Belgique

Inflation record et indexation : qui perd, qui gagne ?

L’inflation galope en ce moment. L’indice des prix à la consommation augmente de 5,6% pour ce mois de novembre, c’était +4,1% le mois précédent. Cette inflation sera, chez nous, compensée via l’indexation automatique des salaires. Mais cette indexation suffit-elle à compenser la hausse des prix pour tous les travailleurs et les allocataires sociaux ? Déclic a tenté d’y voir clair

Plus vous gagnez, plus vous êtes indexé

Pour le savoir, nous avons choisi de nous intéresser à deux salaires fictifs, ceux de Michel et de Sarah, en imaginant que tous deux sont employés dans le cadre de la commission paritaire 200, pour laquelle l’indexation automatique aura lieu au premier janvier et devrait, selon les prévisions de SD Worx, être de 3,56%, la plus haute indexation de ces 10 dernières années.

  • Michel gagne 1700 euros net, chaque mois. Avec l’indexation, son salaire mensuel atteindra 1719 euros, soit une augmentation de 19 euros.
  • Sarah, elle, gagne 3500 euros net par mois. Avec l’indexation, son salaire mensuel sera porté à 3594 euros, soit une augmentation de 94 euros

On le voit, l’augmentation en € de Sarah est 5 fois plus importante que celle de Michel. Cela s’explique par le fait que l’indexation est opérée sur le salaire brut et que nous l’avons ici traduite en salaire net (simulation réalisée par SD Worx).

Une bonne nouvelle pour ceux qui ont emprunté à taux fixe

Face à l’inflation, l’indexation automatique des salaires n’est pas tout. Continuons la comparaison entre nos deux personnages fictifs :

Michel est obligé d’aller travailler en voiture et de consommer du carburant (qui n’est pas repris dans "l’indice santé" qui sert au calcul de l’indexation automatique), sa maison n’est que faiblement isolée et sa facture de gaz s’envole. Qui plus est, il est locataire et son loyer sera lui aussi indexé. Impossible de compenser tout cela avec les 19 euros de salaires net en plus.

De son côté, Sarah peut aller travailler à vélo, elle a une maison bien isolée et des panneaux photovoltaïques qui couvrent sa consommation d’électricité et surtout elle est propriétaire de son logement qu’elle a acheté via un emprunt à taux fixe, qui n’augmente donc pas malgré l’inflation.

Il y a donc fort à parier qu’une partie de ses 94 euros d’augmentation pourront aller garnir son compte épargne ou servir à des dépenses de loisir.

Injuste notre indexation automatique ?

L’exemple est théorique et un peu "forcé". Néanmoins, d’aucuns estiment qu’il faudrait revoir le fonctionnement de notre principe d’indexation automatique. Les organisations patronales réclament depuis longtemps que l’on mette fin au système d’indexation obligée et proposent de soumettre l’ensemble des augmentations de salaires à la négociation paritaire.

L’économiste Etienne de Callataÿ (Unamur) estime, lui, qu’il serait préférable d’augmenter les salaires de tout le monde d’un montant fixe, afin que les plus bas revenus en bénéficient davantage. Cela rejoint une proposition de l’ancien Commissaire au Plan, Henri Bogaert, qui proposait un double index : complet pour les bas revenus… et allégé pour les hauts revenus.

De leur côté, les syndicats défendent bec et ongles ce mécanisme d’indexation automatique qui, selon eux, préserve le pouvoir d’achat des travailleurs et soutien dès lors l’économie belge.

Ils rappellent que cette indexation s’exerce sur le salaire brut et augmente donc aussi, en proportion, les cotisations à la sécurité sociale. Du "salaire socialisé" qui permet de financer nos soins de santé, nos pensions, le chômage, les allocations familiales

Nul doute qu’avec les mois d’inflations qui se profilent, le débat sur l’avenir et les modalités de l’indexation reviendra au centre des débats.

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JT du 04/12/2021

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