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Inondations, un an après : les photos avant/après de lieux ravagés par les eaux et le récit derrière ces clichés

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Un an après, l’heure est à la reconstruction. (Ré) ériger les maisons, redresser et solidifier les berges, rebâtir les ponts, et surtout, tenter de se reconstruire une vie. Les inondations meurtrières de juillet 2021 ont drastiquement affecté les vallées de l’Ourthe et de la Vesdre, mais elles ont aussi et surtout bousculé des vies, celles d’au moins 100.000 sinistrés. Nous revenons sur les images marquantes du drame avec des photos avant/après et le récit caché derrière ces clichés.

Sur ces modules interactifs, vous pouvez déplacer le curseur de gauche à droite pour révéler la photo prise en 2021 (à gauche) et celle de 2022 (à droite).

Margueritte, eau jusqu’à la poitrine pour évacuer des riverains à Angleur

Les débris flottent et s’accumulent. Des bribes de vie par-ci, des tuiles par-là. Les voitures englouties par les eaux donnent les derniers signes de leur présence, laissant dépasser leur antenne ou leur coffre, grand ouvert, forcé par la puissance de l’eau. Le bruit est assommant, entre le ruissellement incessant des eaux et les cris, les appels à l’aide.

 

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Accrochés aux façades de la rue Garde Dieu à Angleur, ses riverains. Et puis, au milieu de cette rue, l’eau jusqu’à la poitrine, Margueritte, 20 ans. Elle s’agite, évolue péniblement d’un côté à l’autre de la chaussée malgré l’odeur nauséabonde des hydrocarbures et le froid. Durant 5 heures d’affilée avec une dizaine d’autres personnes, elle enchaîne les allers-retours pour ramener les habitants coincés sur la terre ferme.

Avant/après de la rue Garde-Dieu à Angleur

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Parmi eux, Serge et Françoise, couple âgé d’un peu plus de 80 ans. Ce sont les premiers Anglerois qu’elle a secouru "un peu comme dans Titanic", compare Margueritte. "J’ai trouvé une barrière qui flottait. Françoise s’est hissée dessus et j’ai pu la faire flotter jusqu’au bout de la rue, hors de l’eau."

Un an après, il ne faut pas croire… On est toujours dedans.

"Je suis toujours en contact avec eux, on est devenus assez proches. Je les ai aidés à constituer tout un dossier, avec les photos des dégâts, etc. Mais c’est loin d’être fini, beaucoup de personnes sont encore dans les démarches avec les assurances, dans les travaux et impactés psychologiquement", regrette la jeune femme. "Un an après, il ne faut pas croire… On est toujours dedans."

 

Une baignoire, dernier vestige d’une maison à Dolhain

Lorsqu’on s’égare dans une petite rue perpendiculaire à un grand axe de Dolhain dans la commune de Limbourg, on tombe sur un pré. De la verdure, tantôt riche, tantôt éparse, et des mauvaises herbes, qui s’y épanouissent. L’endroit est paisible. Quelques arbres donnent de l’ombre et puis il y a une clôture, ou plutôt un simple fil métallique tendu entre des piquets de bois. Il délimite une parcelle. Celle qui, un an auparavant, accueillait la maison de Carole et René.

Avant/après du terrain de Carole et René

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"Notre vie s’est envolée en une nuit", résume Carole, la gorge serrée. L’année dernière, elle reçoit un coup de fil de la bourgmestre : la crue menace, elle insiste sur l’importance d’évacuer la zone. Ni une ni deux, le couple embarque les deux chats dans la voiture et file chez leur fils. "On n’a rien pris d’autre avec nous, on était persuadés qu’on pourrait rentrer et simplement nettoyer un peu si l’eau montait dans la maison." Espoir rapidement balayé.

Lorsqu’ils reviennent chez eux, le cliché est déboussolant. Il ne reste rien, si ce n’est leur baignoire, indéboulonnable, trônant solidement au milieu des vestiges de leur vie. Leur habitation entière a été arrachée par l’eau, féroce. "Ce n’est pas facile d’en parler aujourd’hui, ça reste douloureux."

Ce n’est pas facile d’en parler aujourd’hui, ça reste douloureux.

