du dernier saut d’index sous le gouvernement Michel dans une situation de décrochage des salaires belge par rapport au pays voisins.

Ceci explique sans doute que même du côté des libéraux on refuse pour l’instant un saut d’index. Egbert Lachaert et Georges Louis Bouchez ont tous les deux communiqué en ce sens. Bien évidemment côté socialiste et écologiste un saut d’index figure au rang des tabous. Cela sonnerait quasiment comme un saut hors du gouvernement pour eux tellement l’indexation automatique constitue un totem, un marqueur puissant pour la gauche.

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