Mais Carole insiste : "On n’est pas du genre à se laisser abattre. On veut aller de l’avant." Le couple rebondit instantanément, s’installe provisoirement dans la caravane prêtée par des amis puis investit dans un nouveau foyer qu’ils intègrent six mois après le drame. Avec une touche de sarcasme, elle pointe un peu de chance dans leur malheur : "L’assurance nous a dit que notre dossier était facile. Dur à vivre mais facile : il ne restait plus rien ! On a vite retouché. Et je sais que c’est loin d’être le cas pour tout le monde, que beaucoup attendent des nouvelles de leur dossier."

"Maintenant, il faut se reconstruire. C’est tout simple mais je viens de planter quelques fleurs sur notre nouvelle terrasse et ça m’a fait un bien fou, j’ai l’impression de donner un peu de vie à notre nouveau chez nous."

Suzanne, sauvée in extremis de son habitation arrachée par les eaux à Trooz

"Sortez, sortez, sortez !" Dans le quartier de La Brouck à Trooz, Pierre-Louis Puissant, cadreur à la RTBF s’époumone. Devant ses yeux, une maison éventrée. Il hurle à ses occupants de déguerpir. En dix minutes seulement, le courant en a arraché la façade latérale. Suzanne, 85 ans, Happy, son petit bichon, et le chien des voisins, y sont coincés. "J’entendais tout le monde crier. Je n’ai pas eu le temps de réaliser ce qu’il se passait. Je n’ai pas eu le temps d’avoir peur", se souvient-elle.

Vidéo de l’effondrement de la maison de Suzanne en juillet 2021

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Le reste de l’édifice est branlant et menace de s’effondrer à tout moment. Suzanne, blottie contre un mur à l’étage, n’a pas d’issue. Un fracas retentit alors. C’est le voisin, il arrive à la rescousse : "Il a brisé la fenêtre et j’ai pu passer par là et me réfugier chez lui. On y est resté enfermés pendant 2 jours", retrace la Troozbergeoise. Happy quand a lui a tenu bon quelques jours au grenier avant de retrouver sa maîtresse.

Avant/après de la maison de Suzanne à La Brouck, Trooz

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Les larmes me reviennent de temps en temps. Je ne suis pas encore heureuse, la page n’est pas encore tournée.

"Un an après, je vais bien… enfin, oui et non. Les larmes me reviennent de temps en temps. Je ne suis pas encore heureuse, la page n’est pas encore tournée. Quand vous avez une maison et puis que vous n’avez plus rien…". Puis un silence. Suzanne prend une profonde respiration et poursuit : "J’ai fort tempérament. Il faut rester courageux. La vie va comme ça, mais ça me fait drôle tout de même."

Une vie qu’elle reconstruit petit à petit, toujours à Trooz, qu’elle ne compte jamais quitter.

Une place entière engloutie à Chaudfontaine

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En juillet, la place Théodore Foguenne accueille généralement les amateurs de crèmes glacées, ceux qui optent pour un bon boulet en terrasse ou encore les promeneurs, qui se délassent sur le chemin le long de la Vesdre.

Mais le 14 juillet 2021, le tableau est tout autre. La place s’apprête à être complètement engloutie. Vers 14h00, les premiers appels à évacuer résonnent dans la commune de Chaudfontaine. Quelques heures plus tard, l’eau emporte tout sur son passage. "C’était un véritable torrent", se souvient Didier Grisard, président du CPAS de Chaudfontaine.

J’ai vu des gens qui en rapatriaient d’autres dans des bennes de camion, c’était hallucinant.

Face au déferlement, il faut parer au plus pressé : sauver des vies. La population se mobilise, notamment celle qui vit sur les hauteurs de la commune, pour rapatrier les habitants de la vallée. "J’ai vu des gens qui en rapatriaient d’autres dans des bennes de camion, c’était hallucinant. […] Il y a vraiment eu un élan de solidarité spontané de la population locale.", témoigne un calidifontain. Les jet-skis et les barques sont également de sortie : tous les moyens sont bons pour évacuer les endroits où les secours ne parviennent pas à accéder.

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Maisons détruites, vides ou en rénovation, conteneurs, travaux sur les berges de la Vesdre… Un an après, les traces de la catastrophe restent visibles. L’objectif pour la commune est de poursuivre le plus rapidement possible les travaux de rénovation "pour montrer qu’elle vit. On ne veut pas de villes fantômes sinon les habitants vont partir", prévient M. Grisard. Un souhait que doivent vraisemblablement partager les 209 communes impactées par ces inondations.

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